Dallage du Transept nord ouest
Le premier paragraphe de cette page est consacré aux techniques de pavement employées au moyen-âge. Si vous ne disposez pas du temps suffisant pour lire ces généralités vous pouvez accéder directement au dallage de la chapelle en cliquant ICI.
Techniques de pavement employées au moyen-âge
Sophie Lamadon-Barrère
Docteur en histoire de l’art médiéval ( dont la thèse a porté sur Les pavements à incrustation des églises de la France du Nord, XIIe - XIVe siècles ) a publié une étude pour l'institut de recherches historiques du Septentrion "Dalles gravées à effigies et sceaux équestres : le cas des Sainte-Aldegonde de Saint-Omer ( XIII ème siècle )".
Nous recommandons la lecture de cette publication ( 14 pages ) avant de continuer la visite de notre site, vous la trouverez ICI . Cette publication est à notre avis un préalable incontournable.
Au début du Moyen-Âge central, les Dallages étaient réalisés suivant la technique des mosaïques de pavements, cette pratique a perduré jusqu'à la fin de l’époque romane.
La technique d’incrustation de résines colorées dans la pierre est un procédé décoratif peu courant, dont l’origine remonte à l’Antiquité.
En France, les historiens ont répertorié trois régions ou cette technique fut utilisée pour les dallages, le mobilier liturgique et pour habiller les murs.
La première est la région lyonnaise, la deuxième est la Bourgogne, la troisième est le nord de la France. Le Nord englobe treize sites ( dont les cathédrales d’Arras, de Thérouanne, de Tournai, de Saint-Omer ... ) . D'autres morceaux du pavement initial sont dans les collections du musée de l'hôtel Sandelin de Saint-Omer.
L’implantation d’origine de ces dalles n’est pas connue, nous savons seulement qu'en 1830 elles se trouvaient dans le pavement du transept nord, lorsque Ludovic Vitet s'est inquiété de leur sort. Elles furent restaurées et accrochées sur les murs de la chapelle de Saint-Omer, puis à nouveau déposées en 1880 et replacées dans le dallage de la chapelle du Sacré-Coeur, avec d’autres dalles nouvellement restaurées, où elles se trouvent toujours.
Emmanuel Wallet
Emmanuel WALLET professeur à l'école de peinture de Douai, professeur de dessin à l'école d'artillerie, officier au corps du génie militaire, membre de la société des antiquaires de la Morinie,
dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer", nous apprend beaucoup sur l'histoire du dallage. Il fait dans cet ouvrage référence au travail d'un autre contributeur qui à oeuvré à faire connaitre l'histoire de la Cathédrale un siècle au paravant à savoir : "Monsieur Deneuville curé de sainte Aldegonde décédé en 1731".
Emmanuel WALLET écrit en substance ceci :
On sait que c’est vers 1836 que les membres de la fabrique de l’église de Notre-Dame commencèrent à faire construire le pavé en marbre de la nef principale de 1'église, où se trouvait une partie des dalles gravées, c’est également vers cette époque que la Société de la Morinie nomma une commission mixte de membres de cette Société et d’autres membres de la fabrique de Notre-Dame pour sauvegarder ces précieux restes d’antiquite.
Monsieur Vitet fit un rapport circonstancié sur l'importance de ces dalles qu'il transmit au ministe. Grâce à ce rapport la commission obtint une partie des secours pécuniaires, indispensables pour la mise en état de conservation et pour la restauration de ces précieux restes.
On procéda alors avec une partie de ces dalles à la construction d’un pavé dans la chapelle située à droite, au fond de l’église, et qui était encore totalement dévastee depuis la Révolution. On eut l’heureuse idée de la consacrer à saint Omer ( ancienne saint Jean Evangéliste ), et d'incruster dans ses parois quatre grandes dalles de chevalier équestre, dont les inscriptions apprennent qu’elles
sont dédiées au dit saint, mais cette chapelle est loin d’avoir reçu son complément de décoration. Quelques autres dalles qui étaient presque intactes ont aussi été recueillies et placées sur les murs de l’église dans le transsept gauche. Puis, les travaux furent arrétés, soit par le manque de fonds, soit parce que l’on pensa avoir assez fait en sauvant les principales dalles. On mit en dépôt une infinité de pierres gravées dont on crut n’avoir pas assez de morceaux pour former des sujets entiers. Mais d’après les dessins que nous publions, on verra qu’il y a encore une infinité de dalles aux dessins précieux que l’on pourra recomposer à l’aide des morceaux existant dans diverses parties de l’église et avec ceux que l’on dit avoir mis en dépót.
Les éléments sauvegardés sont de pierre jaunàtre gravées, représentant une variété infinie de dessins, qui ne sont vraiment que des sujets dessinés au trait, et dont le fond évidé de quelques millimètres de profondeur est encore en partie rempli de Mastic coloré à fleur de la surface de la pierre. Ce mastic de couleur variée, est tanôt brun de diverses nuances, tantôt ardoise plus ou moins foncé ou rouge brique tirant plus ou moins sur le jaune, quelquefois enfin, d’un rouge aussi vif que le minium. Les sujets que représentent ces dalles sont très-nombreux : on y voit des chevaliers sur leurs coursiers tenant la lance au poing ou en arrêt, ayant leurs boucliers armoirés, d'autres couverts de leur cotte de mailles et d’un vaste bouclier , combattant à pied contre des lions, des lutteurs des centaures, des éléphants armés en guerre, des sujets religieux, tels que : la Nativité de J.C., Jésus mis au tombeau, l’apparition de l’ange aux
saintes femmes, des religieux en prière, des pélerins, le chemin de Jérusalem, une pierre sépulcrale représentant deux religienx lisant l'office des morts à côté du défunt, enfin, des rois sur leur trône, une chasse aux oiseaux, les signes du zodiaque et les travaux de chaque mois de le l’année, les arts libéraux , tels que : la musique, l’astronomie, la fable du Renard et de la Cigogne, de grandes arabesque très variées de composition, d’autres grandes dalles sur lesquelles sont inscrits plusieurs cercles ou espèces de médaillons dans lesquels sont représentés des animaux et des figures fantastiques, dans des poses bizarres et contournées, et même un un évèque, la,crosse en main et la mitre en tête, etc.
Les dalles dont nous venons de parler sont les plus grandes , mais
c’est surtout sur les petites dalles oú les artistes ont représenté tout ce que leur imagination déréglée leur a suggéré : on y voit des animaux chimériques dans des positions variées, des sirènes, des quadrupèdes et des oiseaux fabuleux se mordant la queue de diverses manières, et d’autres aboutés en rond de la tête à la queue, des satyres, des centaures,
des sagittaires, des griffons, des singes mangeant des pommes, des ânes jouant de la harpe, d’autres aniniaux jouant de la viole, des lions, des éléphants armés en guerre comme sur les dalles plus grandes, des cerfs, des ours, des lions ailés, ainsi que des chameaux a tête humaine des oiseaux monstrueux et d’autres aussi à tête humaine, des
aigles dragonnés ou à queue de serpent, des loups dévorant leurs mamelles, des sangliers mangeant des glands, des oiseaux montés sur des quadrupèdes, des coqs à buste d’homme, des hommes montés sur des licornes marinées et d’autres sur des oiseaux, des singes montés sur des chèvres, des hommes ou singes a tête de perroquet avec des oreilles de quadrupède, et tenant un oiseau fabuleux entre les jambes, des cygnes adossés et enlacés de la tête et du cou, d’autres oiseaux posés en sautoir, des espèces de phénix ayant la queue qui finit par un ornement, etc.
D’autres de ces petites dalles ont des sujets moins capricieux que ceux qae nous venons de décrire, tels que des personnes en prière, une tête à trois visages , un calice, une clef , ainsi qu'un grand nombre de rosaces et d’arabesques variées.
11 se trouve en fin d’autres dalles qui ne peuvent avoir servi que comme bordures et représentant une variété d’arabesques ainsi que des rinceaux continus, entremèlées quelquefois d'oiseaux fabuleux, de tireurs d’arc ou de centaures s’attaquant.
Nous croyons , en terminant la description de ces dalles, devoir rappeler ce que dit monsieur Vitet dans son rapport sur ces mêmes objets :
rien ne peut donner une plus fidèle image de ce mélange de bigarrure, de traditions d'usages, de costumes, mi-partie orientaux et enropénas, qui s’emparèrent de l’Occident vers l’époque des Croisades.
Les dessins des figures et animaux de ees dalles peuvent être comparés
au trait pur et coulant des beaux hiéroglyphes Egyptiens.
Quant au format de ces dalles , dont les grandes sont un composé de plusieurs morceaux, on peut les classer comme ayant trois dimensions diiférentes, à l’exception de deux sujets dont les débris nous ont donné un carré de plus de 3.00 ml de côté.
Les grandes dalles ont 1.43 ml à 1.47 ml de côté, les moyennes 0.87 ml à 0.89 ml de côté et les petites de 0.28 ml à 0.29 ml de côté.
On conçoit qu’avec ces élémens divers de grandeur, et les variations de sujet que ces da11es représentent, ainsi qu’avec les diverses couleurs de mastic, on puisse parvenir à faire une infinité de combinaisons diverses de pavés qui rappelleraient ces riches décorations du moyen-âge, et dont nous donnerons un aperçu après la description de nos planches.
Nous donnerons ensuite le moyen que nous avons imaginé de réparer ces précieux restes de pavés d’une manière économique, sans faire de ces restaurations presque toujour nuisibies, qui sont loin de satisfaire l’archéologue et l'artiste, parce que souvent on confie ce travail à des ouvriers qui saisissent mal le sentiment et le style des originaux, de manière que, au lieu de faire une restauration utile, ils y font une déplorable mutilation, ce qui malheureusement est sans remède.
Recollement des dalles en 9 planches de croquis - Emmanuel Wallet
La planche I concerne les sujets guerriers
Sur la planche 1 de son ouvrage des dalles sont repérées 1 à 4.
Ces dalles qui étaient dans le pavement de la Nef, et du Transept sud furent déplacées ( lors du dallage en marbre de la Nef et du Transept sud ) dans la chapelle du saint esprit. Au moment ou Monsieur Wallet écrivit son livre elle y était déjà, et de nos jours elles y sont encore :
① Messieurs Deneuville et Hermand sont d'accord pour affirmer que Foulques de Sainte Aldegonde vivait en 1221 et en 1262 ( traces retrouvées dans certains actes ). La dalle équestre représentant Foulques est à gauche de l'autel ( elle comporte du masti d'une seule couleur ), voir la photo ci-dessous.
② Messieurs Deneuville et Hermand sont d'accord pour attribuer à Egidius ( Gilles de Sainte Aldegonde ) la dalle équestre à droite de l'autel, Egidius fut le deuxième mayeur de Saint-Omer de 1325 à 1331. Cet Egidius n'était pas l'ainé des enfants de Foulques, et ses armoiries étaient différentes de celles de Foulques, mais à cette époque et dans cette région les armoiries n'étaient pas héréditaires.
La dalle équestre est à droite de l'autel ( elle comporte du mastic de deux couleurs ), voir la photo ci-dessous.
③ Messieurs Deneuville et Hermand sont d'accord pour attribuer à Guillaume Wasselin la dalle équestre à gauche de la clôture, Guillaume fut échevin de Saint-Omer de 1287 à 1307, un diplome de 1239 atteste que Guillaume et Nicolas sont les frères Wasselin.
La dalle équestre est à gauche de la clôture ( elle comporte du mastic de plusieurs couleurs ), voir la photo ci-dessous.
④ Messieurs Deneuville et Hermand sont d'accord pour attribuer à Nicolas Wasselin la dalle équestre à droite de la clôture, un diplôme de 1239 atteste que Guillaume et Nicolas sont les frères Wasselin.
La dalle équestre est à droite de la clôture ( elle comporte du mastic de plusieurs couleurs ), voir la photo ci-dessous.
Emmanuel Wallet nous fait encore remarquer que les chevaliers de nos dalles n’ont pas de casques, ils ont des couronnes formées d'un filet de fleurons comme les fils de Louis VIII et de Louis IX, alors qu'ils n'étaient pas fils de roi.
Sur la planche 1 de son ouvrage des dalles sont repérées 5 & 6.
Ces dalles qui étaient dans le pavement de la Nef, furent déplacées ( lors du dallage en marbre de la Nef ) dans la travée 5 du Déambulatoire en face de la chapelle Absidale. Au moment ou Monsieur Wallet écrivit son livre elle y était encore, mais de nos jours elle a disparu :
⑤ ⑥
Dans son ouvrage intitulé "Dallages de la Cathédrale de Saint-Omer" paru en 1847 Emmanuel Wallet nous indique à la page 30 qu'à cette date, 2 dalles équestres étaient insérées dans le Dallage des Caroles face à la chapelle Absidale. De nos jours le pavage est exclusivement composé de carreaux vernissés noir et jaune.
Sur la planche 1 de son ouvrage ces dalles sont repérées 5 & 6. La première représente un chevalier croisé ( à cause des 3 croissants ) portant lance et bouclier ( 3 coquilles semées de tréfle ). La deuxième représente également un chevalier, mais cette dalle est tellement usée, que les inscriptions sur le bouclier et sur le pourtour de la dalle sont effacées, le mastic du fond est rouge 'brique'. Emmanuel Wallet nous fait encore remarquer que les chevaliers de nos dalles n’ont pas de casques, ils ont des couronnes formées d'un filet de fleurons comme les fils de Louis VIII et de Louis IX, alors qu'ils n'étaient pas fils de roi.
A ce jour ( Mai 2024 ) nul ne sait ou sont ces deux dalles équestres.
Sur la planche 1 de son ouvrage une dalle est repérée 7.
Cette dalle qui était à l'origine dans la première travée de la Nef sous les orgues, fut déplacée ( lors du dallage en marbre de la Nef ) dans la travée 5 du Déambulatoire en face de la chapelle Absidale. Au moment ou Monsieur Wallet écrivit son livre elle y était encore, mais de nos jours elles ont disparu :
⑦ Monsieur Wallet note que cette dalle plus ancienne que les 4 dalles de la chapelle du saint Esprit, est originale, car le chevalier porte un casque plat contrairement aux autres chevaliers de la chapelle du saint Esprit qui sont coiffés de liserets à fleurons. Ce casque plat ainsi que la bannière refendue en trois sont en usage ( d’après les sceaux ) chez les Comtes de Flandre , vers la deuxième moitié du XII ème siècle.
Cette pierre est tellement usée, qu’on ne distingue plus que quelques lettres de ses inscriptions. Les armoiries du bouclier, que le chevalier porte de la main droite, contre l’usage en vigueur, sont différentes des armoiries dèjà décrites, représentent le 'ray d’escarboucle', qui, comme on le sait, faisait partie de l’armoirie de Saint-Bertin. Enfin ce chevalier inscrit dans un cercle note une originalité pour l'époque.
A ce jour ( Mai 2024 ) comme pour les deux dalles repérées 5 & 6 qui devraient être ( mais qui ne le sont pas ) dans le dallage du déambulatoire face à la chapelle Absidale dans la travée H5, nul ne sait ou est cette dalle équestre repérée 7.
Sur la planche 1 de son ouvrage une dalle est repérée 8.
Ce fragment de dalle qui était à l'origine dans le pavement de la Nef, fut déplacée ( lors du dallage en marbre de la Nef ) dans la chapelle saint Omer. Au moment ou Monsieur Wallet écrivit son livre elle y était encore, mais de nos jours elle a disparu :
⑧ Monsieur Wallet note que ce fragment de dalle est plus ancien ( XII ème siècle ) que les 4 dalles de la chapelle du saint Esprit, représente un chevalier qui porte une cotte de mailles et un grand bouclier. Il combat contre un animal. Le mastic est rouge brique.
Cette pierre ne comporte aucune inscription. Les armoiries du bouclier, semblent comporter une croix latine.
Sur la planche 1 de son ouvrage deux dalles sont repérées 9 ( croquis de gauche ) & 10 ( croquis de droite ).
Ces dalles qui étaient dans le pavement de la Nef, furent déplacées ( lors du dallage en marbre de la Nef ) dans la chapelle saint Omer. Au moment ou Monsieur Wallet écrivit son livre elles y étaient déjà, et, de nos jours elles y sont toujours :
⑨ Monsieur Wallet décrit cette dalle : "ces deux dalles représentant deux éléphants armés en guerre, ils sont en regard comme ayant servi jadis de pendant, la dalle repérée 9 est assez bien conservée. Le mastic est rouge brique."
⑩ Monsieur Wallet décrit cette dalle : "ces deux dalles représentant deux éléphants armés en guerre, ils sont en regard comme ayant servi jadis de pendant, la dalle repérée 10 est en très mauvais état . Le mastic est rouge brique."

Ces animaux furent très utilisés par les Carthaginois au II ème siècle avant Jésus Christ. Ils furent également sur tous les champs de batailles en Perse en Grèce en Macédoine aux III ème et IV ème siècle avant Jésus Christ.
Plus tard au III ème siècle, ils furent présents sur tous les champs de bataille en Egypte, et utilisés également lors de la deuxième guerre Punique.
Ces animaux furent très utilisés lors des batailles en Chine et en Inde du IV ème au VI ème siècle.
Durant l'époque médiévale, ces animaux ne seront plus présents sur les champs de bataille européens qu'à de rares occasions. Ce fut le cas lorsque Charlemagne utilisa son éléphant, Abul-Abbas, offert par le calife Hâroun ar-Rachîd, pour combattre les Danois en 804, ou lors de la 6 ème Croisade quand Frédéric II captura un éléphant au Proche-Orient, qui fut utilisé au combat.
Sur la planche 1 de son ouvrage deux morceaux de dalle sont repérées 11 ( croquis de gauche ) & 12 ( croquis de droite ).
Ces dalles qui étaient dans le pavement de la Nef, furent déplacées ( lors du dallage en marbre de la Nef ) dans la chapelle saint Omer. Au moment ou Monsieur Wallet écrivit son livre elles y étaient déjà, mais, de nos jours elles ont disparu :
⑪ Monsieur Wallet décrit cette dalle : "il ne reste de l’inscription que quelques lettres. Pourrait-on y voir l’allégorie d'un tribunal militaire en discussion ? L’inscription porte, en effet, le mot LITES......, parce que sur cette portion de dalle, on remarque une grande figure assise et entourée de guerriers de petite dimension.
"
⑫ Monsieur Wallet décrit cette dalle : "Portion de dalle dont le dessin est assez pur, mais dont le mastic est tombé. La manière dont sont agencés les deux combattants ou lutteurs, nous a déterniné à la publier, quoique bien incomplète et très usée."

Monsieur Wallet ne dit pas ou ces deux morceaux de dalles ont été reposés, ils provenaient de la Nef et faisaient partie du lot de dalles récupérées à la Cathédrale de Thérouanne. De nos jours, ces fragments de dalles ne sont pas dans la Cathédrale de Saint-Omer.
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche I dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
Figures 1 et 2. Nous réunissons et traitons ensemble ces deux dalles de chevaliers équestres, parce qu'elles appartiennent à la même famille ( de Sainte-Aldegonde ).
Avant de traiter l'historique de ces deux dalles, nous devons donner un aperçu de leur état présent.
Figure l. Cette dalle, composée de deux pièces, présente une faible dégradation au commencement de l'inscription qu'il a été facile de rétablir. Elle porte :
X FV l CO • FILÏ • IOhB.NNIS Oe SiiNCTa • i.îLOef.VNOe DeOn.
JSTV LllPI OeM BeATO AVOOM ARO.
Les armoiries du chevalier, tant sur son bouclier que sur sa bannière, sont losangées de•••••• . Toute la dalle n'a qu'une seule couleur de mastic brun-puce, assez bien consrvé.
Figure 2. Cette dalle, composée de quatre morceaux, avait son inscription un peu effacée, mais on l'a rétablie avec la plus grande facilité. D'après le rapport de Deneuville, cette inscription est ainsi conçue :
X EGI DIVS : FILI "' ru1CONIS :ne : S.HNCTa :n LDeC.VNDe : DeDIT : ISTVM : Lëi PIDf M :ID : hONORe : BeATI liVDOMARI.
Les armoiries de ce chevalier sont d • ••••• frettées d•••••• et semées de quatre feuilles d••••••• Dans les armoiries, les traits de la figure et du cheval, le mastic est couleur rouge-brique ; le fond et les lettres sont en mastic brun.
Quant aux chevaliers équestres que ces dalles représentent, Deneuville et surtout M. Bermand, qni a fait de laborieuses recherches à ce sujet, sont tous deux d'accord, que Foulques, représenté sur la dalle ( figure 1 ), pouvait vivre vers le milieu du XIII ème siècle ( de l221 à 1262).
Deneuville attribue l'autre dalle ( figure 2 ) à un Egidius, qui fut deuxième mayeur de Saint-Omer de 1325 à 1331, de même que M. Hermand, d'après un diplôme de 1248 ( des archives de l'ex-chapitre ) qui paraît n'avoir pas été connu de Deneuville, et auquel est appendu une empreinte sigillaire ayant le même nom et les mêmes armoiries que ceux de notre dalle ( figure 1 ), ce qui lui fait présumer qe c'est bien ce dernier personnage qu'elle représente, et non le deuxième mayeur de Saint-Omer. Quoique, dans aucun acte, on n'ait trouvé un Egidius désigné com me fils de Foulques, Deneuville et M. Hermand sont d'avis, d'après l'inscri ption de la deuxième dalle, de regarder cet Egidius comme le fils de Foulques représenté sur la première. Ils prétendent que la différence qui existe dans leurs armoiries ne peut détruire la probabilité de leur jugement, vu que l'usage des armoiries héréditaires dans les familles n'était pas généralement répandu à cette époque. De plus, Egidius n'était, sans doute, pas l'aîné des enfants de Foulques, car nous voyons dans les diverses branches de la famille de Sainte-Aldegonde, que les descendants ont adopté des armoiries différentes. Nous avouerons que nous n'avons fait ici qu 'effleurer cette discussion, qui nous donne pour résultat que notre Foulques vivait en 122l, et son fils Egidius en 1248. Il paraîtrait donc que, dans ce pays les armoiries n'étaient pas encore héréditaires dans cette famille, au milièu du XIII ème siècle.
Nous ajouterons que ces deux dalles ne nous paraissent pas de même style, et que celle de Foulques est, selon nous, bien antérieure à l'autre. Dans l'une on ne trouve que du mastic d'une seule couleur ; dans l'au tre, au contraire, il est de deux couleurs différentes. Dans les deux dalles qui vont suivre nous pourrons découvrir une analogie presque parfaite pour le style, mais une plus grande différence encore dans les mastics, que dans celles que nous venons de citer.
Figures 3 et 4. Nous traitons ensemble ces deux dalles équestre pour le même motif que pour les précédentes, vu qu'elles appartiennent à une même famille ( Wasselin ) ; nous suivrons aussi le même ordre dans leur description.
Figure 4. Dès son origine , cette dalle se composait de trois parties ; mais la partie supérieure manquant présentement, il résulte que le commencement et la fin de l'inscription ont aussi disparu. Il est à croire que c'est ici la dalle que Deneuville fait appartenir à un nommé Guillaume Wasselin, échevin, laquelle dalle était, sans doute, encore entière lors qu'il l'a citée ( vers le commencemen XVIII ème siècle ), et qui depuis par accident aurait eu sa partie supérieure détruite.
La portion de l'inscription qui existe est..• S :UVLLeLOOI : VV.iiSS& llNI :DCDIT : ISTVM :LA p j DCM AD :hONORe 'l' : Beagl :A.UDOMaRI.
€PISCOPI t:........, Quant aux armoiries du bouclier, dont il ne reste plus qu'une partie, elles étaient sans nul doute à trois ramures de cerf. Le mastic de cette dalle est chocolat clair, sauf le fond des armoiries qui est de couleur rouge-brique un peu jaunâtre.
Figure 3. Quoique, par le frottement des pieds, une partie du cheval ait été effacée, cette dalle est assez intacte dans ses autres parties ; . SQD . ios
cription est : X nIChOLA.VS : FILIVS : VVILLeLMI . : VVA'SSeLINI : oeo1T : ISIUOO :LAPIDeM : an :HOllOReOO : S.ii.OCcU : A.VDO»A:RI.
Les armoiries du chevalier, tant sur son bouclier que sur son pennon, sont semblables à celles que nous venons de décrire, c'est-à-dire à trois ramures de cerf. Cette dalle a son fond composé de mastic couleur ardoise, les lettres sont couleur rouge-brique, le fond des armoiries est chocolat clair.
Cherchons maintenant l'époque présumée de l'exécution de ces deux dalles ( figures 3 et 4 ). Deneuville ( qui n'a fait mention que de cette qui est représentée figure 4 ), l'attribue à un nommé Guillaume, échevin de 1287 - 1307. M. Hermand, qui a été à même de visiter d'autres archives que son prédécesseur, n'a rencontré qu'une seule fois le nom de Nicolas Wasselin sur un diplôme de 1239, dans lequel on lui donne un nom mé Guillaume pour frère. D'après ce titre, M. Hermand regarde comme presque certain que ces deux dalles appartiennent aux frères Wasselin.·Nous dirons de plus qu'elles portent, toutes deux, le même caractère de style et les mêmes motifs d'ornements, ce qui ferait supposer que c'est l'œuvre du même arliste. Cette probabilité, que nous n'oserions toutefois admettre sans réserve, vient encore à l'appui de l'opinion de M. Hermand.
Nous avons dit précédemment que ces dalles nous paraissaient, par leur style, d'une exécution postérieure aux deux dalles de Sainte-Aldegonde. Ajoutons que nous voyons ici nos deux chevaliers porter l'un et l'autre les mêmes armoiries. Si ce sont deux frères, les armoiries sembleraient avoir été héréditaires avant le milieu du XIII ème siècle, ce qui contredirait le principe contraire que nous avons établi en parlant des armoiries du père et du fils de Sainte-Aldegonde. Si nous avons entamé ici une discussion que nous ne pouvons résoudre, nous n'y avons été entraîné que pour établir notre opinion bien arrêtée, que ces pavés gravés n'ont pas été exécutés à une seule époque.
Figure 5. Autre dalle de chevalier équestre, mal heureusement un peu usée, mais sur laquelle se trouve presqu'entière l'inscription suivante : + ht:LLlPVS FILIV1 bAC.OP •••• IStum la PIDC01 BeATO A;u Do m ARO.
Les armoiries de son bouclier ( celles de sa bannière sont effacées ), paraissent être ainsi blasonnées : d••• à trois vannettes ou coquille1 d...•
semées de trèfle• d•••• .
Nous dirons, avec M. Hermand, qne ces armoiries et cette inscription n'ont pu nous faire découvrir à quelle famille appartenait cette dalle ; mais nous croyons que les croissants qui entourent la figure peuvent faire supposer que c'est l'image d'un croisé. Les armoiries et les lettres de l'inscription sont en mastic rouge-briq ue, le reste est brun.
Figure 6. Cette dalle , dont le pourtour µous paraît être rétréci, représente aussi un chevalier à cheval, courant, la lance en arrêt, avec banderole, ce que nous ne rencontrons pas dans les dalles déjà décrites. L'ornementation du fond est de bon goût, et il est bien à regretter que cette pierre soit usée au point de ne pouvoir plus présenter aucune trace de son inscription, ni les détails des armoiries du bouclier. Le mastic du fond est rouge-brique.
Avant les travaux de 1836, on voyait encore, vers le milieu de la nef, une autre dalle diagonale de chevalier équestre, mais tellement usée qu'on pouvait à peine y distinguer quelques traits.
Figure 7. Cette da11e de cheva1ier équeste conçue différemment que celles que nous avons déjà décrites, puisqu'elle doit être posée carrément, a son chevalier inscrit dans un cercle. Ce dessin ne laisse pas qne d'être empreint d'un cachet d'originalité que nous ne remarquons pas sur les autres dalles, mais, malheureusement, nous avons encore à regretter que cette pierre soit tellement usée, qu'on puisse à peine distinguer quelques lettres de son inscription.
Les armoiries du bouclier, que le chevalier porte de la main droite, contre l'usage, lesquelles sont différentes des armoiries déjà décrites, représentent le ray d'esarboucle qui, comme on le sait, faisait partie de l'armoirie de Saint-Bertin. Nous n'osons, toutefois, faire aucune conjecture sur ce sujet, ainsi que sur le fond de cette armoirie où se trouve broché ledit ray d'escarboucle. ·
Cette dal1e, que nous croyons plus ancienne que les précédentes, nous a paru de plus, ainsi que nous l'avons dit, assez originale ; c'est ce qui nous a déterminé à essayer de la compléter par un trait. On voit que nous avons coiffé notre chevalier d'un casque plat, que nous voyons, d'après les sceaux des comtes de Flandre, en usage dans ce pays-ci, vers la deuxième moitié du XII ème siècle. Sa bannière refendue en trois, se trouve aussi dans le contre-sceaux de ces mêmes comtes de Flandre, vers la fin de ce même siècle ( XII ème ).
Figure 8. Fragment de dalle qui représente un guerrier revêtu d'une cotte de mailles et couvert d'un grand ·bouclier ; il combat contre un animal. Le costume et le bouclier de ce guerrier devraient nous faire assigner à cette dalle une date antérieure au XIII ème siècle ; mais l'ornementation du fond doit faire rapprocher cette date de celle des autres pavés dont il
vient d'être question. Le mastic est rouge-brique.
Figures 9 et 10. Ces deux dalles représentant deux éléphants armés en guerre, sont· en regard comme ayant servi jadis cependant ; l'une d'elles est assez intacte. Le mastic est rouge-brique.
Figure 1l. Nous avons placé dans cette planche ce fragment de dalle, sur lequel il ne reste de l'inscription que quelques lettres, à cause des guerriers qui s'y trouvent représentés. Pourrait-on y voir l'allégorie d'un tribunal militaire en discussion ? L'inscription porte, en effet, le mot LITES•••..• . Nous disons l'allégorie, parce que sur cette portion de dalle, on remarque une grande figure assise et entourée de guerriers de petite dimension.
Nous devons dire, du reste, qu'en voyant des figures placées dans diverses directions, nous avons été fort indécis sur la question de savoir si, primitivement, ce fragment de dalle était carrément ou diagona lement disposé.
Figure 12. Portion de dalle dont le dessin est assez pur, mais dont le mastic est tombé. La manière dont sont agencés les deux combattants ou lutteurs, nous a déterminé à la publier, quoique bien incomplète et bien usée.
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche II concerne les sujets religieux
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche II dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
Dans, cette planche de sujets religieux, nous avons aussi placé ceux de dévotion, tels que pélérins,·personnages agenouillés, pierres sépulcrales, etc. Nous sommes étonnés, qµ'il ne nous soit parvenu, du pavé d'un si grand monument réligieux, aucun sujet tiré de la Bible ; nous en avons fort peu du Nouveau-Testament.
La figure 1 de cette planche représente la naissance de J-C ou plutôt Jésus nouveau-né, vulgairement appelé la couche de la Vierge. On voit cette dernière couchée dans un lit, Saint-Joseph au pied du lit pleurant , l'enfant couvert de bandelettes, couché dans la crèche, l'âne et le bœuf réchauffant de leur haleine le nouveau-né. La partie supérieure de cette dalle représente un ange tenant une banderole, sur laquelle se trouve pour inscription le chant d'allégresse ( non complet, car on n'a pu tout mettre sur cette banderole ), que les anges firent entendre aux bergers lors de la naissance de Jésus : GLORIA In EXCELSIS DEO .
ET J O Tmd paa : hominibu1 wluntatil•
L'étoile miraculeuse des mages n'a pas même été oubliée.
L'aspect de cette dalle assez bien conservée, nous fait supposer qu'elle a été rétrécie de son inscription. L'inscription du haut de la pierre, où l'on voit encore la croix qui en indique le commencement, porte : +NATVS. SIClACVIT ·VILI ·VE....; sur la crèche se trouve écrit le mot
PRESePE, et au bas de la dalle DI ·S:C:C . I:RVCIS ·Q ·ST. Ill·I....
Cette pierre qui faisait partie d'un des grands carrés, réservés dans le carrelage du pavé du transsept gauche ( et dont nous faisons mention dans le sommaire page 17 ), a été restaurée et placée contre le mur du fond de ce même transsept. Le mastic des traits est rouge-brique et celui du fond brun-puce.
Figure 2. Cette dalle, dont il ne reste plus que deux portions qui sont cependant assez grandes pour que nous nous soyons permis de donner une idée de l'ensemble, représente Jésus déposé dans le tombeau par Joseph d'Arimathie et Nicodème ; un ange placé derrière chacun de ces deux disciples est dans l'action d'encenser ; un chœur d'anges préside à cette lugubre et auguste cérémonie ; il ne reste plus de l'inscription que CHOI.... qui probablement signifiait chorus angelorum ).
Nous regrettons de n'avoir pu compléter les inscriptions qui existaient autour de cette dalle ; l'une porte :S[VLPTVRA · hVI uS • LAPIDIS • rnEMO.... ();et l'autre :+ ISTV m ·LA Pid1m DEDERT • FRATBiiS ·DE
GILOA • S7'Ertl......
Cette seconde inscription est à elle seule un document historique important. Elle nous apprend qu il existait à Saint-Omer, au moyen-Age, des frères d'une Ghilde chrétiemne calquée, comme toutes celles de cette époque, sur la Ghilde Scandinave dont les statuts, malgré les prohibitions des Conciles, se sont transmis d'âge en âge avec de légères variantes. Bien souvent les chartes des communes n'ont été que la reproduction de ces statuts dans leurs dispositions principales.
Ces deux portions de la dalle que nous décrivons, ainsi que la pierre précédente, formaient, avec d'autres débris de pavés gravés, trois des carrés symétriquement conservés dans le carrelage du transsept gauche.
Le plus grand morceau des deux parties de notre figure 2, fut restauré et placé contre le mur du fond de ce transept. Les traits, les auréoles et le dessous du Christ sont en mastic rouge-brique, le fond et les lettres sont remplis de mastic brun foncé.
Figure 3. Nous ne pouvons donner qu'une partie de cette dalle qu i re présente les trois saintes femmes au tombeau de J-C, et apprenant de l'ange qu'elles trouvent assis au côté droit du tombeau, la résurrection du Sauveur ( Evangile de Saint-Marc, chapitre 16 ).
Le mot SePVLCRVM ...•, qui reste de l'inscription, nous indique assez le sujet que représente cette dalle, qui, sans doute, était offerte au bienheureux Saint-Omer.
Cette portion de dalle se trouvait placée, avant sa restauration, dans le pavé entre la nef et le bas-côté de gauche, vers le chœur ; aujourd'hui elle se trouve contre la paroi du fond du transept gauche. Son mastic en partie enlevé, était brun ; l'auréole de l'ange et les ronds que l'on remarque sur le tom beau étaient de mastic rouge-brique.
Nous ferons observer que les trois dalles ( figures 1 , 2 et 3 ) que nous venons de décrire, et qui représentent des scènes du Nouveau-Testament, sont les seuls sujets tirés des livres sacrés, qui nous soient parvenus ; encore sont-ils incomplets. Nous croyons, du reste, que ce n'étaient pas les seuls qui devaient se trouver dans les pavés du chœur et des chapelles.
Si l'on s'en rapporte au style, à la composition et au costume des personnages, ces dalles nous transporteraient au X ou au XI ème siècle, dont fes manuscrits représentent des sujels de ce genre ; mais comme nous avons dit, c'était alors une tradition adoptée· pour ces sortes de représentations. Ajoutons encore que, ces trois dalles ne pouvant s'accorder entre-elles, attendu que les deux premières, posées carrément, ne sont pas de même largeur, ni de même hauteur, tandis que la dernière doit être posée diagonalement, nous devons en conclure que le pavé gravé qui nous occupe n'a pas été entièrement exécuté pour une seule et même surface ( telle que le chœur ), ni à la même époque. ·
Figure 4. Cette dalle qui, selon nous, doit-être placée carrément et non diagonalement, représente l'emblème du chemin de Jérusalem, ·qui au moyen-âge était très évvoqué comme pélérinage. Il est bien à regretter que cette pierre nous soit parvenue en si mauvais état, c'est à dire incomplète et presqu'usée par le frottement des pieds ; on y distingue bien encore cependant, autour d'un grand cercle, des représentations de montagnes, des villes, un fleuve, un chemin, des animaux et le nom de IHERVSALEM. Dans l'intérieur du cercle, divisé en trois compartiments borizontaux, sont placés divers autres emblèmes malheureusement trop dégradés pour qu'il soit possible de bien déterminer les sujets qu'ils représentent.
Cette dalle se trouve placée sous l'orgue de l'église, à l'endroit le plus défavorable pour sa conservation. Le mastic est totalement disparu.
Figure 5. Ce sujet, s'il était complet, serait ( avec celui figure 2 ), un des plus grands de tous ceux que nous connaissons ; il aurait plus de 3,25 ml de côté. Nous n 'avons pu découvrir que la moitié environ de sa surface encore se compose-t-elle de huit morceaux éparpillés ça et là dans le pavé de l'église. C'est à l'aide de ces différents débris que nous sommes parvenus à former notre dessin, qui représente, sans aucun doute, une donation ou ex-volo d'une de ces confréries de pélérins, soit de Saint-Jacques de Compostelle, soit de Notre-Dame de Lorette, soit enfin de Jérusalem. On a déjà rencontré cette distribution d'arcades autour d'un sujet unique dans un pavé mosaïque romain à Nismes ( V. J ntiq._tle France , pa l' Legrand , p. 63 ). Dans les arcades de la figure 5, on a placé des personnages représen tant probablement les donateurs ), dont les noms étaient inscrits sur l'archivolte ( comme nous verrons ci-après ). Les chaussures isolées que l'on rencontre dans le fond ( car on sait qu- les pélérinages se fesaient pieds nus ), ainsi que les coquilles ou les bourses qui servaient à rapporter des reliques, ne nous laissent pas douter un seul instant que ce ne soit ici la repréentation d'une de ces donations faites par quelque corporation ou confrérie de pélérins, associations qui furent même conservées jusqu'à la révolution.
Il ne reste du sujet qui se trouve au centre de cette dalle, qu'une figure couverte d'une cotte de mailles, armure que nous rencontrons dans les peintures chez les guerriers de nos premières croisades. Près de · cette figure on voit aussi des chaussures, et autour une inscription très dégradée malheureusement pour que nous nous permettions de faire la moindre supposition sur sa signification.
Il est bien à regretter que les fragments de la dalle ( figure 5 ) soient si frustes et qu'il ne s'en trouve pas davantage dans le pavé de l'église. Nous avons pu cependant, avec ces faibles matériaux, nous assurer de leur mastic. L'inscription, l'intérieur des petites arcades et les écoinçons des cercles qui sont aux angles, sont de mastic rouge-brique tirant sur le jaune ; le reste est de mastic couleur ardoise.
Nous n'oserions préciser l'époque à laquelle cette œuvre appartient, ne remarquant pas dans les arcades qui composent son dessin, l'ogive usitée dans le XIII ème siècle. Le guerrier couvert d'une cotte de mailles qu'on ne rencontre qu'avant l'introduction du style ogival nous transporterait au delà du XIII ème siècle. Nous croyons plus raisonnable de penser que ce pavé n'est pas l'œuvre d'une époque aussi reculée, et que cela ne peut être qu'une réminiscence d'un desisin plus ancien.
Figure 6 et 7. Ces deux petites dalles, représentant aussi sous des arcades en plein cintre des personnages semblables à des pélérins, devaient avoir un emploi spécial, car elles ont une bordure particulière.
La seule inscription qui s'y trouve se remarque sur une des archivoltes de ces arcades ; elle porte : AGnes - VXOReIVS. Sous les arcades de chacune de cea deux dalles, nous voyons un homme et une femme ; ce qui, d'après l'inscription, nous fait présumer que c'étaient deux ex-voto offerts en ·commun par deux époux d'après cela,
La figure 6 nous donnerait un pélérin et une· pélérine, mais nous n'oserions donner ce dernier titre au personnage représenté figure 7, ayant à ses pieds un dragon et tenant un livre à la main. Ces petites dalles, qui étaient assez intactes, ont ét restaurées le mastic que nous y avons trouvé était de couleur ardoise ; il n'y avait un rouge assez vif que les petits globules, représentant des espèces de pierres enchâssées sur les fûts des colonnes ; ces pierres sont dans l'une de forme ronde, et, dans l'autre, de forme ovale.
Figure 8. Nous sommes persuadés que cette curieuse dalle, en deux pièces et incomplète, était une pierre sépulcrale. Sous une niche trilobée se trouve étendu le corps du défunt ; à ses côtés sont deux religieux récitant les prières des morts. Nous avons déjà signalé ce genre de distribution de personnages, en parlant d'une tombe de pierre bleue de notre ancienne cathédrale, représentant la mort d'un chapelain en
1406, ainsi que de celle de l'abbé Erard , mort en 1005 ; cette dernière tombe était intercalée dans le pavé mosaïque de Saint-Remy à Reims.
Si on voulait classer cette dalle d'après son architecture, il faudrait la placer après celles qui contiennent des arcades en plein cintre ; car, ici, l'ornement trilobé reproduit sur les côtés de la niche n'est pas une réminiscence d'un autre dessin, mais bien l'oeuvre du style de l'époque de l'exécution de cette pierre sépulcrale. Malgré cela l'absence totale de l'inscription qui se trouve effacée nous empêche de faire aucune snpposition sur ce sujet. Tout incomplète cependant quelle se trouve, cette dalle nous parait digne d'être conservée, car
c'est encore une tombe toute particulière. Elle faisait partie du compartiment quenous avons cité dans le pavé du transept gauche. Si l'on excepte le fond de la niche du défunt, de même que les coussins sur les quels sont assis les deux lecteurs et qui sont en mastic rouge vif, le reste est en mastic brun.
Figure 9. Cette dalle très effacée nous représente deux personnages sous un cintre trilobé, faisant une prière en commun vers un objet qu'on
ne distingue qu'avec peine ( peut-être est-ce le Saint-Esprit ), auquel ils paraissent recevoir ou auquel ils présentent une banderole ou phylactère sur laquelle devait exister une inscription qui se trouve totalement effacée. L'inscripton générale de la dalle, quoiqu'incomplète , laisse voir CP.s
mots=.·-·BT . eT .SARBA :v•. .'"DeRVN ' ISTVm LAPIDem BeliTO AVDO•p • ·
Quelques parties de gravure dans les vêtements d ces deux personnages paraissent indiquer un reste de vair, ce qui nous déterminerait à regarder ces deux figures qui au premier abord, nous semblaient représenter l'homme et la femme, come étant peut-être deux dames de qualité. Les fleurs de lis placées aux coins de cette pierre viennent à l'appui de notre supposition. Il est à regretter, dit M. Hermand, que ce nom de Sarra ne s'accord pas avec celui d'une des deux châtelaines de SaintOmer ( Mahaut et Adeline ), qui dirigèrent l'administration de la châtellenie au milieu du XIII ème siècle ; car cet emblème de fleurs de lis leur convenait parfaitemenent. Mais rien ( et nous sommes de cet avis ) n'autorise à penser que cette pierre votive ait été offerte par les deux châtelaines de Saint-Omer.
Celle pierre placée dans le pavé des caroles vis-à-vis la chapelle du fond, est privée totalement de son mastic.
Figure 10. Ce fragment de dalle, assez bien conservé occupait une partie d'un des carrés réservés ·dans le pavé du transept gauche il représente en partie une dame à genoux et couverte d'un manteau doublé de vair ; sur la partie de l'inscription qui est conservée se trouvent ces mots : •.•.IROSVO ôe.OJT ISTVm LAPIDè BeA'TO·"A:VDO mA r o. Au lieu de fleurs de lis, ce sont ici des feuilles lobées ; Mais tout cela ne nous apprend rien de plus que ce que nous avons dit à propos de la figure précédente. Le mastic de cette portion de dalle est rouge-brique, excepté le fond qui est brun-puce.
Figure 11. Il ne reste plus de cette dalle incomplète que trois morceaux, dont l'un ( celui qui contient les armoiries ) fut recueiTii par miracle. Quant aux deux autres morceaux, ils se trouvaient séparés dans le pavé de la nef.
Nous regrettons encore que cette dalle, empreinte d'un cacchet d'origina1ité qui lui est propre, ne nous soit pas parvenue complète.
Elle représente deux personnages, que l'on pourrait prendre pour des religieux, invoquant sans doute le ciel, en faveur d'une illustre personne ou de la famille à laquelle les armoiries appartiennent. (Cés armoiries portent d•••• à fleurs de lis d•••• au chef d••• ). Nous sommes certain que ce ne sont pas ici celles d France, car jamais aucune branche de cette famille n'a pris pour brisure un chef mais nos recherches ont été infructueuses pour découvrir à·quelle famille ces armes ont pu appartenir. L'inscription incomplète que nous croyons cependant avoir scrupuleusement copiée et qui porte :· ...•.•
b€RMWIF • VX.;•• FRDE • DERTIS•••••••.'s ·MÔN ·.DE •••, ne nous instruit pas davantage.
Les fonds et l'inscription sont en mastic brun-puce, les armoiries et la bordure sont en mastic chocolat-clair.
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche III concerne les grandes dalles à sujets variés
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche III dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
Figure 1. Nous regrettons que cette dalle en quatre morceaux disséminés dans le pavé de l'église, ne nous soit pas parvenue moins dégradée et avec une inscription plus lisible, qui nous eût sans doute appris les noms des deux personnages souverains que cette pierre représente assis et dont l'un tient encore un sceptre fleurdelisé.
Si cette dalle est du XII ème siècle, on peut assurer que l'artiste a été guidé, en représentant ces figures, par des dessins d'un style antérieur à cette époque. Quant au mastic que l'on découvre encore sur ces fragments, le fond dans lequel se trouvent les figures, les écoinçons et les carrés d'angle de la dalle entière sont couleur ardoise, le reste est d 'un beau rouge minium.
Figure 2. Il ne nous reste que deux débris de cette dalle qui parait, au premier aspect avoir assez d'analogie avec celle que·nous venons de décrire. Elle en diffère cependant par la forme et les combinaisons d'ornements qui existent dans sa bordure. Quoiqu'il en soit, nous croyons y voir aussi deux figures assises, dont le style nous parait être antérieur au XIII ème siècle.
Ces deux fragments, placés l'un près de l'autre sans ordre, étaient dans le pavé à l'entrée du cbœur ; la éouleur de leur mastic est la même que celle de la dalle précédente.
Figure 3. Il est à regretter que presque toutes les dalles que l'on peut appeler historiques, nous soient parvenues si incomplètes et tellement dégradées qu'il est impossible de reconnaître les sujets qu'elles représentent, sujets qui sans doute étaient des faits de localité ; on ne découvre plus de l'inscription que diverses lettres bien intactes, telles que •••....•• PETRAFIGVRA TIVM••••• ••••• SITT •••.•
Nous voyons sur cette dalle un personnage ( sans doute un religieux ), implorant un grand digniatre assis sur son trône.Le style de la figtire du dignitaire nous parait être ici, comme celui des deux précédentes figures, d'une époque antérieure au XIII ème siècle.
Le ·fond et les lettres sont d'une coulepr ·brune le reste est rouge comme le minium.
Figure 4. Elle représente un lecteur entouré d'une ingénieuse combinaison d'arabesques ; il ne reste absolument rien de l'inscription : le peu de mastic qui restait encore indiquait qu'il éiait couleur rouge-brique.
Figure 5. Nous croyons que sur ce reste de dalle, qui est fort usé,·on a voulu graver une chasse aux oiseaux aquatiques cette scene a sans doute un sens allégorique qui nous échappe.
Cette dalle devait avoir, lorsqu'elle était complète, deux sujets différents, séparés par une diagonale, distribution que nous n'avons encore remarquée dans aucune autre dalle et dont le motif nous est inconnu.
Le reste de 1'inscription qui porte encore ces mots. ....:· A'IDO:- SANCT • a u OOMARI, nous fait présumer·que cette dalle était un ex-voto dédié à Saint-Omer ;
Le,mastic est entièrement de couleur rouge-brun.
Figure 6. Ce fragment de grande dalle représente les armoiries d'une famille châtelaine, connue sous le nom de Saint-Omer ( qui porte d'azur à la fasce d'or ). L'.écusson ou bouclier est renfermé dans un cercle sur lequel se trouve cette inscription : SI:VTVll VVILLeLMI l:ASTELLANI. Après de laborieuses recherches et de savantes dissertations,·M.Hermand nous dit que ce nom de Guillaume fut porté par huit châtelains du milieu du XI ème siècle jusq u'à la fin du XIII ème siècle. De plus, remarquant que cette dalle n'offre pa de chevalier équestre, il pense qu'elle n'a pu être offerte que par un châtelain, encore trop jeune pour pouvoir être chevalier or d'après la tradition, on ne connait qu'un seul Guillaume ( Guillaume VIII, fils de Guillaume VII ), qui ait régné sous la tutelle de sa mère ( Adeline dame de Fauquembergue ), depuis 1256 jusqu'à 1273. M. Hermand présume que c'est à cette époque que cette pierre fut exécutée.
Nous approuvons toutes ces probabilités, et nous ajoutons que cette dalle, lors de son état primitif, devait avoir quatre armoiries ou deux au moins. Le mastic aasez bien consené au centre de la pierre et sur la face de l'écusson, est de couleur rouge-brique, tandis que sur le fond et les lettres le mastic est brun-puce.
Figure 7. Nous n'oserions chercher à expliquer l'intention de l'artiste qui a exécuté cette dalle, présentant neuf médaillons dont les trois du haut figurent un évêque, assis avec crosse et mître, et deux religieux en posture de supplians. Les autres médaillons contiennent des animaux chimériques, que l'on regardera peut-être comme emblématiques, mais dont la pose singulière atteste la naïveté ou au moins l'originalité fantastique de l'ariste. Cette dalle, sur laquelle il ne reste aucune trace de l'inscription qui devait se trouver sur la bordure des médaillons, est intacte. Son mastic est brun-puce, sauf dans l'intérieur des petits cercles ainsi que dans celui des petits ronds ou espèces d'attaches servant à souder les cercles entre eux qui sont rouge-brique.
Figure 8. Dalle dans laquelle on peut reconnaître la même combinaison que dans la précédente ; elle se compose aussi de neuf médaillons, et ne varie que dans les vides que laissent les cercles, ainsi que par la bizarerie de la forme·et de la pose des figures qui y sont renfermées, et pour lesquelles nous faisons les mêmes observations que pour la figure 7 précédemment décrite.
Cette dalle est assez intacte son mastic est brun-puce il n'y a de rongebrique que les chœurs qui se trouvent entre les médaillons.
Figure 9. Cette dalle bien conservée à l'exception de son inscription qui est totalement effacée, peut se poser indifféremment, carrément ou diagonalement ( ainsi que nous l'avons représentée ), et nous fait · voir une de ces ingénieuses combinaisons de rinceaux employés au moyenâge.
Les petits cercles et les traits des ornements sont en mastic rougebrique, le fond et les lettres brun-puce.
Figure 10. Autre dalle incomplète avec ornements, mais très usée. Mastic rouge-brique foncé.
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche IV concerne les moyennes dalles à sujets variés
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche IV dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
ARTS LIDÉRAUX - FABLES - SIGNES DU ZOOIAQUE - TRAVAUX DES MOIS ET AUTRES.
On sait que le système de l'instruction des anciens, dont Charlemagne rétablit l'usage dans son empire, avait pour base le Trivium ( triple voie ) et le Quadri11ium ( quadruple voie ). La première base ou partie élémentaire du savoir, comprenait trois arts : la grammaire, la rhétorique et la dialectique ; quant à l'autre partie plus élevée de l'enseignement, elle se composait de quatre autres arts libéraux : l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. La réunion de ces sept arts formait 1'instruction complète qui menait par autant de voies à la science suprême qui était la théologie.
Nous trouvons dans le moyen-âge que ces sept arts libéraux sont reproduits quelquefois sur les monuments, tels que sur le pavé mosaïque de l'abbaye de Saint-Remy à Reims, sur celui d'Aisnai à Lyon et en sculpture sur le portail de la cathédrale d'Auxerre.
Nous ne doutons pas que les sept arts libéraux ne soient trouvés aussi dans le pavé que nous décrivons, mais séparément sur des dalles particulières celles qui restent aujourd'hui sont malheureusement très incom plètes et très usées.
Figure 1. C'est bien ici la musique sous les traits d'une femme jouant de la harpe ; le mot MVSICA ne nous laisse aucun doute à ce sujet. L'inscription qui se trouve au tour de cette dalle, et à laquelle il ne manque gue quelques lettres que nous rétablissons, vient encore nous confirmer dans notre supposition elle porte deux vers d'assez mauvaise facture et ainsi conçus : +COMOOITO • DO.CILI ·VOCV .. • .no OVLii mINA. PLCCTRO .. QVOD • DOCCT • AltGVTAS • MOc1VLARl ·CARMINA CORDAS.
Cette dalle, assez bien conservée, se trouvait dans le pavé de la nef ; elle fut restaurée et placée dans la nouvelle chapelle. Le mastic du fond et des lettres était brun-puce, les traits étaient de mastic rouge-brique.
Figure 2. L'analogie de cette dalle àvec 1a précédente, tant par la forme que par le style, nous confirme dans l'opinion.que nous avons d'y reconnaître un art libéral. Nous voyons, en effet, ici l'astronomie, quoique son nom ne se trouve plus, comme pour la musique, inscrit sur la bande conservée dans le fond du sujet.
L'astronomie est rprésentée par une femme tenant d'une main le soleil ( sur leguel est le mot SOL ) et de l'autre la lune ; le fond est rempli d'étoiles de diverse grandeurs. Les deux vers qui entourent cette figure paraissent être d'un latin aussi barbare que ceux de la musique et de plus, il y manque quelques mots que nous n'osons rétablir.
Voici cette inscription : +SyDe••...••.:SIGNORVM • DIRI, p.• MOTVS:. T :MPORA. DISPONO CASVS••••••••••••.• D••••. Cette dalle, ainsi que·la précédente, se trouvait dans le pavé de la nef ; depuis sa restauration elle est placée dans le pavé de la nouvelle chapelle. Le mastic du fond est rouge virant sur l'ocre de rue.
Figure 3. L'analogie de cette dalle ( fort usée il est vrai ) avec les deux précédentes, nous fait présumer qu'elle représente elle aussi un des arts libéraux.
Nous rapportons ici son inscription telle que nous l'avons trouvée : DISPeNS.:n······ NDAT • AVARVS DVOO • BtCIPIT....... 4N DYO VMPTVS • COMPW.AT • ODIT.
D'après ces débris de vers et le mot AVARVS, bien des personnes pourraient croire qu'on a voulu représenter l'avarice ; mais n'est-il pas plus raisonnable de penser qu'il est plutôt question ici de la science des nombres et que le personnage de cette dalle, au lieu de représenter lavarice, est l'image de l'arithmétique ?
Cette dalle sur laquelle on n'a pu découvrir que quelques traces de mastic rouge-brique dans le fond, se trouvait dans le pavé de la nef.
Figures 4 et 5. Ces deux dalles fort usées et qui n'ont plus que des indices d'inscriptions, nous paraissent cependant représenter des arts libéraux, ayant, comme les trois précédentes même forme et même style,
mais au lieu de plaque dans le fond pou rececevoir le nom du sujet, ce nom était, sans doute, inscrit sur l'espèce de bandelette que tient en main une de ces figures et sur le livre ouvert que tient la seconde. Nous hésitons, toutefois, d'après ces faibles indices, à désigner les noms des figures de ces dalles, qui nous semblent devoir être deux des quatre sujets qui nous manquent, savoir : la grammaire, la rhétorique, la dialectique et la géométrie. ·
Ces deux pierres faisaient partie du pavé de la nef. Le mastic de la figure 5 est totalement enlevé, tandis que dans la figure 4, il en reste encore dans le fond de couleur rouge-brique.
Ce qui vient encore confirmer notre opinion à l'égard de la représen tation des arts libéraux c'est la réunion de ces cinq dalles où nous avons pu reconnaître, avec assez de certitude des détails non équivoques sur leurs attributs.
FABLES
On croirait, au premier abord, que la représatatloa de ces sortes de sujets est très déplacée dans la déoration de nos édifices religieux ; mais l'on sait à cet égard que, dans le moyen-âge, les artistes mélan geaient souvent sans scrupule les sujets profanes avec les sujets sacrés.
Ce qui a lieu de nous surpreadre c'est que ·nous n'ayons pu recueillir, dans tout le pavé de l'église, que deux pierres triangulaires de la grandeur de celles figurées sous les n° 6 et 7 ; cette sorte de dalles ayant la forme d'un triangle rectangle, aurait dû cependant se rencontrer souvent ; car cette forme est nécessaire pour compléter la combinaison d'un pavé complet, lorsque la distribution da carrelage demande à être posée diagonalement.
Ces figures 6 et 7 représentent la fable du Renard et de fa Grue ou de la Cigogne.
Ces dalles où l'on ne voit plus que quelques restes de mastic rouge sont fort usées et n'ont plus que de très faibles indices d'inscription ; elles se trouvient dans le pavé de la nef.
SIGNES DU ZODIAQUE ET TRAVAUX DES HOIS DE L'ANNÉE.
Nous avons déjà dit, d'près M. de Caumont, que les signes du zodiaque n'avaient paru, dans les monuments de la France occidentale, que vers la fin du XI ème siècle. Nous avons aussi donné une nomenclature de divers zodiaques représentés sur des pavés mosaïques, ainsi qu'en sculpture sur divers monuments religieux de la France ; ce qui fait que nous ne reviendrons pas sur ce sujet. On n'a pu recueillir que seize dalles dans tout le pavé de l'église qui par leur forme et leur style, peuvent se rapporter aux sujets que nous traitons dans cet article. Nous dirons encore que, parmi ces dalles il y en a trois dont nous n'avons pu trouver que le quart de la surface il y en a aussi d'autres que nous n'avons osé classer, bien qu'elles nous semblent appartenir aux signes du zodiaque ou aux travaux de chaque mois. C'est ce qui nous a déterminé à diviser leur description en trois catégories : Signes du zodiaque, Travaux du mois, et dalles analogues non classés.
SlGNES DU ZODIAQUE.
Nous n'avons rencontré dans le pavé de l'église que cinq dalles qui ne donnent aucune équivoque de leurs représentations, ce sont l'Ecrevisse, la Vierge, la Balance, le Scorpion et le Sagittaire.
Figure 8. Signe de l'écrevisse ( ou du Cancer ). Cette dalle, qui nous est parvenue incomplète et privée d'une partie de son inscription, porte :
+ MO........... L • DVOO • SVBIT • A RDVA ·CeLI.
Il est croyable que la lettre L qui précède DVOO est celle du mot SOL. Cette inscription semble indiquer le signe dans lequel le soleil est au plus haut des cieux, c'est-à-dire, au commencement du signe de l'Ecrevisse, alors que le soleil comme ce crustacé suit une marche rétrograde.
Le mastic dé cette dalle est brun-puce, il n'y a que les caractères des lettres qui soient rouge-brique ; cette pierre se trouvait dans la nef près du chœnr.
Figure 9. Signe de la Vierge. Dalle fort usée et sans mastic. Ce signe est représenté par une jeune fille debout, tenant une espèce de rameau dans chaque main ; nous rencontrons ce même sujet dans un manuscrit de 1500 qui était le livre d'heures d'Anne de Bretagne, déposé à la bibliothèque royale. La figure de Vierge mutilée du zodiaque du portail de Strasbourg peut aussi faire penser qu'elle tenait deux palmes en main.
Nous ne devons pas nous étonner si, dans ce sujet nous voyons un manteau doublé de vair, car la Vierge a été prise pour la reine du ciel ou au nioins pour une grande dame ; nous avons déjà dit qu'à l'époque de la construction de nos pavés, on avait l'usage de donner cette sorte de manteau aux illustres personnages du temps.
Quant à l'inscription de cette pierre, elle ne nous laisse plus voir que le mot september qui, au premier abord, nous a surpris, pui&que l'usage est·de donner le signe de la Vierge au mois d'aout ; mais notre étonnement a cessé lorsque nous avons reconnu que cette dalle avait été gravée au XIII ème siècle, et qu'alors on se servait encore du calendrier Julien. A cette époque le commencement du mois de septembre arrivait vers le commencement du signe de la Vierge. Les iconologistes disent qu'on donna l'emblème de la Vierge à ce signe parce que quand le soleil le parcourt, la terre est stérile comme une vierge et n'engendre point. En effet, à cette époque le soleil ne produit rien, il ne fait que perfectionner ce que les autres constellations ont commencé. Cette pierre, qui se trouvait au milieu de la nef, est actuellement restaurée et placée dans la nouvelle chapelle.
Figure 10. Signe de la Balance. Quoique cette dalle soit fort dégradéè et sans mastic, les deux plateaux de balance qu'on y voit tenus par une femme, ne nous laissent aucun doute sur ce sujet. L'inscription dont on ne voit plus que ces mots : •.•. oBeR••••• N5IS ·TeMI.•••, nous fait présumer que le premier mot est bien ce1ui d'octobre d'après ce que nous avons dit relativement au signe de la Vierge, il ne peut être douteux que le signe de la Balance représente le mois d'octohre, et non celui de septembre, comme c'est l'usage aujourd'hui de le désigner. ·
Selon les iconologistes la balance serait l'emblème ( ce qui est très probable ) de l'équinoxe d'automne, qui ramène le partage égal des heures entre le jour et la nuit.
Cette dalle était dans le pavé vers le milieu de la nef.
Figure 1l. Signe du Scorpion. Quoique l'inscription soit trop degradée pour nous instruire du nom de cette constellation, nous ne doutons pas cependant qu'on ait voulu représenter le Scorpion.
Cette dalle était dans le pavé de la nef près du mur ; son mastic est brun-puce, les caractères des lettres sont en rouge-brique.
Figure 12. Signe du Sagittaire. Cette dalle, quoique privée de son inscription, représente évidemment le Sagittaire qui, comme l'indiquent les iconologistes, signifie le temp de la chasse.
Cette dalle, très usée et sans mastic, se trouvait placée près de la précédente.
TRAVAUX DE CHAQUE MOIS DE L'ANNÉE.
Ces travaux dans les monuments du moyen-âge sont parfois représentés seuls, d'autrefois ils se trouvent en rapport avec les signes du zodiaque.
Nous n'avons voulu placer, dans cette catégorie, que les dalles qui ne nous ont paru laisser aucun doute sur le sujet qu'elles représentent, ce qui les réduit au nombre de six ; elles se rapportent aux mois de janvier, février, mars, juin, octobre et décembre.
Figure 13. Janvier. Cette dalle fort usée, dont l'inscription est effacée et le mastic enlevé, ne doit nous laisser cependant aucun doute sur le sujet qu'elle représente. C'est un Janus à deux visages, qui boit à deux coupes ; sur le fond se trouvent aussi d'autres vases.
Figure 14. Février. Cette dalle fort effacée, incomplète et sans mastic, nous a laissé pour toute inscription PO.... FebRVA ..., ce qui nous donne l'indicé du mois qui y est représenté, car on y voit un homme bêchant la terre ; dans ce pays, c'est en effet l'époque de ce travail de culture.
Figure 15. Mars. Cette dalle à peu près dans le même état que la précédente conserve cependant un peu plus de son inscription ; elle porte :
TRVN CAT · VJNeTA GLA7;J ALI ·OOA RS ·NIVS ·S ·PRel .... Cet homme qui taille une vigne est bien ici la représentation du mois de mars, époque à laquelle la taille des vignes a lieu.
Figure 16. Juin. Cette pierre qui est à peu près entière, est malheureusement très effacée ; on y voit à peine un homme tenant un rateau ; elle est aussi totalement privée de son inscription, son mastic est tombé. Nous ne doutons point, cependant, que cette dalle ne soit relative à la récolte des foins qui se fait au mois de juin.
Figure 17. Octobre. Dalle très usée, sans mastic, et sur laquelle ne figure que ce reste d'inscription ...... eR ·Ft RT • Q • MANV ·AS., ce qui ne nous instruit nullement du mois qui s'y trouve représenté. Mais nous dirons qu'en général le mois d'octobre, dans nos monuments et manuscrits, est représenté par un homme qui abat les glands destinés à la nourriture des pourceaux. Cependant comme il est armé ici d'une serpe, nous n'oserions affirmer qu'il récolte des glands. Peu importe du reste le genre de fruits qu'il cueille, puisque c'est dans le mois d'octobre que se fait ordinairement leur récolte.
Figure 18. Décembre. Nous n'avons publié ce fragment de dalle, comme représentant le mois de décembre, qu'après nous être assuré que le cou de l'animal qui se trouve sur cette pierre appartenait plus à celui d'un porc que d'un cheval, et que l'espèce d'étendard n'était vraiment qu'une hache avec laquelle on frappe le porc, comme cela se voit à la cathédrale de Strasbourg et sur le calendrier déjà cité. Du reste, dans les cathédrales de N-D de Paris, de Strasbourg et dans le ma nuscrit d'Anne de Bretagne, la tuerie des porcs est représentée comme ayant lieu au·mois de décembre. Ce fragment, dont le mastic est brun, était placé à côté de l'entrée du chœur à gauche.
DALLES ANALOGUES NON CLASSÉES
POUVANT REPRESENTER DES SIGNES DU ZODIAQUE OU DES TRAVAUX DE MOIS
Nous avons placé dans cette catégorie, ainsi que nous l'avons annoncé précédemment, diverses dalles ou fragments de dalles qui, par leur forme et leurs ornements, ont une grande analogie avec celles que nous venons de décrire.
Figure 19. Ce fragment de dalle dont le mastijc est tombé et qui fait partie du pavé du porcbe ( côté sud ), parait représenter un personnage dans l'action de marcher.
. . · .
Figure 20. Ce reste de dalle enclavé dans le socle d'un des piliers de la chapelle de N-D des Miracles, représente une personne assise ; une main que l'on pourrait présumer être celle d'un ange, semble lui appliquer le doigt sur la bouche. Nous nous contentons de citer cette pierre telle qu'elle existe, sans faire aucune conjecture. Mastic enlevé.
Figure 21. Cette dalle représente un centaure tenant une trompette à la main ; sur son bouclier est tracée une croix. Elle offre le même style que les dalles préédentes, sauf le bandeau du cercle qui lui donne un caractère différent, attendu qu'il est plus large que celui des autres.
Cette dalle se trouve dans le pavé du bas-côté droit de la nef ; son mastic est tombé.
Figure 22. Ce fragment, dont le mastic est brun, parait représenter un personnage dont les cheveux flottent au vent et qui a le bras droit tendu comme dans l'action de lancer quelque chose au loin. Il est permis de penser qu'il s'agit ici du travail des semailles, correspondant au mois de novembre. Les deux espèces de fleurs-de-lis qui occupent le fond du sujet et qui ont de l'analogie avec celle de la dalle représentée figure 11, prouvent bien qu'il s'agit encore ici d'un sujet analogue. Nous n'émettons au reste notre opinion qu'avec réserve.
Figure 23. Sur ce débris est évidemment gravée une partie de quadrupède ; mais nous n'oserions le signaler comme appartenant au bélier, au taureau, au lion, ni même au capricorne qui, à la cathédrale de Strasbourg et dans le calendrier cité page 49 note 1, est représenté par un bouc. Mastic tombé.
Figure 24. Cette dalle que nous décrivons la dernière et qui parait faire exception aux précédentes, représente une personne en prière vis-à-vis un oiseau ou un ange, qui semble tenir un rouleau sur lequel aura dû se trouver une inscription. Quant à celle du pourtour de la dalle, elle est assez bien conservée et porte : ISTi.m i APIDeM • neDIT •
DA Nie L • ALEXCNDR i auDOMA R J. Cette dalle, qui est sans doute un ex-voto, est semblable aux précédentes tant par son format que par son style ; ce qui ferait penser qu'elle représente peut-être le donateur des autres dalles citées. Mastic brun-puce, lettres rouge-brique.
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche V concerne les petites dalles à sujets variés
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche IV dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
PETITES DALLES A SUJETS VARIÉS
Figure 1. Cette figure donne soixante-dix petites dalles que nous avons désignées par des numéros d'ordre. Elles ont 28 à 29 centimètres de côté. Plusieurs se trouvent répétées dans le pavé de l'église ; d'autres sont uniques ; d'autres enfin sont en regard entre-elles.
Nous avons cherché autant que possible à les rapprocher dans notre planche, d'après leur genre d'ornementation.
Dans les vingt premières ( numéros 1-20) , nous y voyons des ornements pouvant être distribués carrément ou diagonalement et avec lesquels on pourrait former de jolis carrelages en multipliant chacune de leurs va riétés.
Dans les quatre dalles qui suivent ( numéros 21-24 ) ; se trouvent des ornements qui ne peuvent se placer que carrément.
Les treize autres dalles qui viennent ensuite ( numéros 25-31 ), représentent des animaux bipèdes qui, pour la plupart, nous paraissent chimériques.
Les numéros 25 et 26 nous montrent des animaux à tête de chèvre, aux pattes d'oie et à l'échine dorsale raboteuse. Les suivantes sont des animaux aîlés, à queues de serpent terminées par un ornement, et à tête d'aigle ou à figure humaine.
Les numéros 33 et 34 qui forment le pendant, contiennent deux oiseaux à têtes de singe avec aigrettes, et la queue dans la bouche comme les trois animaux suivants ( numéros 35 - 37 ),représentant des espèces de cygnes se mordant la queue.
Les douze dalles qui suivent ( numéros 38-49 ) représentent divers quadrupèdes.·La première un cerf ; la deuxième une truie ou un porc, ayant derrière lui trois thyrses terminés chacun par une pomme de pin ; la suivante ( 40 ), une espèce d'ours ou de gros chien sans queue ; puis une lione; un griffon ; un quadrupède à tête humaine ; un chameau.
Le numéro 45 nous montre un éléphant ayant sa tour crénelée sur le dos ; puis vient un âne pinçant de la harpe.
On sait qu'au moyen-âge on avait coutume de représenter divers animaux jouant de différents instruments ; notre âne rappelle celui qui veille à Chartres, ainsi que celui de Bocherville qui pince également
de la harpe.
Le numéro 47 nous montre un singe mangeant une pomme, ce qui pourrait être l'emblème de la gourmandise ; on voit sur les deux figures suivantes des animaux qui se mordent la queue.
Les neuf dalles qui viennent ensuite ( 50 - 58 ) nous montrent des figures à corps moitié humain et moitié animal. Les deux premières sont des centaures en regard, armés d'une épée et d'un bouclier, puis un
autre centaure bipède avec la queue fourchue, tirant de l'arc. Nous voyons ensuite ( numéro 53 ) une figure de femme se terminant en queue de poisson ( ce que l'on appelle une syrène, et en terme de blason une femme marinée ) ; ses cheveux semblent mouillés et le vase qu'elle renverse peut faire penser qu'on a voulu représenter un élément, l'eau par exemple. Vient ensuite une autre dalle dans laquelle nous voyons un coq à buste humain ayant l'air de déclamer. Les deux dalles qui suivent représentent des joueurs de rebec ( espèce de violon ). Chacun de ces joueurs à tête d'oie munie d'oreilles, a le bas de la queue tortillé et terminé par une autre tête d'animal qui se dresse comme pour l'écouter jouer. Enfin, les deux figures numéros 57-58 qui sont en regard ont la tête et le cou du chameau, et de plus la queue fourchue du serpent.
Les sept dalles qui suivent ( numéros 59-65 ) reproduisent des groupes d'animaux ou de figures avec parties d'animal. La première dalle nous montre deux corbeaux posés l'un devant l'autre en sautoir ; la seconde, deux bipèdes superposés, et la dalle numéro 61, un bipède sur un quadrupède ; la suivante, un singe monté sur une chèvre , dont il tient les cornes et la queue.
Sur la dalle numéro 63, on voit une figure à tête d'aigle, tenant entre ses jambes une espèce de dragon. Les deux suivantes représentent un bipède à queue de serpent ailée, il tient dans ses mains un poisson.
Les deux dalles numéros 66 et 67, fort dégradées, contiennent deux figures humaines : l'une en prière et l'autre parait représenter dans·un cercle une personne assise et occupée à une lecture. Ces dalles avaient sans doute des inscriptions qui ont disparu.
Sur les trois dernières dalles de cette figure 1 ( numéros 68 - 70 ), sont des groupes composés d'une figure humaine, coiffée d'un bonnet, et d'un animal ; les deux premiers, en regard , représentent des hommes montés sur une chèvre bipède à queue de serpent fourchue ; ils se tiennent à la queue et à la corne, qu'ils ont dans la bouche ; dans le troisième groupe, l'homme monté sur une espèce de serpent ailé tient dans ses mains le cou et la queue de l'animal.
Nous avons réuni dans les figures 2 et 3 de cette planche, d'autres petites dalles de méme dimension ( 26 à 29 de côté ) que celles qui ont été précédemment décrites ; mais qui, à cause des objets qu'elles représentent, ne peuvent être placées que diagonalement. Cette sorte de dalles, au nombre de vingt seulement, et dont les numéros d'ordre suivent la série
des dalles précédentés, se trouve comprise par conséquent depuis le numéro 71 à 90.
Les sept premiers numéros ( 71-77 ) ne représentent, comme on peut le voir, que des ornements ; toutefois, noùs ferons observer que les trois premiers, par leur genre d'exécution, diffèrent des quatre autres. Dans ceux-ci les dessins se détachent sur un fond de mastic, tandis que dans les numéros 71 à 73, les objets qu'ils représentent sont gravés en creux·et devaient être remplis de mastic coloré. A ce sujet, nous dirons que l'on rencontre encore une troisième manière de graver les dalles, qui coniste à représenter les objets par un trait gravé rempli de mastic. Ainsi fut exécutée la dalle ( figure 16 ) de la planche suivante et celle de la mosaïque de Saint-Bertin, que nous avons déjà publiée. Nous pensons que le pavé de l'abbaye de Saint-Denis, décrit par Alex. Lenoir, était aussi de même excution.
Les trois dalle numéros 78 à 80 de la figure 2 ; représentent des figures humaines ; les personnages des deux premières sont en prière, un livre à la main. L'une d'elles (79), a sur son fond deux poissons, l'autre (78) parait avoir eu une inscription qui se trouve effacée. Le numéro 80 représente une tête à trois visages, dont l'un de face et les deux autres de profil ; deux yeux seulement sont communs à ces trois visages. De la bouche de chacun de ces deux profils sort un fleuron. L'artiste aurait-il voulu représenter le mystère de la Sainte-Trinité, un seul Dieu en trois personnes ?
Les dix autres dalles, figure 3 ( numéros 81-90), ne nous offrent que des animaux dont plusieurs sont chimériques.
Le·numéro 81 est un animal bipède ayant une tête humaine coiffée d'un bourrelet et la queue terminée en fleurons.
Les cinq suivants sont des quadrupèdes. Le n• 81 est une espèee de chameao ; ensuite (n° 83) vient Ull lion • puis llD atnge 'f1l cle face {n•84), lrminé inférieurement en deux queues de serpent, dont les denK hoats se rendent dans sa gueule. Le numéro 85 montre une figure à tête de bouc ou de satyre à long cou, et en posture de défense avec une espèee de béquille après vient une espèce de louve ou levrette ( numéro 81 )qui dévore ses mamelles.
Les trois dalles suivantes ( numéros 87-89 ) reproduisent des groupes d'animaux ; la première représente deux bipèdes affrontés de la tête à la queue, les deux autres nous montrent des cygnes adossés qui se mordent réciproquement à l'aile, en entrelaçant leur col.
Quant à la dalle numéro 90, on y voit le mufle d'un animal chimérique avec un dard qui lui sort par la gueule en guise de langue.
Nous avons rencontré dans tout le sol de l'église, seize autres dalles variées de dessin et en forme de triangle rectangle, qui , sans aucun doute, en raison de leur dimension (28 à 29cm sur les petits cotés ) , seravaient de complément au carrelage des dalles diagonales que nous ·venons de citer. Nous avons également placé dans la planche V, ces seize triangles autour des figures 2 et 3, où nous avons continué pour les désigner la série des numéros d'ordre des dalles qui viennent d'être décrites. Ces dalles triangulaires représentées sous les numéros 9l à 106, contiennent pour la plupart de simples ornements, excepté quatre d'entr'elles, les numéros 94 95 96 102 qui offrent des figures d'animaux et dont la position s'indique d'elle même.
Un de ces animaux ( n° 91 ) a une tête humaine.
Le reste de la planche se compose de diverses bordures et frises de dessins variés, dont plusieurs ingénieusement et élégamment composés prouvent qu'au moyen-âge les artistes pouvaient tenir dans ce genre de décoration la comparaison avec les anciens. Les dalles qui composent ces bordures ou frises ne sont pas un composé de carreaux, mais bien des dalles de longueur variée, qui se joignent ememble.
Les Figures 4, 5, 6 et 7 nous montrent quatre sortes de bordures souvent répétées dans le pavé de l'église principalement celle de la figure 4. Le mastic de cette dernière ainsi que celui de la figure 6 est brun-puce, et les deux autres rouge-brique. On rencontre cependant quelquefois dans la bordure figure 5 du mastic brun.
Figure 8 et 9. Ce sont encore deux autres bordures en arabesques appelées rampantes, qui ne sont pas, sans mérite, quoiqu'on puisse reprocher
à la figure 8 d'être une réminiscence des anciens. Mais la renaissance ne parait pas non plus l'avoir ignorée ; parfois elle a reproduit ainsi certaines riches arabesques de l'antiquité. Dans l'une et l'autre de ces figures le mastic·est rouge. _
La figure 10 est encore une bordure qui peut, comme les quatre premières que nous venons de décrire ( 4-7 ), se poser en tout sens. Son dessin, qui est un rinceau, a quelque chose d'ingénieux et de simple qui plait au premier abord. Le mastic est brun-puce.
Quant aux quatre dernières figures ( 11-14 ), elles ne peuvent être employées que comme frises.
La figure 1l, qui représente un animal chimérique à tète humaine tenant une feuille dans la bouche, est le seul fragment que nous ayons pu recueillir de cette frise. Nous regrettons, que la figure 12, représen tant des centaures combattants et remplis de mouvements, ne nous soit point parvenue plus complète.
Le mastic de cette dalle, de même que celui de la précédente, a totalement disparu.
La figure 13 composée de sept fragments différents que nous avons trouvé çà et là dans le pavé de l'église, nous donne un rinceau qui est sans grâce. Mais ce qu'il y a de particulier dans cette frise, ce sont les ingénieuses variétés de figure qui y sont représentées, telles que : chimères combattant à l'arc, à l'épée et au bouclier ; lutteurs, etc. ; ce qui devait donner à cette combinaison de dessins un caractère original. Mastic brun.
La figure 14, qui est la dernière de cette planche, représente une frise dans laquelle on voit des figures à têtes de lapin, et assises sur leur derrière : composition ingénieuse et originala que nous regrettons vivement de ne point posséder plus complète. Mastic rouge.
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche VI concerne les diverses autres dalles
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche IV dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
DIVERSES AUTRES DALLES
1° Dalles de moyenne dimension à sujets variés ;
2° Dalles intactes qui n'ont Jamais été employées comme pavé ;
3° Dalles de Blaringhem ;
4° Dalle de l'anciepne collégiale d'Aire.
DALLES DE MOYENNE DIMENSION A SUJETS VARIÉS
Ces dalles sont ici en petit nombre parce qu'en général les sujets qu'elles représentaient ont concouru à former notre planche III.
Figures 1 , 2 et 3 , arabesques ou ornements.
Les deux premières figures qui semblent au premier abord, présenter les mêmes ornements ont cependant quelques variétés qui nous font penser qu'elles ne peuvent être plaçées que carrément et non en diqonale. Leur mastic est rouge. Quant à la figure 3, dont il ne reste plus·qu'un fragment, son dessin nous rappelle l'ornement des quatre feuilles ou lobes, en usage dans le XIII ème siècle. Cette dernière dalle n'a plus de mastic.
Les quatre autres figures suivantes ( 4-7 ) sont des dalles formant tableaux et divisées chacune de manière à former quatre cases pour y récevoir des animaux ou chimères par couples, de manière à faire pendant entre eux.
Dans la figure 4, les deux premiers animaux en regard sont deux oiseaux, et au bas deux chimères à tète humaine coiffées d"un bonnet. Cette dalle, avait de plus que les autres une inscription dont on ne peut plus lire que le mot WIJ.,LeL.
Dans le haut de la figure 5 nous voyons deux oiseaux dragonnés, à tête d'aigle, se mordant l'aile, et au bas deux espèces de cygne à queue tortillée et se mordant la patte.
La figure 6 qui suit, nous montre dans le haut et en regard, deux bipèdes chimériques à face humaine affublés d'un bonnet, et an-dessous deux espèces de griffons bipèdes se mordant une aile. Dans la partie supérieure de la figure 7, se trouvent en regard deux centaures bipèdes à queue d'oiseau, tenant bouclier et arc, et dans la partie inférieure deux syrènes à double queue de poissons qu'elles tiennent dans leurs mains.
Peut-être les icono1ogistes qui s'efforcent de tout expliquer, trouveront-ils le sens de la plupart de ces figures. Quant à nous, en attendant, nous les regarderons en général comme un produit de l'imagination de l'artiste qui les a tracées, ou comme calques d'autres figures réunies seulement dans un but d'ornementation. Le mastic des bordures est rouge-brique, et le peu que l'on en a trouvé dans le fond des cases des
animaux était brun.
Figure 8. Cette dalle représentant un centaure ailé, coiffé d'un bonnet et armé d'une épée et d'un bouclier particulier, ne nous est point parvenue
aussi complète que nous la représentons ici ; notre dessin fut fait à l'aide de dix fragments différents trouvés çà et là dans le pavé de l 'église, et dont les déails se rapportaient à un sujet semblable. Il nous a été facile de nous convaincre que ces divers fragments provenaient de quatre dalles analogues : deux dans lesqnelles la figure était tournée à droite, comme celle de notre dessin, et les deux autres avec le même sujet tourné du côté opposé. Ces fragments avaient perdu leur mastic.
Figures 9 et 10. Ces deux figures sont des fragments d'ornements de plus grandes dalles, si la figure 9 était restée plus complète, nous aurions bien pu y rencontrer une combinaison d'ornements de la plus grande richesse et du plus grand effet. Une entaille faite à sa partie centrale, indique qu'il y avait en cet endroit une dalle ou mosaïque particulière. Le mastic de la portion du grand ornement était brun, le reste rouge. L'inscription est illisible.
Figure 10. Dalle complètement usée et sur laquelle on ne voit plus que quelques indices de mastic couleur ardoise dans les carrés du milieu ; il se trouvait sans doute ailleurs du mastic rouge qui n'aura pu résister au frottement des pieds. Ce fragment nous fait voir comment, au moyen-âge, les artistes savaient varier la richesse des pavés, à l'aide de combinaisons de dessins bien simples.
DALLES INTACTES QUI N'ONT JAMAIS ÉTÉ EMPLOYÉES COMME PAVÉS
Ces dalles, dont nous avons dit un mot précédemment et qui font partie de la deuxième division de notre planche VI, forment le plafond de divers passages des galeries supérieures, à l'intérieur de l'église vers le fond du transept gauche ; elles représentent des sujets religieux ; leur taille est d'une exécution franche ; l'intégrité de leur conservation nous fait penser qu'elles n'ont jamais été employées comme pavés. Plusieurs n'ont jamais eu de mastic.
La figure 11 nous représente la pierre que nous avons citée page 15 note 1. Ce fragment que nous avons trouvé sur la voûte de l'ancienne chapelle de Saint-Omer, est absolument intact et n'a jamais eu de mastic. Il se trouve aujourd'hui au musée de la ville ; on y voit cette inscription :
X Dli.NIEL ·LONGY ·ET ·VXOR ·EIVS.:..........., ce qui nous indique que les deux figures qui y sont représentées en posture de suppliants sont le mari et la femme faisant une prière ou offrande.
Figures 12 - 15. Nous traitons ensemble ces quatre dalles parce qu'elles portent le même style et paraissent avoir fait partie d'un même sujet ou divers sujets se rattachant au même usage.
Les Figures 12 et 13 nous lndiquent d'après les personnages qoi y sont représentés deux offrandes ou consécrations sur des antels. Les auréoles qui entourent la tête des personnages, nous paraissent prouver que ces offrandes sont faites par deux saintes accompagnées d'autres personnes.
A la Figure 12, on ne découvre de l'inscription que cette faible partie :
.....et'T • OFFtR••.•••:.
Les deux ·autres dalles 14 et 15, représentent l'une, une portion de draperie d'ange avec cette ·inscription : ••••• CONl:EPIT • VCRBO • VIT••• ; l'autre, une portion de draperie qui pourrait appartenir à une femme et qui a pour inscription sur une banderole ou philactère :••..• 1 R4TI1l • PLen& • D.BS • TEtVM, ce qui nous persuade que ces deux portions de dalles appartenant au même sujet, se npportaient à l'annonciation de la Vierge, et que l'inscription qui se trouve sur la banderole était tenue par l'ange. ·
Quant au mastic de ces quatre dalles, celui de la Figure 13 ressemble à une résine rouge-brun ; la Figure 12 ne présente ce mastic que dans les traits le fond n'a jamais· eu de mastic ainsi que les dalles 14 et 15.
La dernière dalle intacte, Figure 16, que nous avons citée, représente un prêtre sous une arcade cintrée et tenant un calice. La portion visible de l'inscription porte :••••n ·IBmese ·nov....,ce qui ne nous apprend rien. Cette dalle diffère des autres par l'exécution : ce n'est qu'une gravure au trait qui n'a jamais eu de mastic.
Nous répéterons que ces dalles intactes n'ont jamais été employées à leur destination primitive, avant d'être placées dans la maçonnerie du fond du transept gauche, où elles servent encore actuellement de plafond à divers passages des galeries supérieures de l'église, que le peu de masiic qui existe sur ces dalles ne ressemble aucunement à celui des dalles du pavé de l'église, -que les figures qu'on y trouve sont de proportions plus grandes que·celles que nous avons décrites, que les archives constatent qu'en 1400 on fit enlever de l'ancienne chapelle de saint Omer des dalles taillées, et que c'est vers cette même époque qu'eut lieu la construction du fond dudit transept gauche si nous nous en rapportons au style de son architecture.
Or, d'après ces diverses données, ne peut-on pas penser que les dalles qui nous occupent étaient en dépôt avant de servir à la construction du fond du transept gauche ; qu'elles avaient été faites pour décorer quelque chapelle et qu'ensuite on aura renoncé à les employer, soit pour en faire faire de plus riches ou pour un tout autre motif ?
DALLES DE BLARINGHEM
Dans cêtte troisième partie de notre planche VI, nous donnons divers dssins de dalles qui se trouvent dans le pavé de l'église de Blaringhem et que nous avons citées page 20.
Cette petite église de village possède dans son pavé environ soixante dalles disséminées, sans ordre, et représentant des sujets différents. Une
quinzaine de ces dalles ne sont que des fragments ayant à peine le quart de la surface des dalles de moyenne grandeur, une vingtaine des portions de bordure, el le reste des petites dalles.
Aucun dessin de ces dalles ne nous a rappelé ceux de notre cathédrale, ils portent tous des ornementations et les sujets de leur composition sont tout autres que ceux que nous avons décrits. Il ne se trouve
que deux dimensions de dalles : les petites ont 27cm de côté, et celle de
moyenne grandeur, si elles étaient complètes, pourraient avoir de 82 à 83cm, le mastic des dalles de l'église de Blaringhem nous a paru d'une seule couleur brune ; elles représentent toutes des sujets de composition que l'on ne peut placer que diagonalement, et dont un grande partie de la surfae est usée. Nous donnons ici les dessins de quelques dalles prises parmi les moins dégradées, et qui nous ont paru porter un cachet d'originalité.
Quant à leur origine, nous pensons que ces dalles n'ont jamais été exécutées pour l'église de Blaringhem, qui a toujours été un petit édifice sans importance ; ce qui nous fait présumer que ce luxe de décoration provient de la destruction de la ville de Thérouannee en 1553.
Les cinq premières figures ( 17-21 ) ne sont malheureusement que des fragments de dalles de moyenne graneur ayant à peine le quart de leur surface ; elles représentent des sujets de la Genèse, tantôt renfermées dans des encadrements quadrilobés et tantôt dans des cercles. Ces dalles nous paraissent d'autant plus précieuses qu'elles semblent avoir de l'analogie avec celles du cbœur de la cathédrale d'Arras, décrites par les Bénédictins. De deux choses l'une, il faut que dans les dalles d'Arras on n'ait pas employé l'encadrement quadrilobé, en usage dans le XIII ème siècle, ou bien que les Bénédictins se soient trompés en désignant ce pavé de la fin du XI ème siècle.
Figure 17. On lit encore :·•• ... CONtePB • IT • ftettmtlt :tftl' • RVRS•..••• C'était ce passage de l'écriture relatif à Adam et Eve :.4tliitn
cognofJil uxorem suam Hevam : quœ CONCEPIT ET PEPERIT CAIM •• ·;
RllllS ptJperit fratrem eju1 ,,ibel ( Genése chapitre IV ).
Figure 18. Le second fragment porte :••••. TVS • CST • eT • DVÔAVS..•
il s'agissait ici de Noé dans son ivresse : Bibensque vinum inehriaTUS EST.
ET NUDATUS in tahernaculo suo ( Genése chapitre IX )
Figure 19. Ces lettres du troisième : ••••.NCe0eNT€S • nerao...., ont rapport au même passage biblique : .At 11erd Sem et Japlzeth pal/il!' ùnpo
.ruerunl humeri.r .rui1, el iNCEDEN TES RETROr1um _operuerunt 11eren.da
patris sui (Genése chapitre IX ).
Figure 20. • •••.••AliC • CT • OFFCR • tVJP • MICbI.•••• Cette inscription du quatrième fragment, nous rappelle Dieu commandant à Abraham de
sacrifier son fils : .Ail illi : Toile/ilium luumunigenitun1quem diligil, iS.4AC
,.....atque .•.••• OFF'ERe1 EYM in. lzo/.ocaustum super unum monlium quem
1non.rtravero tihi. (Genése chapitre XXII ).
Figure 21. Enfin on lit sur le cinquième : ••••••• aO ·CISTeRN.ZUD • NON•••••, mots de ce verset de l'histoire de Joseph : Rersu.rque BuHti 4D CJSTERNAM. , NON invenitpuerum. (Genése chapitre XXXVII ).
La figure 22 nous donne la représentation de quinze petites dalles, que nous avons numérotées de 1 à 15 ; savoir : le n° 1 un arabesque; le n° 2 un poisson ; les n° 3 et 4 des aigles ; le n° 5 un animal quadrupède s'élançant ; les n°6,7 et 10, des centaures bipèdes, dont les deux premiers terminés en queue de serpent, l'un à tête humaine ayant épée et bouclier, l'autre à tête de loup ou de chien, armé également de bouclier, mais du bras droit, et tenant de la main gauche un objet difficile à désigner. La dernière figure 10 tient une espèce de férule et le corps finit en queue d'ornementation. Les n° 8 et 9 représentent des baladins ; celui qui fait un tour d'équilibre sur le menton, peut faire penser que l'objet qu'il porte représente un I l'autre est un de ces faiseurs de tours de souplesse qui, chez les anciens, amusaient les convives dans les festins.
Les dalles n° 11 et 12 nous représentent, l'une un jeune homme jouant du cornet ; il est assis sur une branche d'arbre dans une attitude
assez pittoresque, ayant les jambes croisées ; l'autre un vieillard qui parait être botté appuyé sur un bâton.
Celles n° 13 et14,deux sujets religieux, dont un représente un personnage en admiration ou en contemplation, et l'autre, un ange qui encense. La dernière dalle n° 15 est une figure armée, montée sur un dragon.
Les dernières dalles de cette division nous donnent des portions de bordures ou frises. · ·
La figure 23 représente un rinceaux ; la figure 2l une chimère ; la figure 25 une chimère bipède à tête humaine, la bouche béante comme pour recevoir une perle ou fruit d'un autre animal dont on voit la tête ; sans doute, il y a dans cette représentation une énigme que nous ne pouvons deviner. Les deux dernières figures 26 et 27 représentent, l'une un homme tenant un poisson, et l'autre, un centaure casqué, armé d'un bouclier et la lance en arrêt. Ces deux jolis fragments étant de même hauteur et leurs rinceaux étant semblables, nous ont fait présumer qu'ils faisaient partie d'une même frise qui n'était pas sans mérite.
Quoiqu'il n'y ait aucun rapport entre les ornementations arabesques ou à feuillages variés que nous rencontrons dans les dalles de notre ancienne cathédrale et celles de l'église de Blaringhem, nous pensons
que l'exécution de ces dernières ·pourrait être attribué au même siècle.
DALLE DE L'ANCIENNE COLLÉGIALE D'AIRE
Dans cette quatrième division de la planche VI, nous avons représenté le seul fragment d'une dalle de moyen ne grandeur faisant partie du chœur de l'ancienne collégiale d'Aire, et qui aujourd'hui est déposé au musée de cette ville.
Nous avons à faire observer, à propos de ce fragment fort usé, que le sujet qui y est représenté se trouve circonscrit dans une bordure composée de quatre lobes, où se fait sentir la forme ogivale que n'ont pas les dalles de Blaringhem. Nous pensons que si primitivement le chœur de la collégiale d'Aire avait un pavé de cette richesse au moyen-âge, il ne serait pas possible qu'il n'en fût resté que ce fragment. C'est ce qui nous fait dire que c'est aussi de Thérouanne, éloigné d'Aire seulement de 8 kilomètres, que ce reste est provenu.
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche VII concerne les grandes dalles historiques
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche VII dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
Nous avons jugé utile de faire exécuter cette pla nche VII, quoiqu'elle ne représente que des dalles déjà décrites ; mais par la reproduction des couleurs, le lecteur se fera une idée plus exacte de la richesse de ces pavés du moyen-âge. Ces dalles, dessinées à l'échelle 1/15, ont été choisies parmi les plus grandes à sujet historique et à sens diagonale. Leur sujet, quand il a été nécessaire, a été complété ; on pou rra constater, d'après les renvois qu'on a mis aux figures, ce que l'on s'est permis d'ajouter.
Nous devons encore prévenir que nous n'avons employé pour les mastics que cinq couleurs bien prononcées, quoique nous ayons trouvé dans les dalles du pavé de l'église beaucoup plus de nuances ; mais nous croyons que la variété de ces nuances vient de ce que, lors de la manipulation du mastic, celui-ci aura été fait soit à diverses époques, soit par divers ouvriers. Voici , au reste, les cinq couleurs que nous avons arrêtées :
1° Brun de diverses nuances ;
2° Gris ardoise plus ou moins foncé ;
3° Café au lai t et chocola t plus ou moins foncé ;
4° Rouge-brique pl us ou moi ns jau nâtre ;
5° Enfin, rouge miniu m ou cinabre.
Sur la photographie ci-dessous, vous pouvez vous faire une idée des grandes dalles telles qu'elles étaient à leur origine, c'est un croquis de E.Wallet ( Planche VII page 68 de son livre Description du pavage de la Cathédrale - 1847 - ).
Diverses grandes dalles historiques, avec leurs mastics rétablis dans l’état primitif, Bertcher d’après M. Wallet, lithographie de H. Laporte et Dangu (CPE 653-79 bis/7)
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche VIII concerne les esquisses d'agencement
Sur la photographie ci-dessous,nous vous présentons un croquis de E.Wallet ( Planche VIII page 69 de son livre Description du pavage de la Cathédrale - 1847 - ).
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche VIII dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
"Une commission de la Société des Antiquaires de la Morinie en 1836, ayant été chargée de décorer un petit espace déterminé d'avance, et voulant, dans ce but, utiliser les dalles les plus précieuses afin de les sauver, ne crut pas devoir faire en même temps usage de ces pierres unies quoiqu'el1e n'ignôrat pas quelles étaient alors nos idées à cet égard.
Elle nous avait fait l'honneur, en effet, de nous consulter à cette époque au sujet de ce rétablissement projeté. Or, nous n'avions alors pour garant de notre opinion que notre instinct d'artiste, mais depuis elle s'est trouvée confirmée par deux découvertes importantes : d'abord celle d'un pavé de terre cuite vernissée, faite en 1838, dans les archives de l'ancienne cathédrale, puis, une découverte analogue que nous fîmes en 1843 dans les ruines de Saint-Bertin.
Ce dernier pavé, mieux conçu que le précédent, était dans le même genre, et se trouvait composé comme lui de carreaux unis mélangés à d'autres carreaux ornés de diverses figures. Nous reviendrons au reste sur l'objet de ces découvertes en décrivant la planche IX. On voit, d'après les dessins de nos planches et leur description, que toutes ces dalles ne pouvaient et ne devaient pas être employées indifféremment, suivant une disposition carrée ou diagonale, ce qui nous amène d'abord à deux genres de combinaison différents. D'un autre côté, le choeur de notre cathédrale aura pu, vu la grandeur de sa surface, être pavé en partie, suivant l'une de ces deux dispositions , et ailleurs, suivant l'autre, mais nous n'insisterons pas sur ce sujet. Quant aux chapelles,
leur peu d'étendue doit faire penser qu'un seul genre aura été employé.
Nous avons dit dans le sommaire, que les dalles avaient trois sortes de grandeurs différentes, et qu'il y avait en outre diverses dimensions dans chacune de ces catégories. Ainsi, les grandes ont environ 1.43ml à l.47ml de côté, les moyennes 0.87ml à 0.89ml, et les petites, de0.28ml à 0.29ml. Ces diverses grandeurs, quoiqu'en apparence très minimes dans chaque genre, nous semblent prouver que ces dalles n'étaient pas destinées au même pavement, et peut-être aussi qu'elles n'ont pas été exécutées à une même époque.
De ce qui précède, il résulte qu'en général le rapport des côtés de ces trois genres de dalles ( ·compris les joints ) est comme 1 3 5. Conformément à cette donnée, et à l'échelle adoptée ( 1/50 ),nous n'avons eu, pour composer diverses probabilités de combinaisons avec nos trois éléments de dalles de diverses grandeurs, qu'à cnstruire une espèce de treillis ou canevas réticulé, dont chaque maille ou case équivaut en surface une des petites dalles.
Les figures 1 à 9 sont des exemples de combinaisons composées uniquement avec de petites dalles. Dans les quatre premières figures nous n'avons pas fait usage de carreaux unis.
figure 1 une seule sorte de dalles gravées, représentant deux sortes de dessins différents.
figure 2 une seule sorte·de dalles disposées différemment.
figure 3 deux variétés d'ornements posés alternativement et que l'on pourrait encore diversifier par leur mastic coloré.
figure 4 pavés présentant deux variétés d'ornements dont la disposition oblige à les grouper quatre par quatre, pour obtenir un ensemble complet ce qui permet d'en composer des cases de quatre carreaux. Comme dans la figure précédente, on peut varier la couleur du mastic.
figure 5 dalles à ornements combinées à des carreaux unis.
figure 6 dalles à figures et carreaux unis.
figures 7-9 donnent trois autres exemples de combinaisons, mais toujours avec les mêmes éléments. On voit sur la figure 7 les carreaux unis former un réseau posé diagonalement, et qui circonscrit des combinaisons de·petites dalles à ornements ou figures, tandis que, pour la figure 8, les carreaux unisa forment des encadrements particuliers et isolés à ces combinaisons de petites dalles. La figuer 9 présenie à la fois, pour l'emploi des dalles unies, ces deux sortes de combinaisons ( réseau et encadrements ).
figures 10-12 donnent trois sortes de combinaisons variées, composées de moyennes et petites dalles.
figures 13-16 représentent quatre autres exemples de combinaisons variées formées avec les dalles des trois dimensions ( grandes, moyennes et petites ).
Nous ne présenterons pas d'autres exemples des combinaisons qu'on pourrait faire avec ces éléments car on doit s'apercevoir combien il serait facile de les multiplier à l'infini. Toutes conserveraient le caractère du carrelage découvert aux archives de l'ancienne cathédrale et de celui de l'ancienne église de saint Bertin que nous donnons dans la planche suivante.
On doit avoir remarqué qu'à chaque exemple, nous faisons usage d'une seule dalle ou de plusieurs dalles centrales plus petites et entourées de dalles accessoirés. L'ensemble de ces dalles centrales avec les accessoires ( v. fig. f 2 , f 5 et f 6 ) peut aussi être envisagé lui-même comme dalle centrale, et être répété sur la surface du sol mais on devra toujours alors isoler ces groupes par des bordures de carreaux unis, disposés soit en réseau, soit en encadrement ou mieux encore des deux manières ensemble, comme nous venons de le dire à propos de la figure 9.
Ces mêmes surfaces formant divers ensembles de décoration, peuvent, on le conçoit aisément, être encadrées de bordures plus larges et plus compliquées, dont la composition serait le résultat du mélange de car reaux unis ou gravés, de grandeur uniforme ou variée. Nous donnons un exemple de ce genre, figure 17, qui montre aussi, comme toutes les autres figures de cette planche, comment l'on peut employer les dalles destinées à être posées en diagonale. Nous avons cru inutile, en effet, de composer des combinaisons analogues de dalles disposées carrément, ce qui serait tomber dans des répétitions inutiles. On comprend facilement, du reste, combien il serait facile, à l'aide de dalles en forme de triangles rectangles, de transformer une dalle ou un ensemble de dalles diagonales à une autre combinaison de dalles carrément disposées, et vice versa.
Les développements dans lesquels nous venons d'entrer au sujet d'un genre de décoration monumentale qui contribuait puissamment à la splendeur des édifices du moyen-âge, sont bien justifiés par l'importance
que l'on attache aujourd'hui aux restaurations des édifices religieux du style ogival et à l'érection de nouvelles ·églises dans le gôut du XIII ème siècle.
Notre pavé datant de cette dernière époque nous avons ainsi été amené à faire notre planche VIII.
On ne saurait trop admirer 1a richesse d'ornementation qui devait résulter de l'emploi simultané de ces pierres gravées et incrustées de mastics aux couleurs variées dont nous avons précédemnemt parlé.
La combinaison froide et monotonne des carreaux de marbre noir ou blanc
qu'on emploie à grands frais dans nos monuments·modérnes et même dans les édifices anciens est bien loin de l'effet saisissant les pavements historiés du moyen-âge.
Nous terminerons la description des dalles gravées par diverses autres observations et réflexions générales que nous ont suggérées leurs dessins.
MOTIFS PRESUMES DE L'EMPLOI DE L'OGIVE AU XII ème SIECLE ET POURQUOI ON NE LA TROUVE PAS FIGUREE DANS NOS DALLES DU XIII ème SIECLE
Nous avons vu dans plusieurs des dalles gravées, où·se trouvent représentés des dessins d'architecture, que l'artiste a employé le plein cintre; malgré cette remarque, nous sommes loin de croire que ces dalles soient antérieures à l'origine de l'ogive.
Si on ne veut pas regarder ces dessins comm des répétitions d'anciens patrons, nous nous permettrons de donner à leur composition un autre motif.
On peut en effet penser que, dès l'origine, l'arcade en ogive dans l'architecture du moyen-âge a été adoptée plutôt nécessité, comme élément indispensable de construction, que comme objet de beauté.
L'on s'accorde à reconnaître que c'est vers le XII ème siècle que l'ogive
fut introduite dans les édifices, pour donner à nos monuments religieux des proportions plus sveltes et plus élégantes. Il fallait donc chrcher des arcs dont la poussée n'eut pas le défaut, comme dans le plein cintre d'être horizontale, mais bien verticale, c'est-à-dire vers les points d'appui.
Si, de plus, on réfléchit que c'est dès le XII ème siècle que les bas-côtés ou caroles tournèrent autour du chœur, et qu'alors on fut obligé de
placer dans la portion circulaire du chœur des soutiens isolés plus
rapprochés , on se convaincra aisément que l'on ne pouvait employer dans toute l'étendue du chœur des arcades à plein cintre. Les rayons des arcs en effet, n'étant pas égaux pour les travées du chœur proprement dit et pour l'abside, il serait résulté de l'adoption dµ plein cintre que l'intrados des clefs n'aurait pas été d'égale hauteur de part et d'autre : vice de construction et de goût, d'une difformité choquante, auquel rémédiait l'adoption de l'ogive pour les arcades les plus étroites. L'arcade à double portion de cercle, tout rn égalisant la hauteur des arcades, rendait d'ailleurs la poussée plutôt perpendiculaire qu'horizontale ce qui était important pour la portion circulaire de cette partie de l'église.
Nous avons donc raison de dire que, dans le dessin de nos dalles, les artistes n'étant pas dans l'obligation de faire des arcades ogivales, ont conservé le plein cintre pendant tout le temps que l'ogive était mélangé au plein cintre comme nêcessité de constmction. Mais ce mélaage disparut lorsque l'ogive fut eonsidérée comme ·élément constant d'une architecture nouvelle. D'où nous concluons qu'il serait peu logique de prétendre que ce genre d'arcade fut introduit fort tard dans nos contrées, parce que nous ne rencontrons dans nos dalles aucune indication d'ogive.
UN MOT SUR LA REPRESENTATION DE MONSTRUOSITES DANS LES EDIFICES RELIGIEUX
Nous nous permettronsencore de revenir sur la représentation de ces chimères, monstruosirés etc, que l'on rencontre dans nos dalles du pavé de l'acienne Cathédrale de Saint-Omer et dans d'autres monuments de cette époque; sujet que nous avons quelquefois attribués à l'imagination capricieuse des artistes. Nous avons pour garant de notre manière de
voir, l'éloquent Saint Bernard, ·qui écrivait vers le milieu de la première moitié du XII ème siècle à Guillaume, abbé de Cluny,en parlant de ces
sortes de décorations : à quoi bon ces ornements pour des moines, des pauvres , des hommes spirituels. Passe encore dans les églises ; mais dans les cloîtres, devant des frères occupés à lire, de quelle utilité sont ces monstruosités ridicules à quoi sert d'avoir sous les yeux des peintures grotesques , des singes immondes, de farouches lions, de monstrueux centaures des
moitiés d'hommes, des tigres tachetés ces soldtats combattants, ces chasseurs sonnant du cor ? Vous pourrez voir plusieurs corps sous une seule tête ou plusieurs têtes sur un même corps. Là un quadrupède à
queue de serpent ; ici un poisson à tête de quadrupède. Plus loin, un monstre, cheval pardevant chèvre par derrière ; d'un autre côté,un
animal à cornes trainant la croupe d'un cheval. Enfin de toutes parts apparaissent des variétés de formes si fécondes, si étonnantes, qu'elles ne sont propre qu'à causer des distractions. Si ces impertinences ne vous font pas honte craignez au moins la dépense qu'elles occasionnent.
Saint-Bernard nous dit encoré dans un autre endroit, qu'il doit y avoir une·grande différece entre les évêques et les moines, les églises de ces premiers ·devant avoir une richesse d'ornments destinée à exciter le peuple à la dévotion et les riches à l'aumône.
Si Saint-Bernard au XIII ème siècle ( époque ou l'on prodiguait le plus cette sorte d'ornementation dans les monuments religieux ), parait ignorer le sens de tous ces ornements, on nous pardonnera je le pense, l'hésitation que nous montrons à chercher leur signification, et encore plus à vouloir les expliquer.
D'ailleurs, à l'époque de la renaissance, nos atistes n'ont-ils pas fait également usage de chimères syrènes, satyres, etc. , sans motif historique·? Nous pensons donc que dans le moyen-âge on doit attribuer, en grande partie, à l'originalité des sculpteurs, le mélange de la bizarre ornementation qui nous occupe à des sujets graves et sérieux tels que : le jugement dernier, les signes du zodiaque ; les travaux des mois, la mort, la résurrectfon, le ciel , l'enfer ,·les saints de l'ancienne et nouvelle loi ; de·même que nous voyons de nos jours des artistes placer dans leurs ornements, des monstruosités dont ils ne pourraient donner l'explication.
REFLEXIONS SUR LE MERITE, L'EXECUTION ET LA RESTAURATION DES DALLAS GRAVEES
Bien des personnes s'imagment que ces sortes de pavés avec incrustations de mastic,sont peu solides : c'est une erreur. Les pavés qui nous occupent exécutés au XIII ème siècle n'ont été enlevés de leur emplacement primitif qu'au XVII ème siècle par suite d'une dégradation accidentelle ou du relèvement du sol; sans ces deux circonstances, ils ,seraient sans doute encore aujourd'ui placés au m^me endroit.
On n'en saurait douter : si on a mis un si grand soin à les conserver en
les replaçant dans l'église, quoiqu'ils y soient en grande partie dépareillés
depuis leur déplacement, c'est qu'ils n'avaient point perdu totalement leur mérite aux yeux des contemporains malgré 4 siècles d'existence. Si nous les voyons aussi dégradés aujourd'hui, c'est uniquement parce qu'ils ne sont pas restés, comme dans le principe, sur le sol du chœur et de ses chapelles environnantes.
Quant à l'exécution de ces pavés, elle serait beaucoup plus facile de nos ïours qu'elle ne l'était au moyen-âge, alors qu'on était obligé de se fier à des patrons bien arrêtés. L'on trouverait d'ailleurs facilement aujourd'hui beaucoup plus d'ouvriers capables d'exécuter la partie manuelle de l'œuvre, tandis que la chimie viendrait de son côté à leur aide, soit pour creuser la pierre, soit pour faire arriver à la composition de mastics plus solides et plus variés de couleur que les anciens.
De plus, si au lieu de pierre jaunâtre, on employait le marbre blanc, on apporterait à l'exécution un perfectionnement ou plutôt un embellissement nouveau, sans rien changer au style de l'ornementation.
Il nous reste maintenant à dire un mot sur la restauration des dalles gravées qui nous occupent, ou, pour parler plus exactement, des dalles qui se trouvent encore dans le pavé de l'église et de celles que l'on dit avoir été mises en dépot. Nous avons déjà, dans le sommaire ( p. 7) , exprimé, relativement à ce dépôt, un doute dont nous croyons devoir donner d'abord ici l'explication.
Lorsque la commission de la Société des antiquaires de la Morinie, dont nous avons parlé p. 6, eut fini ses travaux, on vendit autant que possible ( nous a-t-on assuré ), les dalles mises en dépôt (3). On doit voir, d'après nôtre publication, qu'il devait en rester une infinité d'autres que celles qui furent employées. Elles méritaient, sous plus d'un rapport, d'être conservées malgré leur état de dégradation ; et, convenablement restaurées, ces diverses dalles ne seraient pas les richesses les moins précieuses de nos musées. La restauration de celles qu'on possède encore pourrait, ce nous semble, se faire à peu de frais ; car il ne s'agit point ici d'une mise en œuvre comme on a fait pour celles qu'on a voulu conserver dans l'église, mais seulement de compléter leur surface par des pierres unies, sur lesquelles on aurait à peind re à la détrempe ou à l'huile, et avec les teintes appropriées, soit tout ou partie des fonds incrustés manquant de mastics, soit les traits ou le dessin présumé de ces dalles.
Par ce moyen, on rétablirait une infinité de dalles, et l'on éviterait le reproche (souvent mérité ) de les dégrader en les restaurant. Cette dégradation ne provient, en effet, très souvent que du peu de capaci té et de dicernement des ouvriers maladroits auxquels on confie ce travail ; et elle est d'autant plus fâcheuse qu'elle est sans remède."
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
La planche IX est un supplément
Sur la photographie ci-dessous,nous vous présentons un croquis de E.Wallet ( Planche IX page 79 de son livre Description du pavage de la Cathédrale - 1847 - ).
Voilà comment Emmanuel WALLET décrit la Planche IX dans son ouvrage édité en 1847 "Description du Dallage de la Cathédrale de Saint-Omer"
Cette planche supplémentaire à nos dalles gravées représente 2 arrelages composés de carreaux de terre cuite vernissés. Cette planche est celle dont nous avons précédemment promis de donner la description page 70. le premier a été découvert en 1838, l'autre en 1843.
pavé de carreaux de terre cuite vernissés découvert en 1838 aux archives de l'ancienne cathédrale.
En 1838 messieurs les fabriciens de Notre-Dame concurrent le projet d'établir dans le local des archives une école de chant pour les enfants de chœur. c'est alors que l'on découvrit sous un tas de poussière et de vieux papiers l'objet que nous allons décrire. Les carreaux qui composent ce pavé ont 135 mm de côté et sont de deux sortes : les uns rouges avec des dessins jeunes variés ; les autres semblables entre eux et d'un verre foncé uniforme. Il s'en trouve d'autres de diverses dimensions verts ou jaunes et ayant la forme soit d'un triangle rectangle soit d'un carré. Nous n'avons pu dessiner de la première espèce dans la moitié du pavé découvert que 20 variantes que nous reproduisons ici à l'échelle de 1/8 sur la figure A, et que nous avons numéroté de 1 à 20.
Les numéros 1 à 8 offrent des ornements variés, et les trois derniers de 6 à 8 ne représentent que le quart de leur dessin. les numéros 9 à 16 sont des animaux ou chimères, et ceux de 17 à 20 des figures humaines, savoir : les deux premiers, le buste d'un roi et d'une reine, et les deux derniers des chevaliers équestres. Par la figure 2 nous avons voulu donner à l'échelle 1/50 une idée du système général de la combinaison de ce pavé avec les éléments que nous venons de citer, le lecteur verra que c'est toujours de grandes cases ou carrés entourés de bordure comme nous l'avons proposé pour reconstruire le pavé avec les dalles de l'ancienne cathédrale.
Seulement, au lieu de ces grandes dalles nous trouvons ici un assemblage de 16 carreaux formant un carré 4 de côté. Chacune des figures 3 à 22 dessinées à l'échelle 1/25 reproduit diverses combinaisons de ces 16 carrés donnant le nombre de 20 variétés différentes. Les figures 3 à 5 n'ont qu'une seule sorte de carreaux à ornements, tandis que les figures 6 à 8 en ont deux posés alternativement ; nous devons faire observer que dans ce dernier cas un des carreaux à ornements est remplacé par des triangles rectangles de dimensions diverses.
Aux figures 9 à 11 les carreaux les carreaux à ornements forment bordure autour de 4 autres carreaux aussi à ornements. Les figures 19 à 45 présentent la même combinaison avec cette différence toutefois que les quatre carreaux du centre sont des carreaux unis d'un vert foncé. Les figures 16 à 20 donne aussi les mêmes combinaisons. Pourtant dans les trois premières le centre est un composé de petits carreaux carrés et en triangle rectangle de couleur verte et jaune ; et les autres figures de 19 à 20 ont des bordures qui portent aux angles des variantes qui résultent d'un composé de petits carreaux triangulaire ou carré. Quant aux deux dernières figures 21 et 22 leur centre est formé de carreaux à ornements, tandis que leur bordure présente : sur l'une un composé de petits carreaux carrés et en triangle et sur l'autre figure 22 une suite de pièces triangulaire vert et jaune.
le lecteur peut voir que dans ces 20 cases l'on a employé avec peu de discernement et de goût les carreaux dont nous nous occupons. Nous devons ajouter que ces carreaux n'ont pas été fait spécialement pour le pavé que nous décrivons. C'étaient des espèces de matériaux qui se trouvaient alors comme aujourd'hui dans le commerce et que l'ouvrier faisait servir à toutes sortes de combinaisons sans s'assurer qu'ils avaient ou non des rapports entre eux. Qu'on nous permette quelques observations sur la combinaison de notre pavé, on voit d'après ce que nous venons de dire que l'auteur de ce travail a cherché à varier la combinaison de chaque case avec les divers carreaux disponibles, et que ces divers arrangements peuvent se classer en trois catégories, 1 - assemblage de carreaux semblables, 2 - combinaison de deux espèces de carreaux alternant entre eux, 3 - dispositions de carreaux variés en bordure autour de 4 carreaux centraux et de même dessin.
Dans la première catégorie ( figure 3 à 5 )on doit être étonné de ne pas rencontrer l'ensemble élégant qu'aurait produit l'emploi du numéro 7 et même du numéro 8. Dans la deuxième catégorie ( figure 6 à 8 ) comprenant l'emploi de deux sortes de carreaux placés alternativement comme les cases d'un échiquier et donc un des carreaux est formé à l'aide de triangle rectangle, on aurait pu aussi faire des assemblages analogues avec d'autres carreaux tels que ceux des numéros 9 10 ou 11 12. Ces derniers nous auraient donné de ses réseaux avec Lions ou aigles que l'on trouve sur les fonds des sceaux du Moyen-Âge. Mais une combinaison que nous préférerions avec ces carreaux à cause de quatre lobes peu prononcés qui renferme ses animaux serait de les voir de même que les numéros 19 et 20 posés alternativement avec de simples carreaux jaunes. Quant à la troisième catégorie nous dirons que l'on en rencontre plus d'exemples. Mais on peut s'étonner en voyant la figure 10 qu'on n'ait pas fini cette case avec les carreaux du centre ; et se demander relativement à la figure 11 pourquoi le centre n'a pas été terminé avec les mêmes carreaux que ceux employé à la bordure ?
L'auteur du pavé a jugé convenable de varier les dessins relativement aux bordures formées par ces carreaux autour des encadrements en vert foncé ( voir la figure 2 ). A ces bordures en forme de zigzag il a employé au premier zigzag d'en bas le carreau numéro 19 au deuxième en remontant le numéro 1 au 3e le numéro 11 au 4e les numéros 9 et 10 au 5e le numéro 13 au 6e le numéro 4 ce qui à notre avis donne des bordures assez mal conçues.
Nous nous permettons de montrer par la figure 23 et à l'échelle de 1/50 comment nous croyons que ces bordures auraient dû être disposées et former un réseau diagonal dont les intersections pourraient être marquées par des carreaux numéro 1 et 2, qui n'ont aucun rappel d'ornements à leurs bords. Il en serait de même des numéros 9 et 10, qui portent leurs encadrements particuliers. Nous pensons cependant qu'il serait préférable de placer à ses points d'intersection des carreaux unis d'un vert foncé, et de terminer le reste de la bordure avec des carreaux jaunes unis.
Pavé de carreaux de terre cuite vernissés de l'ancienne église de Saint-Bertin découvert lors de fouilles faites en 1843.
Si nous donnons ici la description du pavé de l'ancien église de Saint-Bertin, c'est qu'il ne fut découvert que postérieurement à notre publication relative à la crypte et au pavé mosaïque de cette ancienne église ; mais il vient se placer à propos selon nous après celui que nous venons de décrire. Nous croyons plaire aux lecteurs en faisant précéder la description de ce pavé, d'un aperçu préliminaire sur des fouilles de 1843, qui donnèrent lieu à sa découverte. En 1843 la Société des antiquaires de la Morini arrêta qu'on achèverait les fouilles de Saint-Bertin qui avait été entreprises précédemment entre 1831 et 1834, et elle nomma cet effet une commission qui se mit à l'oeuvre au commencement de la campagne de la même année.
Il paraît qu'elle arrêta que ces fouilles n'iraient pas au-delà de l'enceinte de la dernière église. Après avoir excavé à une grande profondeur le chœur et les chapelles, on découvrit une chapelle ou une enceinte octogonale dans l'axe de la crypte à l'extrémité du grand couloir central et sous le sol de la crypte, des fondations de murs formés de trois portions circulaires qui pouvaient faire penser qu'ils faisaient partie de la partie orientale ou chevet de l'église primitive. Au-delà de la crypte on trouvera en outre un mur décoré de pilastre dans lequel on nous permettra de voir un reste du vestibule primitif côté du Nord de la chapelle Lambert élevée au commencement du XII ème siècle. Dans le courant du mois d'août, nous arrivâmes à Saint-Omer dans l'espérance d'assister à la continuation de ces fouilles et avec le but de déterminer la Commission à compléter les recherches de l'église qui précédaient la crypte que nous venions de publier. Mais les travaux étaient suspendus et les fonds épuisés mais les membres de la commission eurent la bonté de redemander de nouveaux fonds à la société, et l'on se remis à l'oeuvre. L'on commença par chercher des piles présumées qui devaient faire partie de cette ancienne église, et on les trouva effectivement, ce qui amena en même temps la découverte de l'ancienne chapelle de Saint-Denis. On vit alors que les piles de la dernière église étaient presque superposées à celles qui dépendaient de cette ancienne chapelle. Au milieu de son vestibule on découvrit en outre hors du sol primitif un tombeau en pierre de grande dimension ; et au niveau de ce sol un pavé en carreaux de terre cuite vernissés ; mais la découverte la plus la plus heureuse fut sans contredit celle de 3 autres tombeaux en pierre blanche et disposés presque côte à côte.
Ils furent trouvés à environ 40 cm sous le tombeau de grande dimension dont il vient d'être question. Deux d'entre eux contenaient des inscriptions qui nous apprirent que c'étaient des tombeaux de l'Abbé Waltère mort 984 et de l'Abbé Odbert mort en 1007. L'une de ses inscriptions était gravée sur une plaque de plomb, et l'autre sur une pierre quand au troisième tombeau il avait été fouillé lorsqu'on fit les fondations des murs d'enceinte de la dernière église, où il se trouvait en partie enclavé. On s'occupa aussi de rechercher le pavé de marqueterie et le local dont nos fouille faites en 1833 avaient indiqué l'existence.
Ce local fut découvert : il était de petite dimension presque carré et n'avait qu'une seule issue du côté de l'occident. Ses gros mur de clôture et de petites niches qui ne pouvaient recevoir que des lampes nous ont donné l'assurance que ça ne pouvait être qu'un caveau ou tombeau. Après cette découverte on se déterminera à faire une excavation de 2 ml environ de largeur de l'Orient à l'Occident dans le prolongement de l'axe de la crypte ; ce qui amena, à environ 20 ml de l'entrée de la crypte à la découverte d'une partie de pavés composés de carreaux de terre cuite vernissés ainsi que de deux marches de descente perpendiculaires à cet axe et également décorées de ces carreaux que nous décrivons que nous décrivons ci-après. On dirigea dès lors les fouilles à droite et à gauche de ce pavé et de ces marches au sud et au nord ce qui fit mettre au jour 2 piles de la nef. On prolongea cette excavation du côté du nord jusqu'à la rencontre du mur extérieur de cette ancienne église et l'on détermina alors à chercher le portail de cette dernière en côtoyant cette enceinte vers l'Occident.
L'on trouva ainsi engagé dans ce mur des piles décorées de 3 colonnes. Ce côtoiement du mur ne fut pas prolongé au-delà de 28 ml ; le temps venant à manquer, l'ont fut obligé de remettre l'ouvrage à l'année suivante. Mais une indisposition nous empêcha de nous y trouver ; nous ne pouvons donc qu'effleurer ici la question et dire que la continuation des fouilles en 1844 mit à découvert beaucoup de piliers ou point d'appui de l'ancienne église, et des tombeaux vides ou ayant encore leur squelette. Un seul, celui de l'Abbé Filiastre était intéressant au point de vue historique. Nous pouvons ajouter que ces fouilles de 1843 à 1844 nous ont appris que cette ancienne église était en forme de croix latine et que chacune de ses branches était divisée par des piliers intermédiaires en 3 nefs, celle du milieu plus large que les deux autres. Nous allons maintenant passer à la description du pavé et des marches que nous venons de citer et dont nous donnons le dessin avec détails planche IX. Nous dirons préliminairement que ce pavé est composé de carreaux rouge avec figures et ornements jaune. De carreaux noirs ou jaunes unis et enfin de carreaux de faïence qui sont en général à fond blanc. Ces variétés de couleurs ainsi qu'une infinité d'autres carreaux carrés ou triangulaires de diverses grandeurs noirs ou jaunes donne à leur agencement un aspect agréable à l'oeil que n'a pas celui des archives de l'ancienne Cathédrale uniquement composé de carreaux rouges à figures jaunes, et d'autres carreaux unis d'un verte foncé.
La figure 24 nous donne à l'échelle de 1/8 tous les dessins des carreaux que nous avons rencontré dans ce reste de pavé. Nous les avons numérotés de 21 à 60. Les numéros 21 à 35 sont des carreaux de terre cuite vernissés rouges à figures ou ornements jaunes, nous n'en ferons pas une description particulière comme nous avons fait de celles des archives de l'ancienne cathédrale mais nous remarquerons que les carreaux 27 à 32 qui n'ont leur dessin qu'au trait sont ceux dont nous n'avions pris qu'un croquis lors de leur découverte et que nous avions l'espoir de retrouver déposés au musée. Les autres carreaux numéro 33 à 60 sont ceux de faïence ci-devant cités. Les numéros 36 et 37 doivent se réunir 4 ensemble pour former un sujet, le numéro 36 représente un chevalier couvert de sa côte de maille et dont le cheval est caparaçonné, l'autre nous montre une figure drapée à longue barbe et brandissant un sabre au-dessus de sa tête. Les cinq numéros suivants de 38 à 42 sont ceux auxquels par le moyen de 4 triangles rectangle jaunes ou blancs on a donné le format des autres carreaux. Les numéros 43 à 47 ont bien la même hauteur 12 cm mais leur largeur a 2 cm de moins. Ces carreaux décoraient une des deux contre-marches, nous disons une des deux, parce que l'autre était totalement dépouillée de ses ornements.
À la figure 25 nous donnons à l'échelle 1/50 un aperçu général de l'état dans lequel nous avons trouvé le pavé et les marches en question. On voit que c'est toujours le même principe de combinaison de cases variées et composées de 16 carreaux placés dans le sens diagonal. Comme pour ceux des archives ce sont des encadrements qui les circonscrivent : ce sont ici des réseaux composés de carreaux noirs ayant à leur intersection un carreau de faïence ( 26 ) et les vides ou mailles qu'entourent ces réseaux contiennent 16 carreaux. Sur une échelle plus grande de 1/25 nous avons représenté figure 26 une partie de ce pavé et de ses marches avec profil. le lecteur verra comment étaient disposés les carreaux qui décoraient ces marches. Quant aux figures 27 à 32 elles donnent les variétés des autres cases à 16 carreaux ainsi que les divers fragments en triangle sur la même échelle que la figure précédente. Nous croyons pas utile de les décrire en détail.
Quoique les deux exemples de pavés composés de carreaux vernissés et dont nous venons de donner la description aient beaucoup d'analogie entre eux, nous ne prétendons pas dire que tous les autres pavés du même genre aient eu le même système d'agencement puisque l'on peut faire avec les éléments cités une infinité d'autres combinaisons. Mais d'après les dessins des divers carreaux on peut conclure qu'on ne devait les employer que carrément et non diagonalement. Si nous examinons le mode de construction de ce pavé nous trouvons que ces carreaux qui décoraient les marches étaient fixés avec un bon ciment rouge à une grosse maçonnerie tandis que tous les autres avaient pour sol des gravois bien battus sur lesquels on avait étendu un lit de sable de 3 à 4 cm d'épaisseur ; les bords de ces derniers carreaux étaient fixés entre eux avec du mortier ou du ciment.
On trouva en général ces carreaux presque intacts mais le terrain étant humide, quand on voulut les enlever, ils tombaient en éclat. Le moyen qui réussit parfaitement pour remédier à cet inconvénient fut d'abord de coller sur chaque carreau avec de la colle dite d'artificier ou de cordonnier du fort-papier non collé de la grandeur de ces carreaux. Une fois ce papier séché une fine lame de scie à main qu'on fit passer entre les joints servis à isoler les carreaux les uns des autres, et avec une autre lame tranchante de la largeur des carreaux on les enleva de leur lit de sable. Mieux vaudrait en pareil cas si le carreau était précieux enlever le sable placé au-dessous avec un outil courbe. Comme nous l'avons annoncé précédemment page 83 nous avons à traiter ici de l'origine de cette sorte de décoration ainsi que de l'époque présumée de la construction du pavé que nous venons de décrire. Cependant l'ornementation due à l'emploi des carreaux vernissés ne fut pas restreinte au pavé de nos édifices religieux, ce même luxe fut également prodigué dans le Moyen-Âge au sol intérieur ou au murailles des châteaux et des habitations particulières. On fit même usage de briques vernissées de diverses couleurs pour la décoration des murs extérieurs. Les auteurs qui ont parlé de ces sortes de décorations sont d'accord qu'elles viennent de l'Orient ou l'usage existe encore aujourd'hui de décorer les murs extérieurs et les parois des salles de bain de carreaux vernissés pour leur donner plus de fraîcheur. Ils pensent que de l'Orient cette décoration passa avec les maures en Espagne où l'on voit encore des précieux reste de ce genre de décorations à l'Alhambra de Grenade, à Valence à Barcelone et que l'Espagne Chrétienne ayant continué de la prodiguer elle se propagea de ce pays dans toute l'Europe. L'usage s'en est conservé en Hollande pour le revêtement des jambages de cheminée des murs de cuisines des corridors d'habitation. Ne connaissant aucun document écrit au sujet de l'époque de la confection des pavés de carreaux vernissés nous ne pouvons établir à ce sujet que des probabilités puisées dans les considérations artistiques, et encore devons-nous prévenir que nos suppositions nous amènerons probablement à des époques antérieures à leur érection. Nous pensons en effet que ces carreaux n'ont pas en général été fait spécialement pour décorer les lieux où on les a recueillis mais confectionnés comme nous l'avons dit page 81 comme les carreaux que l'on peut rencontrer de nos jours dans le commerce. Nous sommes loin de penser que le pavé de Saint-Bertin soit de l'époque de la construction de l'ancienne église au XI ème siècle. Les chevaliers ont des chevaux caparaçonnés et armoirisés ce qui nous transporte au moins au XIII ème siècle, ainsi que le casque plat adopté dans le siècle de Saint-Louis. De plus, la forme de l'écusson qui se trouve sur un petit carreau numéro 39 est bien postérieur au XIII ème siècle. Nous devons en dire autant de l'autre pavé des archives de notre ancienne cathédrale car l'édifice qui le renferme a été élevé comme nous le croyons vers la fin de la première moitié du XI ème siècle et dans ce pavé on rencontre aussi des chevaliers aux chevaux caparaçonnés et armoiriés. De plus le carreau numéro 13 de la figure 1 représente un lobe à 4 feuilles du style flamboyant que Monsieur decaumont regarde comme un caractère architectonique de la fin du XIV ème siècle. Ajoutons encore relativement à ces pavés que dans celui de Saint-Bertin on a prodigué les fleurs de lys tandis que dans celui des archives il n'en existe aucune. Serait-ce là un motif de penser qu'il a été fait lorsque le pays était sous la domination ou la protection de la France, et l'autre quand il ne l'était plus. S'il en était ainsi il faudrait transporter la construction de celui des archives en deçà du milieu du XV ème siècle. En général, et bien à tort, on a donné le nom de mosaïque à ces sortes de décorations composées soit carreaux à figures ou ornements soit de carreaux unis de formes et de couleurs diverses. Nous pensons avec plus de raison qu'on doit les désigner sous le nom de marqueterie. Sans aucun doute ces sortes de pavés sont bien ceux que les auteurs désignent comme ayant cessé d'être en usage en France dans le XVII ème siècle. Cependant le père Sébastien Truchet cite un pavé de ce genre qu'on allait exécuter de son temps dans un édifice religieux au centre de la France. On peut dire en général que cette espèce de décoration a été remplacée dans nos édifices publics par des pavés en marbre de diverses couleurs ou des parquets en menuiserie, les premiers composés de pièces de grandeur variées de formes carrées ou de celles d'un parallélogramme rectangle, les autres de feuilles de parquet enchâssées dans un bâti. Dans l'un et l'autre cas le principe de réseau ou d'encadrement s'est conservé malgré le changement.
supplément au pavé de saint-bertin.
Indépendamment des carreaux vernissés et composant la principale portion du pavé découvert à Saint-Bertin on a rencontré souvent diverses autres portions de pavés disséminés dans l'église et formées de carreaux semblables à ceux que nous avons décrit précédemment ainsi qu'un certain nombre de carreaux nouveaux. Ce sont ces derniers qui nous ont déterminés à donner ici dans le texte une planche supplémentaire où ils se trouvent représentés. Vers le nord du pavé précédemment décrit on découvrit une des portions de ce pavé ayant mêmes dessins de combinaisons et mêmes niveaux que la partie supérieure des deux marches, et ayant une marche montante avec retour. C'est par les carreaux de cette portion de pavé que nous allons commencer. Les quatre premiers numéros de 1 à 4 décoraient la contremarche, de sorte que le numéro 4 en faïence alternait avec le numéro 1 ou le numéro 2 en terre cuite vernissée. La portion de la contremarche en retour avait même combinaison mais au lieu du numéro 4 c'était le numéro 3 également en faïence. Quant aux autres carreaux de 5 à 10 ils sont de faïence et faisait partie avec ceux décrits à la planche 9 de la décoration du sol. Nous ferons observer seulement que le numéro 6 est le carreau avec armoiries cité page précédentes.
Les quatres autres carreaux suivants 11 à 14 de terre cuite vernissée sont déposés au musée. Les deux premiers viennent du vestibule de la chapelle saint Denis, et les deux autres ont été retrouvés dans les décombres de l'église.
Les numéros 15 à 17 nous donnent les dessins de trois petits carreaux qui n'ont que 6 centimètres de côté et sont en terre cuite à fond rouge et ornements jaunes. Ces petits carreaux avec d'autres de même dimension violet-foncé et unis formaient un pavé en échiquier au pied du mur décoré de colonnes dont nous avons parlé page 87.
Nous terminons cette planche par quatre carreaux ( 18 - 21) trouvés à Fauquembergues, petite ville à 25 km et au sud-ouest de Saint-Omer.
Ces carreaux, qui ont 125 millimètres de côté, sont de terre cuite vernissée à ornements jaunes, sur fond vert-foncé (2), excepté pourtant le n° 21 qui est à fond rouge. Nous ſerons observer que les deux premiers carreaux peuvent aussi se placer diagonalement, et qu'un pavé peut être composé avec l'un ou l'autre de ces carreaux ; mais que le n° 19 doit alternativement changer de position (1).
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
source de l'image : (Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, service des archives, cote du document d’archives)
Périodes des pavements de Notre-Dame
Afin de comprendre le déroulement des différents chantiers de dallage, nous définirons 5 périodes principales pour les phases de création, dépose, repose du pavement.
1
De 660 à 1032.
Durant cette période la petite église en bois érigée en 660 par Omer se transforma au fil des siècles, elle fut d'abord agrandie car car la population ne faisait que croitre, puis elle fut consolidée par une enveloppe en pierre afin de résister aux razzias Vikings du IX ème siècle. Enfin elle fut totalement fortifiée en pierre au X ème siècle. A cette époque le sol était de terre battue.
2
De 1032 à 1553.
Dans un acte publié en 1032 nous apprenons que l'ancienne église fut démolie ( peut-être à la suite d'un incendie ? ) pour en construire une autre. L'ancienne église occupait une surface au sol plus importante que la nouvelle, mais sa hauteur était moindre.
Dans un autre acte daté de 1052 nous apprenons que les reliques de saint Omer furent transférées dans la nouvelle église qui était en partie achevée ( Nef & Transept ), et c'est à cette date que la ville abandonna le nom de Sithiu au profit de Saint-Omer. Au XI ème siècle il n'y avait pas de pavement dans l'église, le sol était de terre battue avec néanmoins quelques grandes dalles gravées en pierre bleue
ici et là posées sur le sol.
Au XII ème siècle Monsieur Deneuville ( au terme de très longues recherches ) estime que les grandes dalles gravées en pierre bleue recouvrent plus de la moitié de la surface au sol, l'autre moitié est toujours en terre battue. Monsieur Deneuville affirme que c'est en 1260 que la terre battue à laissé la place aux grandes dalles gravées et aux carreau en terre cuite ( non vernissés ). Au XV ème siècle la Tour Porche ouest fut construite, et son emprise au sol consolidée par des fondations importantes. Les dalles gravées existantes furent remplacées sur l'emprise de cette Tour ( travées A1 & A2 ) par des dalles gravées. Parmi ces dalles il y avait une dalle équestre au centre de la Tour représentant un chevalier dans un cercle ( Monsieur Wallet en fait la description dans son livre paru en 1847 "Pavement de Notre-Dame" ). Cette description est reprise sur le dallage de la Nef ( travées A1 & A2 ).
3
De 1553 à 1554.
En 1553 fut rasée la Cathédrale de Thérouanne par Charles Quint. A cette époque, le pavement de la Nef des chapelles et du Transept de la Cathédrale de Saint-Omer était constitué de carreaux ( de 0.20 ml x 0.20 ml )en terre cuite ( pour certains vernissés ). Etaient insérées dans ce pavement de carreaux, des dalles gravées en pierre bleue ( Tombales ou Exvotos de dimensions variées : de 2.00 ml x 1.00 ml environ ). Etaient insérées également dans ce pavement de carreaux, de grandes dalles carrées gravées de 1.43 ml à 1.47 ml de côté, des moyennes dalles carrées gravées 0.87 ml à 0.89 ml de côté, et des petites dalles carrées gravées de 0.28 ml à 0.29 ml de côté. Les Chapelles et le Déambulatoire étaient pavés de carreaux ( de 0.20 ml x 0.20 ml ) en terre cuite ( pour certains vernissés ). Certaines chapelles ( comme celle de saint Martin ) n'avaient aucun dallage mais seulement un sol pavé de blocs de grés qui servaient aussi à paver les routes.
4
De 1554 à 1840.
Dès 1554 la décision fut prise d'incorporer au dallage existant de la Cathédrale de Saint-Omer, les dalles récupérées de la Cathédrale de Thérouanne. La Nef et le Transept furent impactés par cette décision. Les chapelles la Tour et le Déambulatoire ne furent pas impactés par cette décision.
5
Après 1840.
De 1839 à 1840 il fut procédé au remplacement du dallage du Déambulatoire qui datait du XVI ème siècle par des carreaux en céramique de couleur jaunâtre et noir.
De 1840 à 1841 la Nef ( travées centrales dont le dallage datait du XVI ème siècle ) fut pavée de dalles de marbre.
De 1842 à 1843 la Nef ( travées latérales sud dont le dallage datait du XVI ème siècle )fut pavée de dalles de marbre.
De 1845 à 1846 le Labyrinthe et le Choeur des chanoines ( dont le dallage datait du XVI ème siècle ) furent pavés de dalles de marbre.
En 1847 le parvis du Doxal ( dont le dallage datait du XVI ème siècle ) fut pavé de dalles de marbre.
En 1850 les Chapelles de saint Antoine de Padoue, de l'ancienne saint Gilles, de saint Job ( dont le dallage datait du XVI ème siècle ) furent pavées de dalles de marbre.
De 1849 à 1850 la Nef ( travées latérales nord D3 à D8 dont le dallage datait du XVI ème siècle ) fut pavée de carreaux en céramique de couleur jaunâtre et noir.
En 1850 le Transept travée F3 ( ancienne chapelle saint Charles Boromée ) fut pavée de dalles de marbre.
De 1849 à 1850 le Transept nord ( travées E4, F4, G4, E3 dont le dallage datait du XIII ème siècle ) fut pavée de carreaux en céramique de couleur jaunâtre et noir.
En 1851 le Transept nord ( travées centrales G2, G3 dont le dallage datait du XIII ème siècle ) fut pavée de carreaux en céramique de couleur jaunâtre et noir, en y insérant des dalles funéraires du XVII ème siècle.
Les travées E1, E2, G1, F1, F2 du transept nord ne furent pas impactées par le chantier de dallage des années 1850, cette zône qui avait été remaniée en 1554, est composée de dalles gravées en pierre bleue du XVII ème siècle, de dalles funéraires du XVIII ème siècle et de petites dalles en grès marron et noir. Cette partie du transept nord n'a pas beaucoup changé depuis le XVI ème siècle.
De 1848 à 1849 le Transept sud ( toutes travées confondues dont le dallage datait du XIV ème siècle ) fut pavée de dalles de marbre.
En 1879 la chapelle Absidale ( dont le dallage datait du XVI ème siècle ) fut pavée en dalle de pierre de Grenoble ( carrelage à motifs divers ).
En 1900 les chapelles du saint Esprit et de saint Jean Evangéliste ( dont le dallage datait du XV ème siècle ) furent pavées avec les dalles gravées récupérées dans la Nef et qui provenaient eux-même de l'ancienne Cathédrale de Thérouanne rasée en 1553.
Les travées situées sous la Tour Porche datant du XV ème siècle ont été modifiées en 1554, date à laquelle on y inséra quelques dalles gravées de pierre bleue ( représentant des chevaliers ) ainsi que des dalles à motifs divers en pierre jaunâtre provenant de l'ancienne Cathédrale de Thérouanne rasée en 1553. Il faut cependant noter que les 3 dalles gravées aux motifs de chevaliers ont de nos jours disparu de ce dallage elles ont été remplacé par des petites dalles de pierre bleue.
La Tour octogonale possédait un dallage datant du XVI ème siècle composé de petits carreaux ( de terre cuite vernissée ) de couleur dont certains avaient des motifs divers, le même dallage habillait le plancher du 1 er étage. Le dallage du rez de chaussée fut remplacé au XX ème siècle par un carrelage de couleur, celui de l'étage est dns son jus. Il faut noter qu'un fragment du dallage du rez de chaussée fut conservé et exposé dans la Tour.
Au XX ème siècle, le Choeur des Chanoines fut remanié ( à la faveur du déplacement de l'autel principal vers l'ouest ), à cet emplacement initial des fouilles archéologiques furent entreprises pour retrouver une éventuelle crypte, les recherches dit-on furent vaines, et il fut décidé de reboucher l'excavation, comme le marbre démonté n'était plus récupérable la décision fut prise d'utiliser des restes du dallage de la Nef datant du XVI ème siècle.
Chapelles
Ancienne saint Martin K01
Porche Nord Ouest K02
De la Conception K03
De l'Assomption K04
Saint Erkembode K05
Saint Maxime K06
Sainte Aldegonde K07
Ancienne saint Omer K08
Des Trépassés K10
Saint Antoine de Padoue K11
Du saint Esprit K12
Absidale K13
De saint Omer K14
Ancienne saint Gilles K15
Saint Nicolas K16
Saint Jean Baptiste K20
Saint Denis K21
Antoine de Wissoc K22
Du saint Sépulcre K23
Ancienne Conception K24
Ancienne Notre Dame de Pitié K25
Dallage Transept Nord travée latérale Ouest E1
Cette travée près de la porte du fond est pavée de petites dalles de grès de couleur jaunâtre plus ou moins foncée, datant du XV ème siècle. Figure aussi dans ce pavement une grande dalle gravée de pierre bleue ( pierre tombale du Chanoine Caron décédé en 1677 )[ Epitaphe : ICI GIST MRE (...) -CARON PBRE ET -CHANOINE DE LA -CATHEDRALE DE -St OMER DECEDE -LE 5 DE MAY 1677 -REQUIESCAT IN PACE ], ainsi que deux dalles funéraires de marbre blanc ( Louis de Valbelle et François de Valbelle évêques de Saint-Omer ), et de petites dalles de pierre noire. Ces trois grandes dalles étaient au paravant dans le pavement de la chapelle Absidale, elles furent déposées et reposées dans le Transept en 1873, quand cette chapelle fut dotée d'un nouveau carrelage en pierre de Grenoble.
Dallage Transept Nord travée latérale Ouest E2
En 1840 cette travée était pavée de petites dalles de grès de couleur jaunâtre plus ou moins foncée, datant du XV ème siècle. Figurait aussi dans ce pavement une pierre tombale ( représentant un chanoine ), et une petite pierre ( celle du Vicaire organiste Robert William décédé en 1704 ),
ainsi que deux dalles funéraires en marbre blanc
( Monseigneur Joseph de Valbelle décédé en 1754 ) et ( le chanoine Desmartins de Puislobier : Inscription gravée sur plaque de marbre blanc uni. Bandeau externe en pierre de Tournai. H = 2.06ml ; La = 1.03ml. Fissuré en de nombreux endroits. Registre supérieur un peu effacé contenant peut-être des armoiries. Pierre Desmartins de Puislobier, vicaire-général de Joseph-Alphonse de Valbelle, décédé le 28 décembre 1754. ) .
Enfin de petites dalles de pierre noire.
Dans le prolongement de la pierre du chanoine Caron, est insérée une grande dalle gravée de pierre bleue de 2.62 ml x 1.40 ml ( représentant un chanoine ) qui date du XV ème siècle, et sur laquelle nous distinguons à grand peine les mots en minuscule gothique :
" + HIC • • • • • • • • HAIM'ICUS (?) • • • • • • • DOCTOR HUJUS ECCLESIE • • • • • • • — CANONICUS NECNON PROCHIALIS ECCLESIE
[ DE WAURANS ET DENLE CURATUS QUI OBIIT ANNO DNI MILLESIMO QUADRINGENTESIMO LXX QUINTO DIE XXVIA MENSIS SEPTEMBRIS ."
.
De nos jours ces dalles sont toujours visibles, seule la petite dalle de Robert William a été déplacée de quelques mètres.
Dallage Transept Nord travée latérale Ouest E3
Cette partie fut repavée entre 1849 et 1850 avec des carreaux d'occasion ( de plus de 20 ans d'âge ) comme ceux posés dans le Déambulatiore 10 ans plus tôt.Figure aussi dans ce pavement une dalle gravée moyenne en pierre bleue ( représentant un écusson ), ainsi que quelques petites dalles de pierre bleue.
Dallage Transept Nord travée latérale Ouest E4
Cette partie fut repavée entre 1849 et 1850 avec des carreaux d'occasion ( de plus de 20 ans d'âge ) comme ceux posés dans le Déambulatiore 10 ans plus tôt.
Photographe
Montage & Photographies Les Amis de la Cathédrale
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