Razzias Barbaresques sur Saint-Bertin et Sithiu

Au milieu du IX ème siècle, Saint-Bertin rayonne sur le monde spirituel Carolingien. Son influence et la confiance qu'elle inspire poussent de nombreuses abbayes à déposer leurs reliques et autres trésors derrière les faibles fortifications de l'abbaye audomaroise, qui se renforceront rapidement sous l’impulsion des premiers Comtes de Flandre. L'abbaye de Saint-Bertin sera progressivement emmuraillée, et la ville de Saint-Omer en fera de même. L'abbaye Saint-Bertin eut, comme toutes les abbayes de cette période, à craindre ces barbares venus du Nord.

langskips Propriétaires de fabuleux trésors et souvent bien mal gardés, elles jouissaient d'un attrait évident auprès de ces pillards venus s'enrichir. Les chroniqueurs rapportent 3 attaques de l'abbaye :

   La première en 860 à la veille de la Pentecôte, fut l’oeuvre, d’un dénommé Weland. Lui et ses hommes du Nord, arrivèrent de nuit devant un monastère vidé de ses habitants à l'exception de 4 membres du clergé restés sur place. Ils pillèrent Saint-Bertin et Sithiu avant de repartir en laissant une part du butin pour le dieu des Chrétiens, placée sur un autel. Des hommes de Weland, trop avides, décidèrent de récupérer ce butin. L’apprenant, Weland fit pendre les voleurs aux portes du monastère.

  La deuxième eut lieu le 28 juillet 879. Une armée importante de Norrois débarqua de nuit et sema la terreur en pillant et incendiant tout sur son passage. Sithiu n'échappa pas à cette destruction. La troupe du nord reprendra rapidement la mer pour éviter l'armée Carolingienne mais, après un court séjour en Angleterre, ils revinrent en Flandre pour ravager la ville de Gand située à 150 kilomètres au nord est de Sithiu.

  La troisième, eut lieu le 16 avril 891. Depuis la deuxième invasion le seigneur de Saint-Omer avait mis en place des vigies chargées de surveiller jour et nuit les allées et venues des navires. Les vigies remplirent leur rôle à merveille, et les barbares furent immédiatement signalés à la population de la cité. Dès qu'ils eurent franchi le rétrécissement menant à l'Abbaye Saint-Bertin, et quand les Vikings furent suffisamment loin et hors de portée de vue, dans le plus grand silence les bateliers Audomarois barrèrent le chenal avec des dizaines de barques à fond plat reliées entr'elles par des cordages. Alors que les Vikings s'approchaient furtivement de nuit de la place qu'ils croyaient sans défenses comme d'habitude, ces barbares durent faire face à toute la population fermement décidée à repousser ces pillards meurtriers venus de la mer. Dans l'impossibilité d'accoster ils rebroussèrent chemin pour regagner la mer, mais très vite ils apperçurent au loin le chenal bloqué par une armada d'embarcations pleines de combattants qui criaient pour effrayer ces barbares. Il y avait des brasiers dans toutes les barques Audomaroises donnant ainsi l'impression dans la nuit que le chenal était bloqué et très bien défendu. Dans l'impossibilité d'apprécier en pleine nuit l'importance du danger, les Vikings firent à nouveau demi tour et remontèrent le bras de mer en direction du village d'Helfaut. Plus ils remontaient ce bras de mer et moins la navigation était simple (faible tirant d'eau) . Les habitants qui avaient quitté la cité pour suivre le long des berges les navires Vikings, se préparaient à l'assaut final, la voie était sans issue pour les Vikings, et, au pied du village d'Helfaut le bras de mer qui avait disparu depuis un kilomètre laissait place à la rivière l'Aa ( beaucoup plus large que celle que nous connaissons aujourd'hui ) que les Vikings devaient remonter . Après quelques centaines de mètres d'une navigation compliquée, tous les Langskips s'enlisèrent, les Vikings s'enfuirent à pied comme ils purent avec leur butin ( volé en chemin avant d'arriver à Sithiu ) en direction du village de Wavrans-sur-l'Aa . Rattrappés par les habitants de Sithiu, ils furent 300 à se faire massacrer. Le butin fut ramené à Sithiu, et les habitants remercièrent Dieu lors d'une grande manifestation à Saint Bertin. Deux survivants regagnèrent à pied le campement de leur chef "Hasting" qui prit la décision de venger cet affront. Ils reparurent donc en nombre une semaine plus tard, et tentèrent plusieurs jours durant, de s'emparer de la ville sans succès, décimés, ils finirent par s’enfuir pour ne plus jamais reparaitre à Saint-Omer. Ce chef "Hasting" qui s'était réfugié dans la ville côtière de Gand ( 150 kms au nord est de Saint-Omer ) recomposera en 892, une flotte de plus de 80 Langskips dans le but cette fois d'envahir l'Angleterre, mais lors de la traversée en 893 une violente tempête s'abattra sur cette armada , et il disparaitra avec tous ses bateaux en pleine mer .

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Sources :
- Jean Derheims "Histoire de Saint-Omer - 1817" pages 68-71.
- Arthur Giry "Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions - 1977" .


Création de l'abbaye de Saint-Bertin

Durant la période du haut Moyen Age, ❎ la ville de Saint-Omer s'appelle encore « Sithieu » du nom de la villa Sithiu, édifices bâtis sur une butte calcaire surplombant un territoire marécageux et peu hospitalier irrigué par l'Aa. Cette butte ou motte castrale est un promontoire circulaire de 6 000 m² qui culmine à 26 mètres d'hauteur (NGF), elle domine la ville de Saint-Omer d'une dizaine de mètres. Cette butte est localisée dans la partie sud du castrum carolingien de Sithiu qui a été l’un des premiers noyaux de peuplement de la ville avec l’abbaye de Saint-Bertin située en contrebas à 700 ml à l'Est . Selon certaines sources, on aurait découvert des traces d'occupation de la période romaine avec des ruines de ce qui aurait pu être une tour d'observation ainsi que les restes d'un temple !. Ce territoire, bien que peu christianisé (car peu romanisé) était sous la protection de l'évêché de Thérouanne. Ce diocèse sera restauré en 630 sous le règne de Dagobert Ier. C'est ce dernier qui donna le siège épiscopal à Audomar, un moine de l'abbaye de Luxeuil fondé par le moine irlandais Colomban au VI ème siècle.. Les terres de Sithiu appartenaient à un homme appelé Aldroald et il en fit don à l’évêché de Thérouanne vers 650, probablement pour le salut de son âme ( il est réputé sans héritier et nouvellement converti ). En l'an 634 Audomar confia la tâche d'évangéliser cette région encore païenne à trois de ses compatriotes de l'abbaye de Luxeuil, Mommelin, Ebertram et Bertin. Ces 3 moines, comme Audomar, connaissent la langue tudesque des Saxons-Frisons et c'est une des raisons de leur nomination dans la région par le roi (à mettre également en relation avec la bonne réputation du Colombanisme irlandais de l'époque).
Les 3 moines fondèrent rapidement un premier monastère sur la commune de l'actuelle Saint-Mommelin, le vetus monasterium ou vieux monastère avec une église dédié à Saint-Pierre et Saint-Paul constructions achevées vers l'an 660. Par manque d'effectifs, l’évêque de Thérouanne Audomar envoya Mommelin à Noyon pour y tenir l’Évêché et Ebertram devint abbé de l'abbaye de Saint-Quentin. Vers l'an 661 Bertin, désormais seul, décida de fonder un nouveau monastère et, selon la légende, il se laissa porter par les flots et à l’emplacement ou son embarcation accosta, construisit son église. Ainsi fut créée l'église Saint-Martin qui deviendra l'église Saint-Bertin ( l'église de l'abbaye basse ), cette église sera achevée vers l'an 684 et ses bâtiments conventuels seront terminés vers l'an 711. En l'an 663 Audomar demandera qu'une autre église, dédiée à la vierge ( et qui deviendra Notre Dame ), soit édifiée sur la butte de Sithiu cette église sera complétement achevée vers l'an 692, mais les bâtiments conventuels ne seront achevés que 30 ans plus tard. En 663, l’évêque de Thérouanne mettra cette église sous la protection de Bertin. Il y eut donc, dès l'origine de la ville, un monastère haut et un monastère bas.
Audomar meurt en 670 et, selon ses dernières volontés, il est enterré dans l'église Notre Dame. Il recevra plus tard le nom d'Omer. Canonisé rapidement sous le nom de Saint-Omer et l'Audomarois restera l'appellation de la région autour de la ville. Bertin, quant à lui, mourut à 99 ans en 709. Egalement canonisé, il fut inhumé dans l'abbaye qui portera dès lors le nom d'abbaye de Saint-Bertin. L'abbaye bénédictine semble rapidement avoir bénéficié d'une aura incontestable puisque c'est l'endroit qu'a choisi le premier roi de la dynastie carolingienne, Pépin III dit le bref, pour y emprisonner le dernier roi de la dynastie mérovingienne Childéric III en 751 (ce dernier y décédera en 755). Un siècle plus tard, le premier Comte de Flandre Baudouin Ier dit bras de fer, décide de prendre l'habit monacal à Saint-Bertin et à sa mort, s'y fera inhumer. Ses descendants Baudoin II et III s'y feront également inhumer. A l'instar d'abbayes comme Saint Vaast, Saint Amand, Saint Riquier ou Saint Bavon, l'abbaye de Saint-Bertin deviendra à l'époque Carolingienne une abbaye royale et une des plus influentes du Nord de l'Europe.


Childéric III dernier roi Mérovigien, emprisonné, couronné, destitué puis à nouveau emprisonné à Sithiu ( Saint-Omer ) de 737 à 751.

A cette époque, toute la moitié sud de la France ainsi que la totalité de l'Espagne étaient wisigothiques. Les Mérovingiens régnaient sur la moitié nord de la France.
Après la mort de Thierry IV, en 737, le maire du palais du royaume d'Austrasie Charles Martel se refuse à installer un descendant de Clovis Ier sur le trône. Pendant sept années, tous les documents officiels Francs seront datés de l'année 737. Charles Martel désire faire traîner les choses le plus longtemps possible jusqu'à ce qu'il se sente suffisamment puissant pour se proclamer roi, mais il meurt en 741 avant d'accomplir ce dessein. L'aristocratie et tous les peuples Francs tiennent en grande estime la dynastie des Mérovingiens. La fronde grandit et c'est dans ce contexte que contraints et forcés ses deux fils, Pépin et Carloman en sont réduits à proclamer un nouveau roi Mérovingien en la personne de Childéric III que Charles Martel avait fait emprisonner à Sithiu en 737 ( actuellement Saint-Omer ). Childéric III est donc sorti de sa prison et placé sur le trône en mars 743 par Pépin le Bref.
Après huit années de régne le dernier roi Mérovingien Childéric III est détrôné, à la suite d'un coup d'état, orchestré par Pépin alors maire du Palais et Chef des Francs d'Austrasie avec l'aval du Pape Zacharie.

Ramené à Sithiu, la tête rasée, en signe d'incapacité, il est de nouveau enfermé dans l'Abbaye de Saint-Bertin, Childéric III y sera reçu moine en 751, et y mourra en 755.


Saint-Omer est une ville chargée d'histoire, en 751, Sithiu devient la prison du dernier roi mérovingien, Childéric III qui régna de 743 à 751. Il fut détrôné avec l'aval du Pape Zacharie, suite à un coup d'état orchestré par Pépin le Bref est sacré roi des Francs
Le 27 juillet 754 dans la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, le pape Étienne II sacre Pépin le Bref. Il lui confère les titres de roi des Francs et de Patrice des Romains (« Patricius Romanorum »). Les fils et héritiers de Pépin, Carloman et Charles (futur Charlemagne), sont aussi sacrés par la même occasion (ils succèderont conjointement à leur père quatorze ans plus tard). Leur mère Berthe, n'est pas oubliée. Elle est bénie par le souverain pontife. Pendant le millénaire qui va suivre, tous les souverains de France vont se réclamer de cette cérémonie et se faire sacrer à leur avènement selon le même rituel.

Naissance d'une dynastie
Pépin III, surnommé le Bref en raison de sa petite taille, est issu d'une puissante famille franque d'Austrasie (l'Est de la France et de la Belgique). Né à Jupille près de Liège, c'est le fils cadet de Charles Martel, maire ou « majordome » du palais royal et véritable chef des Francs. Ayant réuni les Francs d'entre Loire et Rhin sous son autorité, Charles Martel gouverne en laissant dans l'ombre le roi en titre, lointain descendant de Clovis. Dans les dernières années de sa vie, il ne se soucie d'ailleurs pas de désigner un successeur au roi Thierry IV, lorsque celui-ci vient à mourir. Quand lui-même meurt en 741, ses deux fils Carloman et Pépin le Bref héritent ensemble de la charge de maire et se partagent les territoires francs. Ils font couronner pour la forme un dernier roi mérovingien, Childéric III. Peu après, Carloman renonce au pouvoir et se retire dans un monastère, laissant à son cadet Pépin le Bref la totalité du pouvoir. Les principaux seigneurs de Francie occidentale (la France du nord), qui en ont assez des descendants de Clovis, offrent la couronne à Pépin. Ils le proclament roi des Francs à Soissons, sur le champ de mai (un lieu de réunion communautaire) en 751. L'archevêque de Mayence Boniface, évangélisateur de la Germanie, donne l'onction au nouveau roi en marquant son front avec de l'huile sainte (le Saint-Chrême). Les évêques du royaume confirment l'élection par un couronnement et le pape Zacharie, de Rome, donne son assentiment au changement de dynastie : « Il vaut mieux appeler roi celui qui a plutôt que celui qui n'a pas le pouvoir », dit-il en substance. Le transfert se passe sans effusion de sang. Le malheureux Childéric III est déposé et tondu (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les Francs !). Il va finir ses jours au monastère de Saint-Bertin, ou il y mourra en 755...
Il laissa un fils, nommé Thierry, qui fut envoyé au monastère de Fontenelle (Saint-Vandrille), ou il y fut élevé dans l’obscurité.

La dynastie des Mérovingiens s'est brutalement arrétée a Saint-Omer en l'an de grâce 751, pour être remplacée par celle des Carolingiens.