Un peu d'histoire concernant la ville de Saint-Omer...

De la chapelle en bois à la collégiale 'haute'

La première chapelle fondée par saint Omer sur le mont Sithiu en 663 était un édifice en bois. Au VIII ème siècle elle fut consolidée en partie en pierres. C'est le 11 ème Abbé de saint Bertin ( Fridugise ) qui va scinder en l'an 820 le monastère de Sithiu en deux :
le monastère 'bas' devient Saint-Bertin,
le monastère 'haut' de la Vierge devient la Collègiale Notre Dame.
Après les razzias Vikings sur Sithiu des années 860 et 879, et afin de résister aux envahisseurs Barbares, les édifices religieux avaient tous été consolidés en pierres et emmuraillés. Et c'est ainsi que lors de la dernière invasion nocture du 16 avril 891 par les Vikings, ces derniers furent fort étonnés par le système de défense mis en place par les Audomarois et encore plus à cause du fait qu'ils étaient cette fois attendus de pied ferme par toute la population grace au système de vigie mis en place après la deuxième razzia de 879. Donc, en 891 ces Barbares cette fois pris au piège, furent exterminés par la population, si vous désirez en savoir plus sur ces Razzias Barbaresques et leur dénouement cliquez ici .
Avec l'arrivée des reliques de saint Omer en 1052, le Prévot de Notre-Dame Baudouin II ordonne l'agrandissement de la collégiale en pur style Roman. Plus tard, elle sera ravagée par un incendie en 1201, et, la même année, le prévot de Notre-Dame Gérard IV d'Alsace ordonnera la construction d'un nouvel édifice qui sera gothique. De cette période romane, il ne reste qu’une chapelle orientée qui s’ouvre sur le bras nord du transept, c'est la chapelle des Trépassés ou des Cloches. La construction Gothique s’échelonnera dans le temps et progressera d’est en ouest. Elle commence par le choeur (XII ème-XIII ème siècles), continue par le transept (XIV ème-XV ème siècles) et la nef (XIV ème siècle) et s’achève par la tour occidentale (XV ème-XVI ème siècles). L’édifice embrasse ainsi toutes les périodes de l’architecture gothique, du classique jusqu’au flamboyant. Il mesure 105 ml de long, 51 ml de large au transept, 30 ml de large à la nef. La nef atteint une hauteur sous voûte de 22,90 ml.

Vous trouverez ci-dessous l'histoire de la construction de la Cathédrale de Saint-Omer inspirée du travail réalisée par Monsieur Bruno Magnier ancien Maire de la ville de Saint-Omer.

Le Choeur
La première phase de travaux ( troisième quart du XIII ème siècle ) concerne les parties orientales de l’édifice. Le choeur présente deux travées droites et un hémicycle à sept pans, entouré de bas-côtés qui ouvrent sur deux chapelles biaises et un déambulatoire. Il dessert deux chapelles rayonnantes octogonales et une chapelle axiale, agrandie en 1629 pour être affectée à l'usage de l’évêque. Le plan du chevet ne fait pas usage de chapelles rayonnantes contiguës, comme en Ile-de-France et en Picardie (Saint-Denis, Senlis, Noyon…). Les chapelles discontinues, rappelant l’époque romane, sont usitées au XIII ème siècle en Flandre (Furnes), en Artois (Montreuil-sur-Mer) et en Hainaut (Valenciennes). Les chapelles biaises rappellent les édifices de la Flandre, tels Saint-Quentin de Tournai et Saint-Martin d’Ypres mais aussi de la Champagne, Braine et Saint-Michel-en-Thiérache.
Le choeur de la cathédrale de Saint-Omer s’inspire de la cathédrale disparue d’Arras avec la mise en oeuvre de colonnes jumelées dans l’hémicycle. Les proportions de l’élévation sont différentes des édifices contemporains du gothique classique, tels Chartres et Soissons : les grandes arcades se dressent sur la moitié de la hauteur, le triforium, aveugle*, avec colonnettes en délit* et les fenêtres hautes en occupent chacun un quart. L’association de triplets* pour les fenêtres hautes avec coursière* extérieure renvoie au transept aux cathédrales de Cambrai, d’Arras, Ypres et Audenarde. Le portail sud date des années 1250-1275. Des niches coiffées de gâbles* ornent le soubassement et accueillent diverses scènes de la vie de saint Omer. Les consoles* soutenant le linteau portent deux anges en partie centrale, Job sur son fumier à droite et Samson terrassant un lion à gauche. Comme dans la majorité des édifices gothiques, le tympan est orné d’un Jugement dernier la composition s’organise sur deux registres superposés. Aux extrémités du registre supérieur, deux anges sonnant de la trompette annoncent le Jugement. Le Christ, présenté debout, portant la couronne d’épines et présentant ses stigmates, est entouré de la Vierge Marie et de saint Jean, agenouillés et mains jointes. Ils sont les intercesseurs des hommes auprès de Dieu pour obtenir sa miséricorde. A leurs côtés, deux anges tiennent les instruments de la Passion. Le registre inférieur du tympan est dédié à la résurrection des morts : des corps nus sortent de leur tombeau. Dessous une partition s’effectue entre les élus, à la droite du Christ, conduits par un ange vers le Ciel représenté par le sein d’Abraham et à sa gauche les damnés enchaînés et emmenés, au son du tambour et de la flûte par des démons vers la gueule grande ouverte et dévorante de l’Enfer.
Après cette grande campagne de construction, un siècle s’est écoulée avant la reprise du chantier par le transept sud.
Le transept sud
En 1375, le transept sud est allongé de deux travées, copiées sur les existantes. Les fenêtres hautes, uniformisées au XVI ème siècle, ont des remplages* flamboyants, formés de cinq ou six lancettes* trilobées et surmontées de mouchettes*. La rose sud est rayonnante. Au centre, un quadrilobe est inscrit dans un cercle lui-même circonscrit dans une étoile à huit branches. Cette dernière est formée par la superposition de deux quadrilatères curvilignes concaves. Entre les angles de cette étoile, d’autres quadrilatères convexes enferment des quadrilobes.
La nef
La construction de la nef débute par l’établissement de chapelles latérales, de 1378 à 1403. Au sud, les chapelles sont complétées aux XV ème et XVI ème siècles, comme l’indiquent leurs voûtes flamboyantes à liernes* et tiercerons*. En 1445, le gros oeuvre de la nef devait être achevé. Ses grandes arcades reposent sur des piles cantonnées constituées d’un noyau circulaire et de quatre colonnes engagées* portant de minces chapiteaux décorés de choux frisés. Alors qu’une tendance générale à la disparition du chapiteau existe dès le milieu du XIV ème siècle ( les nervures des voûtes pénètrent directement dans les piles ), son maintien est fréquent dans les régions septentrionales. L’abbatiale Saint-Bertin a servi de modèle au triforium de la Collégiale de Saint-Omer formé de six arcades inscrites dans un cadre rectangulaire. Les remplages flamboyants des fenêtres hautes poursuivent les divisions du triforium.
Le transept nord
Entre 1449 et 1472, les chanoines décident d’allonger le bras nord du transept, bâti dans un style flamboyant rehausé par des moulures prismatiques*. La rose de la façade du transept nord possède des remplages formant au centre une fleur de lys située en partie supérieure d’un pentagone curviligne. Le reste de la rose est constellé de soufflets* et de mouchettes, de larmes et de flammes. Sous la rose, une coursière, identique à celle en place côté sud, avec sa balustrade de quatre-feuilles met en communication les triforiums des murs est et ouest.

De la Collégiale à la Cathédrale puis à la Basilique

À cette époque la tour à l'ouest qui était restée romane fut consolidée et rehaussée. À partir de 1473 et jusqu'en 1521, on procéda à la construction de la tour occidentale autour de cette tour romane. Celle-ci fut ainsi rhabillée et reçut un décor inspiré de celui de l'abbatiale Saint-Bertin. Les sculptures du portail occidental furent réalisées de 1511 à 1515, par les sculpteurs brugeois Jean et Josse Van der Poele.
La flèche surmontant la croisée date de 1486. En 1553, la ville de Thérouanne toute proche, où se trouvait l'évêché de l'Artois, fut rasée par Charles Quint, au cours d'un conflit qui l'opposait au roi de France Henri II. Du sel fut symboliquement répandu sur le sol de la ville. Dans les années qui suivirent, il fut décidé de partager le diocèse de Thérouanne, afin de respecter les frontières entre le royaume de France et les Pays-Bas espagnols. Ainsi fut créé en 1559 le diocèse de Saint-Omer et la Collégiale Notre-Dame devint la Cathédrale Notre-Dame en 1561.
En 1606, la flèche de la croisée fut détruite par un ouragan. En 1610, on réalisa le cadran solaire du portail sud, et en 1628, on procéda au renouvellement de la chapelle axiale que l'on nomme épiscopale et requise par le nouveau rôle d'évêché de Saint-Omer mais qui endossa aussi le rôle de chapelle mariale bien plus tard. Le XVIII ème siècle apporta encore quelques embellissements : l'importante chaire, installée en 1714 en provenance de l'église des Dominicains de Saint-Omer, est due au sculpteur Danvin puis en 1717, fut installé le superbe buffet d'orgue des frères Piette, avec une remarquable statuaire en bois. Le trône épiscopal et les boiseries du chœur datent de 1753.
En 1792, la Cathédrale, fermée au culte, fut transformée en magasin à fourrage. Comme bien d'autres églises, Notre-Dame eut beaucoup à souffrir du vandalisme des révolutionnaires. Par le concordat de 1801, le diocèse de Saint-Omer fut définitivement supprimé, au bénéfice du diocèse d'Arras.
Redevenue simple église, Notre-Dame de Saint-Omer est néanmoins élevée au rang de Basilique par le pape Léon XIII en 1879. Elle abrite à ce titre l'ombrellino basilical.

Le dernier roi Mérovigien, destitué puis emprisonné à Sithiu en 751.

Saint-Omer est une ville chargée d'histoire, en 751, Sithiu devient la prison du dernier roi mérovingien, Childéric III qui régnait depuis 743. Il fut détrôné avec l'aval du Pape Zacharie, suite à un coup d'état orchestré par Pépin alors maire du Palais et Chef des Francs d'Austrasie. Enfermé, la tête rasée, en signe d'incapacité, à Sithiu et enfermé à Saint Bertin, Childéric III y fut reçu moine en 751, et y mourut en 755. Il laissa un fils, nommé Thierry, qui fut envoyé au monastère de Fontenelle (Saint-Vandrille), ou il y fut élevé dans l’obscurité.

Naissance de la dynastie Carolingienne en 751 à Saint-Omer

Pépin III, surnommé le Bref en raison de sa petite taille, est issu d'une puissante famille franque d'Austrasie (l'Est de la France et de la Belgique). Né à Jupille près de Liège, il est le fils cadet de Charles Martel, maire ou « majordome » du palais royal et véritable chef des Francs. Ayant réuni les Francs d'entre Loire et Rhin sous son autorité, Charles Martel gouverne en laissant dans l'ombre le roi en titre, lointain descendant de Clovis. Dans les dernières années de sa vie, il ne se soucie d'ailleurs pas de désigner un successeur au roi Thierry IV, lorsque celui-ci vient à mourir. Quand lui-même meurt en 741, ses deux fils Carloman et Pépin le Bref héritent ensemble de la charge de maire et se partagent les territoires francs. Ils font couronner pour la forme un dernier roi mérovingien, Childéric III. Peu après, Carloman renonce au pouvoir et se retire dans un monastère, laissant à son cadet Pépin le Bref la totalité du pouvoir. Les principaux seigneurs de Francie occidentale (la France du nord), qui en ont assez des descendants de Clovis, offrent la couronne à Pépin. Ils le proclament roi des Francs à Soissons, sur le champ de mai (un lieu de réunion communautaire) en 751. L'archevêque de Mayence Boniface, évangélisateur de la Germanie, donne l'onction au nouveau roi en marquant son front avec de l'huile sainte (le Saint-Chrême).

Création de l'Ordre du Temple en 1118 par Geoffroy fils du seigneur Guillaume 1er de Saint-Omer

Quand le cortège de la première croisade ( conduit par Godefroy de Bouillon ) quitte Boulogne sur mer le 15 Aout 1096 pour rejoindre Constantinople puis Jérusalem, Geoffroy et deux de ses frères Hugues et Gérard ainsi que leur père rejoignent le convoi à son passage dans la ville de Saint-Omer. La grande pérégrination des croisés durera 3 ans, et quand enfin le cortège arrivera à délivrer Jérusalem le 15 Juillet 1099 c'est une armée en guenilles qui posera les fondations des Etats Latins d'Orient. Godefroy de Bouillon décédera un an plus tard ( sans doute empoisonné par l'émir de Césarée ) et c'est son frère Baudouin de Boulogne sur mer qui deviendra le premier roi Chrétien de Jérusalem, sous le nom de Baudouin 1er, il confiera à son vassal et ami, Geoffroy de Saint-Omer deux tâches : fouiller les fondations du Temple du roi Salomon ( devenu dôme du rocher en 692 ) et défendre les Etats Latins d'Orient. La première mission achevée en 1116, Geoffroy officialisera avec Hugues "des Païens" en 1116 la milice (les pauvres chevaliers du Christ) existante de fait depuis 1106 dans le nouveau royaume de Jérusalem. Cette milice sera reconnue officiellement par le Pape en 1129 et prendra plus tard le nom "d'Ordre du Temple".

Emblème des villes de Saint-Omer et d'Ypres

Dans les Etats Latins d'Orient, dès la fondation de la milice des pauvres chevaliers du Christ en 1116, les hauts dignitaires de cet Ordre portaient un manteau blanc, frappé d'une croix rouge à double traverse. Cette croix patriarcale fut remplacée par la croix pattée rouge en 1149. Quand Geoffroy de Saint-Omer et Hugues des Païens revinrent dans le nord de la France en 1127 pour trouver des soutiens financiers pour l'Ordre du Temple chargé de protéger les nouveaux Etats Latins d'Orient, Geoffroy donna ce symbole ( la croix patrircale à double traverse ) au seigneur de Saint-Omer son père, afin qu'il en fasse bon usage en mémoire des Templiers. Les deux villes, Ypres et Saint-Omer, étroitement liées à l'époque, acceptèrent de faire figurer ce symbole Templier sur leurs armoiries. C'est ainsi que ce symbole apparait officiellement sur le sceau aux causes de la ville de Saint-Omer en 1209 et sur le sceau aux causes de la ville d'Ypres en 1199 ( sur ce sceau le plus ancien, la croix à double traverse est entourée de deux aigles, d'une étoile et d'un croissant, ainsi que de deux lions de Flandre ). Il convient enfin de signaler que Geoffroy de Saint-Omer créa la première commanderie d'Europe à Ypres en 1127.



Ci dessous l'image du sceau aux causes de la ville de Saint-Omer datant de 1209.
Sous la première image le sceau aux causes de la ville d'Ypres datant de 1372 avec la croix à double traverse matérialisée en jaune .


Sceau aux causes de la ville de Saint-Omer datant de l'an 1209.


Sceau aux causes de la ville d'Ypres datant de l'an 1372. Vous pouvez voir la croix à double traverse posée sur la rivière qui traverse la ville sur le blason en haut à droite de la photo.

          La ville de Saint-Omer, recèle beaucoup de petites et de grandes histoires qui ont façonné l'histoire de France. Nous en avons évoqué ci-dessus deux, mais il y en a beaucoup d'autres de sa création en l'an 663 à nos jours en passant par la révolution Française. De nombreux monuments attestent encore de nos jours de la grandeur et de l'importance de cette ville dans l'histoire de France, mais à nos yeux la Cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer en est le joyau.