Omer créé évêque à Thérouanne en 637

Contexte historique

Saint-Omer

la fin du V ème siècle, c'est la cité de Tournai qui était la capitale du royaume Franc. Les rois Childéric puis Clovis ne portèrent aucun intérêt au peuplades du littoral, et l'expansion Franque se fit vers le sud au VI ème siècle, contribuant à marginaliser la Morinie oubliée au sein du royaume. Elle ne commença à y être véritablement intégrée que dans la première partie du VII ème siècle, avec la nomination d'un évêque, Omer, homme de confiance du souverain, comme le suggèrent les sources, sur des réseaux laïques ( les grands aristocrates locaux ) et ecclésiastiques ( les moines colombaniens ).

Source
Thérouanne et son diocèse jusqu’à la fin de l’époque carolingienne 2000 pages 377 à 406 ICI


Omer son lieu de naissance

Saint-Omer

a tradition ancienne fait naître Omer, ainsi que Bertin en alémanie, dans un lieu nommé Guildindal, la vallée d’or, proche de la ville de Constance ( Jean d’Ypres, Chronica monasterii Sancti Bertini, I, 1, MGH, SS, t. 25, p. 759 ). Mais le lieu de naissance d’Omer est sujet à controverse. Si l'on a longtemps admis qu’il s’agissait de la ville de Constance en Allemagne actuelle, cette hypothèse a été remise en question depuis l’édition de la Vita Audomari, Bertini et Winnoci par W. Levison, 1910, notes 3 & 4 p. 754, où ce dernier identifie la Constentinense regione de la vita avec Coutance en Normandie et considère que l’Aurea Vallis n’est pas Guldindal mais Orval. Cette identification est accréditée par Justin Deschamp de Pas (1922-1929), ainsi que par Henri Leclercq (1936), ou encore par Ch. Mériaux, 2000, n. 38, p. 388 et B. Delmaire, 2023, p. 19. D’autres maintiennent la provenance allemande tel L. Delisle, qui considère que c’est sans fondement qu’on rapporte au diocèse de Coutances la naissance d’Omer en se référant aux Gallia Christiana, X, p. 1529 : « propre Constantian urbem ad Rhenum » qui reprend l’information de la vita attribuée à Folcard (v. 1060) et reprise dans les Acta Sanctorum (sept., II, p. 605). L’un des principaux arguments contre la provenance normande étant le lieu d’entrée en religion d’Omer, Luxeuil, qui est de fait bien plus proche de Constance que de Coutance. Argument balayé un peu légèrement par H. Leclercq qui se contente de donner l’exemple de l’irlandais Potentin, compagnon de Colomban, qui s'établit avec lui à Luxeuil avant d’en être expulsé avec son maître et sa communauté vers 610 suite au conflit avec Brunehaut et qui, après une errance le long de la Loire, fonde un monastère près de Coutance ( institution dont il ne reste par ailleurs aucune trace ). On contre-argumentera que traverser le pays pour fonder une abbaye par suite d’une expulsion politique n’est pas du tout une motivation comparable au choix d’entrer en religion suite à la mort de sa mère comme ce fut le cas d’Omer. H. Leclercq, prétend également « il n’y a, avant le VIIe siècle, plus ou moins avancé, aucune mention d’évêché soit à constance, soit dans une localité rhétique du voisinage », or l’évêché de Constance est fondé dans les années 590-600 avec pour évêque Maximus ( dernier évêque de Windisch au moment où le siège de l'évêché aurait été déplacé à Constance par Dagobert 1er ). Helmut Maurer, 2016, précise « La ville se trouvait à l'intersection de deux zones situées de part et d'autre de l'ancienne frontière du Bas-Empire sur le Rhin et le lac de Constance : dans l'une, au sud, il est possible que des communautés chrétiennes aient survécu ». On peut donc tout à fait considérer qu’il y avait bien une communauté de chrétiens dans la région.
Bref, le dossier ne nous semble pas encore clôt.


Omer moine de Luxeuil fondateur de Saint-Bertin

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Où qu'il soit né, ce qui est certain c'est qu'il est entré en religion à Luxeuil avec saint Bertin quand le roi Dagobert lui confia le siège épiscopal de Thérouanne ( de 630 à 639 ), ville encore largement païenne. Omer rechristianisa la Morinie ( ce qui correspond a peu près à l'Artois, la Flandre et une partie de la Picardie ). Il fonda l'abbaye de Sithiu qui prendre plus tard le nom d'Abbaye Saint Bertin et deviendra le berceau de la ville de Saint-Omer. Aucune source ancienne n'existe concernant des évêques ou missionnaires sur le territoire des Morins avant 630. Omer est le premier représentant de l'église à cette date attesté par des écrits du XII ème siècle ( Lambert Abbé de Saint-Bertin ). La venue d'Omer est une décision du pouvoir royal, car les moines de Luxeuil, vivant selon la règle irlandaise de Saint Colomban avait une très bonne réputation. Le roi le fit sacrer évêque de Thérouanne par Achaire, évêque de Tournai. Pour mener à bien sa tâche, trois de ses frères vinrent le rejoindre : Momelin, futur évêque de Noyon-Tournai, Bertram futur abbé de Saint-Quentin. Bertin qui fut le premier abbé de Sithiu.


Omer évêque de Thérouanne

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'œuvre d'évangélisation entreprise par saint Omer en Morinie eut comme base principale l'abbaye de Sithiu, grâce aux libéralités d'un seigneur local, Adroald, converti par Omer. Néanmoins, il semble qu'à l'origine il y ait eu trois bâtiments : un monastère bas, qui se transformera rapidement en abbaye ( de Saint-Bertin proprement dite ), une église sur les hauteurs dédiée à Sainte-Marie. La dernière mention concernant Omer date de l'an 667. Il mourut vers l'an 669 à Wavrans, et son corps fut ramené à Sithiu par Bertin et inhumé en l'église de Sainte-Marie.


Omer évangélisateur des Morins

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près le décès d'Omer, la conversion des Morins se poursuivit, sous le patronnage des évêque des Thérouanne, suppléé notamment par les moines de Sithiu et de Bergues, parmi lesquels on compte notamment : le breton Saint Josse, fils du roi Juthaél de Domnonée, Vulmarus, Bertulfus, Maurontus, Saint Vulganius, Saint Luglius et Saint Luglianus, enfin l'énigmatique Silvinus ( classé parmi les évêques de Thérouanne ) dont seule l'hagiographie nous a conservé la mémoire. C'était, croit M. van Werveke, un chorepiscopus , dont l'activité doit se placer sous l'épiscopat de Ravenger et Erkenbodon. Les conditions dans lesquelles se fit l'évangélisation importent surtout : Ce fut l'œuvre de missionnaires isolés venant de Bretagne, d'Irlande et de Toulouse. Un fait remarquable, qui a puissamment aidé à convertir le pays, c'est la collaboration des missionnaires avec les grands propriétaires. Les domaines de ceux-ci étaient très étendus et éparpillés. Le missionnaire séjournait durant quelques années sur telle terre du grand domaine, y bâtissait une église, parfois un monastère, y formait des disciples. Il se transportait ensuite dans une autre partie de ce domaine, et toujours aidé du grand propriétaire, recommençait à évangéliser. Les centres domaniaux auraient donc servi de base à la propagation de la foi. Il arrivait également que le missionnaire devînt lui-même propriétaire et que son domaine servît de centre à l'œuvre de conversion. A la fin du VII ème siècle, le diocèse était tout entier couvert de pareils centres d'évangélisation. Au VIII ème siècle, cette mission était terminée.

Source
Persée revue du nord 1927 Nowé H. Une étude récente sue l'évêché de Thérouanne. In: Revue du Nord, tome 13, n°49, février 1927. pp. 45-56 ICI


Culte d'Omer et de Bertin

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es deux personnages, Omer et Bertin ont mené une évangélisation de grande envergure de leur vivant. À leur mort, ils accédèrent au statut de patrons célestes du diocèse. Un des principaux miracles post mortem attribué à Omer est d'avoir délivré un prisonnier en Terre Sainte vers 1103 : vous pouvez consulter le document archivé à la bibliothèque numérique d'agglomération de Saint-Omer ICI.
Les deux hommes furent inhumés à Sithiu : Omer à Sainte­Marie et Bertin à Saint-Martin ( 01 ). Les moines, dès le début du VIII ème siècle, s'empressèrent d'encadrer leur culte naissant. Dès 723, un certain Rigobert effectue une donation à Sithiu dont les noms des saints patrons sont précisés : Pierre et Paul, Martin et Omer, sanctus confessoris atque pontifex. La sainteté de Bertin n'est pas encore signalée expressément - la charte le qualifie de dominus - mais l'on précise néanmoins que son corps reposait sur place. Vingt ans plus tard, en revanche, la donation du prêtre Félix est faite au nom de saint Bertin à la suite des saints apôtres et de Martin. Par la suite, le formulaire alterne les expressions privilégiant l'un ou l'autre des saints patrons ou en les associant. En tout cas, il est important de souligner que leur culte est déjà bien établi dans la première moitié du VIII ème siècle ( 02 ).
C'est aussi dans ce sens que 1'on peut relever la mention de ces pêcheurs de Saint­Maurice d'Agaune dont la Vie tripartite affirme qu'ayant relevé leurs filets une nuit de Pâques ( ils étaient seuls et, pour cette raison, la pêche fut abondante ), ils se retrouvèrent subitement paralysés une fois rentrés au port, privés de l'usage de leurs pieds, l'un ayant de surcroît perdu l'ouïe et les deux autres l'usage de leurs mains. Le premier demanda alors à se faire porter auprès de loca sancta. Il fut guéri à Saint-Bertin au moment de la lecture de l'Évangile ( 02 ). On sait que Saint-Maurice possédait des biens dans la basse vallée de la Canche dans le courant du X ème siècle à Brimeux, à l'endroit où la voie romaine Amiens-Boulogne traverse la Canche, et à Verton, dans les bas-champs du littoral, mais la présence des moines d'Agaune est attestée dès 866 par les Miracles de saint Wandrille. L'auteur, rapelle en effet que les saints de Fontenelle ont permis la guérison d'un frère et d'une sœur dépendant de l'abbaye valaisienne ( de Pago Pontivo etfundo Bladulfi villa, pertinens ad monasterium Sancti Mauritii ). On peut donc raisonnablement penser que les moines d'Agaune entrenaient aussi sur place ( ou faisaient ponctuellement travailler ) des pêcheurs. Les Miracles de saint Vaast signalent d'ailleurs la rude concurrence que pouvaient se livrer au IX ème siècle les embarcations affrétées à Quentovic de toute évidence par les grands monastères possessionnés dans les environs.

Source
( 01 ) Diplomata belgica, éd. ÜYSSELJNG/KocH, n° 3, 11 ( privilège d 'Omer de 663 ); Vita Audomari Bertini et Winnoci, éd. LEVJSON, c. 10, 759-760 (Omer) et c. 21, 768-769 (Bertin); Folcuin, Gest abbatum Sithiensium, éd. HoLoER-EGGER, c. 3, 609 (Omer) et c. 16, 611 (Bertin).
( 02 ) Gallia irradiata Saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Âge - Charles Mériaux - 2006 - pages 173 à 177.


Le culte d'Omer après la séparation de la communauté

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es Gesta de Folcuin développent abondamment la manière avec laquelle ont été introduites à Sithiu les idées réformatrices de Louis le Pieux ( 01 ). C'est, en effet, le chancelier Fridugise qui reçut la charge abbatiale en 820 et qui procéda à la partition de la communauté de Sithiu en distinguant d'un côté les moines installés à l'abbaye de Saint-Bertin et de l 'autre les chanoines à Notre-Dame de Sithiu. Aux dires de Folcuin, cette séparation fut particulièrement dramatique, non seulement parce qu 'elle amoindrissait les deux communautés - au total les effectifs auraient été divisés par deux ! - mais également parce qu'elle aboutissait à la «destruction de la charité fraternelle des deux monastères. Ce témoignage de Folcuin doit être relativisé car il interprète la partition de Fridugise en fonction de la réforme qui, à l'instigation du comte Arnoul 1er secondé par Gérard de Brogne alors abbé du Mont-Blandin à Gand a profondément divisé et durablement marqué la communauté bertinienne en 944 : une partie des moines, après s'être installée quelques temps à Longuenesse, traversa la Manche et fut reçue par le roi Aethelstan. Mais il semble que Folcuin ait surtout été scandalisé de voir un chanoine - Fridugise l'était - à la tête de la communauté monastique. Folcu1n exagère sans nul doute les effets de la réforme de Fridugise qui s'est borné à séparer la mense abbatiale de la mense conventuelle et à affecter les biens à l'usage de chacune des communautés, dans des proportions qui n'étaient en rien scandaleuses ( deux tiers pour les moines et un tiers pour les chanoines ). Mais il est évident que les tensions ne pouvaient manquer d'apparaître dans un établissement si particulier ou coexistaient deux communautés institutionnellement très dépendantes l'une de l'autre. Folcuin assure néanmoins que le successeur de Fridugise, Hugues, inversa les rapports de force à Sithiu au profit désormais de la communauté monastique. Ceci se traduisit par la nomination d'un moine comme custos à Sithiu. C'est dans ce contexte qu'apparait l'étrange épisode de la tentative de vol des reliques de saint Omer.
Hugues le demi-frère de Louis le Pieux, était son archichancelier et placé par lui à la tête de plusieurs établissements ecclésiastiques, dont Sithiu et Saint­Quentin en Vermandois. Ce dernier établissement semble lui avoir été paticulièrement cher. Il fit construire un nouveau mausolée pour abriter les reliques du saint martyr en 838, on le voit inviter son frère à venir passer solennellement les fêtes de Noë1. Cela permet peut-être de comprendre pourquoi il eut l'idée d'y faire transférer le corps de saint Omer ( c'est ce qu'affirme Folcuin ). Il est probable que les moines de Saint­Quentin avaient encouragé cette initiative ( 01 ). On a pu rappeler que, dans la seconde moitié du VII ème siècle, Ébertram avait été nommé abbé de Saint-Quentin au moment où Mommelin s'installait sur le siège épiscopal de Noyon. Bref, plusieurs indices inscrivent dans un contexte cohérent ce projet de translation que Folcuin fustige trop rapidement en prétendant qu'Hugues - dont il avait auparavant loué l'œuvre à Saint-Bertin - vait été «atteint d'un trait diabolique». Avec la complicité du sacristain de Sithiu, un moine nommé Morus, Hugues fit porter les précieuses reliques à Lisbourg. Il ne put heureusement aller plus loin car les reliques elles-mêmes s'opposèrent à cette translation forcée. La châsse refusa miraculeusement d'être soulevée ( le toppos est bien connu ) et l'évêque Folcuin de Thérouanne arriva à temps en compagnie d'une foule rassemblée à la hâte pour récupérer le précieux trésor, ramené triomphalement au lieu d'où il avait été enlevé. Le retour fut marqué par de nombreux prodiges et, on s'en doute, par la juste punition du sacristain coupable. La mort d'Hugues, au combat en Aquitaine aux côtés des troupes de Charles le Chauve engagées contre Pépin II ( le 14 juin 844 ), est ensuite rapportée par Folcuin, qui introduit de la sorte une implicite relation de cause à effet. Hugues aussi aurait donc été puni par le saint ( 01 ). Folcuin replace l'épisode dans le cadre de la rivalité entre les deux communautés : c 'est, en effet, un moine qui favorisa le projet visant à déposséder les chanoines de leur saint patron. Il est possible que l'entreprise d'Hugues ait été soutenue par d'autres moines comme en témoigne la halte au domaine de Lisbourg dont on peut penser qu'avant 877 il était affecté à la mense conventuelle. Mais quels furent donc les motifs qui purent alors pousser Folcuin à développer si longuement ( au regard des autres passages narratifs des Gesta, sensiblement plus courts ) un épisode qui nuisait à l'image de la communauté monastique ? Le chroniqueur le rappelle rapidement au début de l'épisode. Il s'agit d'expliquer pourquoi les decennovenales de Saint-Bertin conservaient le souvenir d'une translation, fêtée tous les ans au mois de juin. Folcuin ne précise pas le quantième mais il est possible de l'établir à la lecture d'une charte du prévôt de Sithiu, Helecinus, donnée en 1018, «le 6 des ides de juin, c'est-à-dire le jour de la translation du saint Omer», il s'agit donc du 8 du mois. Derrière l'amplification hagiographique, le récit de Folcuin vient justifier l'instauration d'une nouvelle fête liturgique en l'honneur d'Omer. Elle suggère donc la vitalité de son culte. Dans le contexte de la rivalité entre les deux établissements, l'évêque Folcuin eut aussi 1'habilité de ne pas en rester là. Trois ans plus tard, le 16 juillet 846, il procéda à l'élévation du corps de Bertin. On a pu mettre cette cérémonie en rapport avec le passage des Vikings. II nous paraît plus convaincant de la placer dans le cadre d'une certaine surenchère qui avait gagné les deux communautés au sujet de leurs saints respectifs. Mais cett surenchère se faisait à l'avantage de Sithiu dans son ensemble qui recuperrait les fruits de ce rayonnement spirituel sur le diocèse ( 01 ).

Source
( 01 ) Gallia irradiata Saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Âge - Charles Mériaux - 2006 - pages 174 à 177.



Sur la photographie ci-dessous, chapelle saint Omer de la Cathédrale Notre-Dame. Sur l’autel, le reliquaire de la tête du saint Omer qui date de 1803. Les autres ossements ont été profanés et perdus à la Révolution, ainsi que le reliquaire qui les contenait. Le précédent reliquaire était en argent du XV ème, œuvre de Nicolas de Bye. Ce buste en bois doré est l’œuvre d’un sculpteur audomarois de la première moitié du XIX ème, Hermann Cattez ( qui a aussi réalisé l’abat-voix de la chaire ). Ce buste était autrefois conservé dans une niche à l’endroit du bas-relief du chanoine Duriez.

Cathédrale de Saint-Omer|Chapelle Saint Jean Evangéliste|Sur l’autel, le reliquaire de la tête de saint Omer qui date de 1803. Les autres  ossements ont été profanés et perdus à la Révolution, ainsi que le reliquaire qui les contenait.


reliquaire chef de saint Omer| moine à Luxeuil,  quand en 637 le roi Dagobert l'envoya comme évêque à Thérouanne