Les Carolingiens

Rappel

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ommençons par un rappel important : pour l'essentiel les documents connus sont les annales officielles royales ( pour les années 741 à 829 ) et les Annales d'Éginhard, écrites également au temps de Charlemagne et que complètent dans le temps les Annales de Saint-Bertin ( pour les années 829 à 883, portant essentiellement sur la partie ouest du royaume Franc ) et celles de Fulda ( pour la Germanie, jusqu’en 887 ). Sont également parvenues jusqu'à nous les correspondances publiques et privées ( d'Alcuin, d'Eginhard, d'Hincmar ) ainsi que des ouvrages codifiant les usages, tels que le "De institutione regia de Jonas d'Orléans" et le "De ordine Palatii d'Hincmar de Reims". Ont également été sauvegardées les lettres diplomatiques ecclésiastiques ( actes des synodes et des conciles, polyptyques des abbayes ) et laïques ( capitulaires, diplômes royaux ). Ces dernières sources d'une valeur exceptionnelle nous permettent de connaître les institutions religieuses politiques et économiques.


Création de la Dynastie

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omme dans toutes les histoires, il y a un début et une fin, le début commença à Sithiu.
Oui a Sithiu !
A cette époque ( au VIII ème siècle ), toute la moitié sud de la France ainsi que la quasi-totalité de l'Espagne étaient wisigothiques. Les Mérovingiens régnaient sur la moitié nord de la France. Après la mort de Thierry IV, en 737, le maire du palais du royaume d'Austrasie Charles Martel se refuse à installer un descendant de Clovis Ier sur le trône. Pendant sept années, tous les documents officiels Francs seront datés de l'année 737. Charles Martel désire faire traîner les choses le plus longtemps possible jusqu'à ce qu'il se sente suffisamment puissant pour se proclamer roi, mais il meurt en 741 avant d'accomplir ce dessein. L'aristocratie et tous les peuples Francs tiennent en grande estime la dynastie des Mérovingiens. La fronde grandit et c'est dans ce contexte que contraints et forcés ses deux fils, Pépin et Carloman en sont réduits à proclamer un nouveau roi Mérovingien en la personne de Childéric III que Charles Martel avait fait emprisonner à Sithiu en 737 ( actuellement Saint-Omer ). Childéric III est donc sorti de sa prison et placé sur le trône en mars 743 par Pépin le Bref.
Après huit années de régne le dernier roi Mérovingien Childéric III est détrôné, à la suite d'un coup d'état, orchestré par Pépin alors maire du Palais et Chef des Francs d'Austrasie avec l'aval du Pape Zacharie.

Pépin III, surnommé le Bref en raison de sa petite taille, était issu d'une puissante famille Franque d'Austrasie ( l'Est de la France et de la Belgique ). Né à Jupille près de Liège, il était le fils cadet de Charles Martel, maire ou « majordome » du palais royal et véritable chef des Francs. Ayant réuni les Francs d'entre Loire et Rhin sous son autorité, Charles Martel gouverna en laissant dans l'ombre le roi en titre, lointain descendant de Clovis. Dans les dernières années de sa vie, il ne désigna pas de successeur au roi Thierry IV, lorsque celui-ci vient à mourir. Quand lui-même mourut en 741, ses deux fils Carloman et Pépin le Bref héritèrent ensemble de la charge de maire et se partagèrent les territoires Francs. Ils couronneront pour la forme un dernier roi mérovingien, Childéric III. Peu après, Carloman renonça au pouvoir et se retira dans un monastère, laissant à son cadet Pépin le Bref la totalité du pouvoir. Les principaux seigneurs de Francie occidentale ( la France du nord ), qui en avaient assez des descendants de Clovis, offrirent la couronne à Pépin. Ils le proclamèrent roi des Francs à Soissons, sur le champ de mai ( un lieu de réunion communautaire ) en 751. L'archevêque de Mayence Boniface, évangélisateur de la Germanie, donna l'onction au nouveau roi en marquant son front avec de l'huile sainte ( le Saint-Chrême ). Les évêques du royaume confirmèrent l'élection par un couronnement et le pape Zacharie, de Rome, donna son assentiment au changement de dynastie : « Il vaut mieux appeler roi celui qui a plutôt que celui qui n'a pas le pouvoir », dit-il en substance. Le transfert se passa sans effusion de sang. Le malheureux Childéric III fut déposé et tondu ( il perdit les cheveux longs, signe de pouvoir chez les Francs ! ). Il finit ainsi ses jours au monastère de Saint-Bertin, ou il y mourut en 755 ...
Il laissa un fils, nommé Thierry, qui fut envoyé au monastère de Fontenelle ( Saint-Vandrille ), qui fut élevé dans l’obscurité.
Voilà pour le début de l'histoire.

Retour en arrière pour comprendre

Il convient de remonter le cours du temps pour comprendre l'ascension des Pippinides. Profitant des crises de succession qui affaiblirent au fil du temps l'autorité des rois Mérovingiens, les Pippinides remplacent en réalité, dès le début du VII ème siècle, les fonctions royales en Austrasie ( les rois Clotaire II puis Dagobert Ier confient le gouvernement à Pépin l'Ancien, dit Pépin de Landen ). Chef de l'aristocratie Austrasienne lors de la chute de Brunehaut en 613, Maire du palais d'Austrasie ( entre 615 et 640 ), celui-ci exerce cette fonction en alternance avec son gendre Ansegisel ( 634 à 639 ), époux de Begga et fils de l'évêque de Metz, saint Arnoul, autre précurseur des Carolingiens.
La mairie du palais va donc rester pendant un siècle la propriété des descendants de Pépin l'Ancien, dont le fils, Grimoald, fit assassiner entre autres en 643, Otton le Maire du Palais. Grimoald se rendra coupable d'innombrables forfaits, et règnera, de fait, en place de Childebert, de 656 à 662, date de son élimination par les Neustriens.
Rendus prudents par l'échec de cette tentative d'usurpation ( encore que Childebert, même fils de Grimoald, fût bien devenu un Mérovingien de manière tout à fait légale, par l’adoption ), les Pippinides attendront un siècle pour recommencer, cette fois avec succès. Les descendants : Pépin le Jeune, dit de Herstal, et Charles Martel, respectivement fils et petit-fils d'Ansegisel et de Begga, se feront beaucoup d'amis en usant et abusant d'une politique de concessions foncières. Charles Martel prononce la confiscation des biens d'Église, dont il attribue les revenus à ses guerriers, affaiblissant par là même la seule puissance capable de s'opposer à la sienne à l'intérieur du regnum Francorum, celle du clergé.
Cette pratique permet à Pépin de Herstal de reprendre le contrôle de la mairie d'Austrasie dès 680, puis de remporter en 687 la victoire de Tertry, qui lui assure également les mairies de Neustrie et de Bourgogne, qu'il abandonne parfois à son deuxième et à son troisième fils, Drogon et Grimoald II, laissant à ces royaumes une certaine autonomie.
Cette famille frôlera néanmoins l'anéantissement total lors de la crise successorale de 714 ( assassinat de Grimoald II à Liège, disparition de Pépin de Herstal causée par une maladie, régence de sa veuve Plectrude, pour son petit-fils Théodoald, révolte de la Neustrie ). C'est grâce à un bâtard "Charles Martel", né en 688 fils de Pépin de Herstal et d'Alpaïde que la famille des Pippinides ne disparaîtra pas.
Vainqueur des Neustriens à Amblève en 716, puis à Vincy en 717, des Frisons et des Saxons en 719, enfin des Aquitains à Angers en 724, disposant du trésor de Pépin de Herstal, volé à Plectrude en 717, Charles restaurera l'unité des Francs, en procédant à la sécularisation des biens de l'Église et en battant tous ses adversaires Germaniques.
Mais c'est par la victoire qu'il remporte sur les Musulmans, à Poitiers en 732, qu'il acquiert un prestige lui permettant de fonder une dynastie. Intelligent il usera d'une grande fourberie avec les Mérovingiens qu'il maintiendra en poste à travers des souverains quelquefois d'ascendance douteuse : Clotaire IV (718-719), Chilpéric II (719-721), Thierry IV (721-737). A la mort de Thierry IV il se permettra de laisser le trône vacant, dans le seul but de s'en emparer. En réalité le transfert du pouvoir des Mérovingiens aux Carolingiens, est réalisé dès 737 lorsque Charles Martel décide de gouverner seul et plus encore, à sa mort en 741, lorsque ses fils se partagent le royaume. Carloman recevant l'Austrasie, l'Alamannie et la Thuringe, et Pépin la Neustrie, la Bourgogne et la Provence.

La prise de pouvoir

Toujours hésitant à cause de l'aristocratie qui porte en haute estime les Mérovingiens, Pépin le Bref va entre 743 et 751, s'abriter derrière la souveraineté fantoche de "Childéric III". Le second fils de Charles Martel, Pépin le Bref franchit le pas en se faisant attribuer en 751 la dignité royale avec l'accord du pape Zacharie lors de la cérémonie de Soissons, qui, à l'habituelle "élection populaire par acclamation", ajouta l'onction sainte qui fit du nouveau roi l'élu de Dieu, l'oint du Seigneur. Cette cérémonie sera renforcée par un second sacre reçut du pape Étienne II à Saint-Denis en 754.

C'est un tournant dans la monarchie Franque, et, ces deux sacres soulignent que la puissance des Carolingiens repose maintenant non seulement sur la richesse foncière, sur la fidélité de leurs vassaux mais aussi sur la validation de l'Église.
Cette validation aura un prix et, Pépin le Bref se rendra immédiatement en Italie afin d'y défendre les intérêts du Pape contre les Lombards.

La Dynastie Carolingienne

Début de l’expansion

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'instrument de cette expansion est comme toujours l'armée, constituée d'hommes libres que le souverain requiert chaque année par un service d'appel ( ban de l'ost ) auquel nul ne peut se soustraire sous peine d'une lourde amende. Chaque combattant doit assumer seul les frais de son équipement, de sa nourriture et de ses déplacements, cette obligation sera revue très vite à la baisse, et, les propriétaires possédant moins de quatre manses seront exemptés du service d'appel personnel, et seulement assujettis à se grouper pour fournir à l'ost un homme armé pour quatre manses.
Répondant, à l'appel du pape Étienne II menacé jusque dans Rome par les Lombards, Pépin le Bref franchit les Alpes à deux reprises, en 754 et en 756, contraignant "Aistolf" à lui céder de nombreux territoires qu'il remet immédiatement en « donation à Saint-Pierre », donnant ainsi satisfaction au pape.
Passé l'intermède du partage territorial et gouvernemental imposé par Pépin le Bref à ses deux fils Charles et Carloman (768-771), et qui trouve son épilogue avec le décès de ce dernier, la politique d'expansion reprendra sous la conduite de son frère aîné ( Charlemagne, 768-814 ). Cette expansion s'exerce d'abord en Italie au détriment du nouveau roi des Lombards "Didier". Charlemagne contraint en 774 "Didier" à capituler dans Pavie au terme d'une année de siège et à lui abandonner la couronne de fer des rois Lombards, qu'il ceint aussitôt. Reconnu, entre-temps, « patrice des Romains » dans la Ville éternelle, il parachève sa conquête en envahissant le duché de Bénévent et en imposant à ce dernier sa tutelle en 787.

Expansion en Germanie

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l'extrême nord, au terme de combats acharnés ( 784-790 ) il soumettra définitivement la Frise, reportant la frontière septentrionale de son empire à l'embouchure de la Weser. Plus au sud et à l'est, la soumission de la Saxe sera encore plus difficile. Chaque victoire du Ccarolingien ( 772 et 774 ) sera suivie de révoltes, et, c'est un chef originaire de Westphalie, "Widukind", qui lui donnera le plus de fil à retordre jusqu'en 785, ou ce dernier capitulera et acceptera le baptême. Il y aura encore de terribles guerres en ( 793-797 et 798-804 ), mais la résistance saxonne s'effondrera au début du IX ème siècle, permettant de substituer au régime répressif un régime de collaboration. Enfin, à l'extrême sud et sud-est de la Germanie, Charlemagne annexe la Bavière après avoir fait enfermer en 788 le duc Tassilon pour trahison. Il conquiert ensuite la Styrie, la Carniole, la Slovénie, la Carinthie avant de pénétrer au cœur de l'empire des Avars.

Soumission des Avars et des Slaves

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u terme de plusieurs années de guerre qui débuteront en 791 et se termineront par la conquête de l'actuelle Hongrie en 796, Charlemagne détruit cet empire dont plusieurs peuples slaves étaient les vassaux. Tout le long de leur frontière orientale, les Francs réussiront à soumettre les Slaves dont le territoire est situé entre la limite orientale de l'Empire Carolingien et une ligne délimitée par les cours de l'Oder et de la Tisza. D'autres peuples comme les Obodrites ( de la Baltique ) reconnaitrons sans combattre l'autorité Carolingienne en 785. Ce n'est pas le cas des Sorabes et des Bohêmes qui ne se rendront qu'en 807, quant aux Wilzes il faudra attendre l'an 812 pour qu'ils se résolvent à vivre en bonne intelligence avec les Carolingiens, auxquels ils offriront même plus tard une utile marche protectrice à l'est de l'Empire.

Conquête de l'Hispanie

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ette conquête vers le sud démarre par un désastre, celui de Roncevaux, où l'arrière-garde de l'armée Carolingienne, surprise par les Maures, est massacrée avec son chef, Roland. Renouvelant ses incursions en Hispanie dans les années qui suivirent contre les Musulmans, Charlemagne réussira finalement à prendre Barcelone en 801 et Pampelune en 806, constituant ainsi la marche d'Hispanie, qui mettra le sud de l'Empire à l'abri des invasions Musulmanes.

Conquête de la Bretagne

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'œuvre de conquête de Charlemagne s'achévera par la soumission des Bretons, obtenue au terme de campagnes difficiles, menées en 786, en 791 et en 811. Il faut noter toutefois que la soumission des Bretons ne sera qu'apparente car il régnera en Bretagnen un climat de résistance aux Francs pendant des decennies !

Charlemagne Empereur

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ouronné « empereur des Romains » par Léon III à Rome le 25 décembre 800, Charlemagne met fin à la vacance du poste ( depuis la déposition par Odoacre de Romulus Augustule en 476 après Jéus Christ ). S'ouvrira alors un nouvel épisode dans l'histoire de l'Occident, marqué par les liens qui unissent désormais l'Empire à la Papauté. La Papauté se détournera des Chrétiens d'Orient jugés trop fourbes, et concentrera ses efforts d'évangélisation jusqu'aux confins septentrionaux de l'Empire Romain d'Occident restauré.

Apogée de la Dynastie

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Sous le règne de Charlemagne les Carolingiens sont à leur apogée, le royaume englobe les pays que nous connaissons aujourd'hui sous les vocables ( France, le nord de l'Espagne, Belgique, Danemark, Hollande, Allemagne, Autriche, Suisse, la moitié nord de l'Italie ), ce royaume pour l'époque est gigantesque. Le plus gros problème que rencontreront les Carolingiens c'est celui de la communication entre les régions qui composent ce royaume. De plus comme leurs prédécesseurs, ils confondront encore la "res privata" et la "res publica", ne concevant pas que leur royaume puisse appartenir à tous ses habitants. A la mort du souverain le royaume continuera à être partagé entre ses fils, ce qui ne sera jamais de nature à péréniser une dynastie !
Les institutions royales comprennaient :
- le Palais ( l'ensemble des domestiques et conseillers du souverain ). L'itinérance de cette cour est un obstacle à son efficacité.
- la Chapelle ( l'ensemble des clercs attachés au souverain et placés sous l'autorité de l'un d'eux, qui devient ainsi le principal conseiller du roi ).
- la Chancellerie ( les scribes ( notarii ou cancellarii ) qui sont chargés de rédiger et d'expédier les actes publics sous la direction d'un chancelier ).
- le Tribunal royal dirigé par le comte du palais, apparu sous le règne de Charlemagne et autour duquel s'agrège un service administratif comprenant quelques scribes chargés de l'aider dans la rédaction des préceptes ou diplômes d'application dénommés parfois plaids ( de placitum, procès ). A cause de la rapide croissance du nombre des affaires à juger, le souverain abandonnera la présidence de son tribunal à un grand officier, dont il s'efforcera pourtant, de limiter la toute-puissance en l'obligeant à lui soumettre toutes les sentences concernant les grands du royaume ( potentiores ).

Les institutions locales comprennent :
- les territoires autonomes ( tout en respectant les institutions royales le souverain accordera à certaines régions une semi-autonomie sous l'autorité de souverains issus de la famille royale, ou de princes autochtones ( duchés lombards de Spolète et surtout de Bénévent ).
- les Comtés et marches ( 200 à 250 circonscriptions de même type, mais de superficie très variable aux limites instables ). À la tête de chacun d'eux, un Comte ( comes ou graf ) qui est directement sous l'autorité du roi, sauf aux frontières ou plusieurs comtés sont regrouppés en grandes circonscriptions militaires, les marches, administrées soit par des Préfets ( Bavière, 794-817 ), soit par des Ducs ou par des Margraves ( Bretagne, Espagne, Frioul, pays des Avars et pays des Danois ). Ces fonctionnaires dirigent l'administration de la police locale et sont responsables du maintien de l'ordre, ils président, en outre, le tribunal public avec l'assistance de quelques "boni homines ou scabini", enfin, ils convoquent et conduisent l'ost au roi en cas de guerre. Les Comtes sont choisis au sein de l'aristocratie Franque. Ils ont pour la majorité très mauvaise réputation tant leur pouvoir est grand, et leurs débordements courants. Afin de réguler leurs exactions le roi leur envoi de temps en temps des "Missi Dominici" ( un Comte et un évêque ) chargés de contrôler leurs comptes et de recueillir les plaintes dans le Comté.
Les relais locaux :
- les Vicomtes, qui sont très peu nombreux car rares sont les Comtes qui peuvent se faire seconder par quelques notaires, Vicomte ( vice-comes ) capable de les suppléer à tout moment, ainsi que par un ou plusieurs viguiers ( vicarii ) ou centeniers ( centenarius ). Seuls les grands Comtés possèdent de tels délégués du Comte.

L'économie

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'est une économie basée sur la terre, avec des exploitations agricoles de type laïc ou ecclésiastique : la villa. Sa superficie varie entre 800 ha et 20 000 ha. À l'intérieur de ses limites, les habitants peuvent vivre en économie strictement fermée puisque, aux produits de la terre, s'ajoutent ceux des ateliers artisanaux de la curtis ( forges, selleries, moulins ), qui satisfont la quasi-totalité de leurs besoins. Quant au grand commerce, essentiellement pratiqué par des marchands Syriens, Juifs, Frisons ou Scandinaves, il connaît une reprise à l'époque Carolingienne, mais pour le seul profit d'une clientèle riche ( rois, églises, grands propriétaires ) et peu nombreuse ( quelques milliers de personnes seulement dans le royaume ).

La Renaissance Carolingienne

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Après des siècles de stagnation suite à la chute de l'Empire Romain au V ème siècle, le IX ème siècle est celui du réveil grâce à la stabilité apportée par la gouvernance Carolingienne. Aussi les progrès les plus éclatants verront le jour dans le domaine de l'écriture ( minuscule caroline ), dont le grand mérite est la lisibilité, également dans le domaine de la grammaire latine, dont on fixe les règles avant que le latin meure définitivement, victime de la montée en puissance des langues nationales, dans celui enfin de la conservation des grandes œuvres, avant qu'elles ne disparaissent. Réalisées essentiellement sous le règne de Charlemagne, ces réformes permettent à la Renaissance Carolingienne de s'épanouir totalement sous le règne de ses successeurs, notamment sous celui de Charles le Chauve.

L'église Carolingienne

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Soutien et alliée de la dynastie Carolingienne, l'Église fut à la fois la bénéficiaire, l'instrument et la protectrice de l'Empire, ses souverains considérant, que le regnum Francorum s'identifiait avec la royauté.
L'Église en tira de grands avantages :
d'ordre matériel avec la généralisation, par Charlemagne, de la dîme renouvelée des prescriptions de l'Ancien Testament.
d'ordre spirituel avec la déposition des clercs débauchés, la condamnation des ecclésiastiques pratiquant la chasse, l'interdiction des pratiques païennes,le retour à la tenue des conciles réguliers, la restauration de la fonction épiscopale.
En contrepartie les souverains exige des clercs qu'ils soient les auxiliaires fidèles de sa politique, tant au niveau central (scribes, conseillers de la chapelle ou de la chancellerie) qu'au niveau local, où les évêques, choisis au sein de la chapelle ou de la haute aristocratie Franque, ont pour tâche de seconder les Comtes en matière politique et administrative, sinon de les surveiller puisque les plus éminents et les plus fidèles d'entre eux sont chargés, en tant que "missi dominici", de les inspecter en collaboration avec de hauts dignitaires laïcs ( un comte et un évêque ).

Les finances Carolingiennes

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a fiscalité publique n'est pas rentable en raison de l'hostilité des peuples Germaniques à l'égard de l'impôt sur les personnes et de leur inaptitude à tenir à jour le cadastre permettant la levée de l'impôt foncier pesant sur la terre, enfin de l'affaiblissement de l'économie d'échanges, qui entraîne la disparition du numéraire. Ils sont peu à peu remplacés par les cadeaux annuels que les grands propriétaires laïcs ou ecclésiastiques doivent apporter au souverain en Mai ( plaid général ). Il y a également les contributions extraordinaires que les Carolingiens lèvent à partir du milieu du IX ème siècle pour faire face aux invasions Normandes, Hongroises ou Sarrasines. Les tonlieux, sont des vestiges de la fiscalité Romaine. Perçus uniquement sur les marchandises vendues, ces tonlieux sont constitués d'une part par les taxes frappant les transactions dans les foires et les marchés et payables sans doute pour moitié par le vendeur et pour moitié par l'acheteur, et d'autre part par les taxes sur les transports routiers et fluviaux levées en des points de passage obligés ( cols, ponts, lieux de chargement ou de déchargement des marchandises ).
S'ajoutent à tout ceci les amendes perçues pour les infractions de tout poil, les amendes perçues pour dédommagements de guerre, les cadeaux des plénipotenciaires étrangers.
Sans oublier les prestations en travail ( corvées ) et en nature ( logement, nourriture et transport des agents du roi ), ainsi travaux publics et fonctionnement des services publics se trouvent mis à la charge des populations.

Déclin des Carolingiens

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es causes du déclin sont multiples, la fidélité des souverains au principe de partage successoral égal du "regnum" entre leurs fils, la faiblesse de caractère des héritiers de Charlemagne qui favorise le développement anarchique du système féodal, le dépeçage du domaine royal au profit d'officiers ou d'évêques, la multiplication des immunités ecclésiastiques, qui ruinent l'empire. Ne survivant que sous sa forme religieuse, l'unité de l'Empire sera politiquement restaurée à deux reprises par l'Église. Mais les espoirs de cette dernière sont déçus par la mort prématurée de ses bénéficiaires, Charles le Chauve de 875 à 877 et Charles le Gros de 884 à 888, qui portent les trois couronnes. Puis en Francie occidentale, les derniers Carolingiens ( Charles le Simple, 893-923, Louis IV d’Outremer 936-954, Lothaire 954-986) devront faire face aux usurpateurs que sont les Robertiens ( descendants du comte Robert le Fort, mort en 866 ). S'autoproclamant Rois ( Eudes 888-898, Robert Ier 922-923, Raoul, 923-936), puis s'autoproclamant Ducs des Francs ( Hugues le Grand 936-956, Hugues Capet 956-987 ), les Robertiens supplanteront définitivement les Carolingiens en 987, à la mort de Louis V (986-987). Les Carolingiens restant n'étant plus capables de lutter contre les Robertiens, Hugues Capet devient le seul Roi des Francs.

source
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Ci dessous : Miniature extraite de l'Évangéliaire de Saint- Médard de Soissons, vers 805. S'inspirant de l'art classique, l'enlumineur reprend l'utilisation de la couleur pourpre, la recherche d'effets de perspective et un certain naturalisme dans les figures et les paysages pour obtenir des effets illusionnistes.