Chapelle Antoine Wissocq

Vous pouvez facilement repérer cette chapelle sur la vue en plan de la Cathédrale que vous trouverez ci-dessous, en effet, son emprise au sol est colorée en rouge.

Sources Emmanuel WALLET

( 1 ) Cette dédicace ne saurait être bien ancienne. Il parait qu'une confrérie de Saint Martin, dans laquelle on n'était admis qu'en payant sa bien-venue d'une somme de 3o livres, fesait chaque année, et au jour de son patron, chanter une messe prime, à la suite de laquelle chaque confrère et consoeur recevait deux miches ( ou pains blancs ) et deux bouteilles de vin. On lit également dans les Souvenirs de M. Plouvain ( page 762 ) qu'a Douai, à certaine époque de l'année, on distribuait aux clergés de Saint Pierre et de Saint Amé des pains composés de fleur de farine et de lait, que l'on appelait miches.
( 2 ) Ce Pierre Descamps, mort le 24 juillet 1629, fut inhumé près de cette chapelle. (Den. t. 3, p. i53).
( 3 ) Ce tableau d'Arnould de Vuez, est selon Descamps, remarquable, bien composé, drapé comme de Lesueur, mais un peu froid de couleur. Il représente Saint Paul disputant dans l'aréopage : telle est du moins l'opinion de Descamps et la nôtre. Cependant on tient, parmi le clergé de Notre Dame, qu'il a pour sujet Saint Jean au milieu de ses disciples. Cette erreur, provenue sans doute de ce que ce tableau se trouvait jadis à la chapelle de Saint Jean évangéliste, aura donné motif à l'inscription "diligite vos", que l'on y a tracée au-dessus, et qui depuis a trompé plus d'une personne.
( 4 ) A la clef du centre sont les armes particulières d'Antoine de Wissoc, que l'on reconnaît au lambel qu'il a pris pour brisure. Quant aux quatre autres clefs, elles portent : celle du côté de l'orient les armes pleines de la famille et les trois autres, les armes des diverses branches de cette famille, lesquelles se distinguent à leurs brisures différentes.

Son Histoire

Voila la description qu'en fait Emmanuel WALLET ( professeur de dessin à l'ecole d'artillerie et à l'école de peinture de la ville de Douai, ancien officier du génie militaire, membre de la Société des antiquaires de la Morinie ) dans son ouvrage daté de 1839 "Description de l'ancienne Cathédrale de Saint-Omer"

Ce nom lui vient de son fondateur Antoine de Wissocq, chanoine, mort en 1450, dont on aperçoit au fond le tombeau, que nous décrirons particulièrement à la Planche VIII ( fig. 9 ). Cette chapelle paraît également avoir été dédiée à l'évêque Saint Martin ( 1 ). Elle est décorée d'une riche fermeture de marbre et d'albâtre, élevée en 1621 par les soins de l'archi-prétre Pierre Descamps ( 2 ), et d'un tableau d'autel, provenant, comme nous l'avons dit, de la chapelle D ( 3 ). Sa voûte, de même qu'à la lettre L, se divise en plusieurs compartiments, au moyen de nervures qui aboutissent à cinq clefs et celles-ci portent chacune des armoiries de la famille des Wissocq ( 4 ).


L'abbé Augustin Dusautoir dans son ouvrage de 1903 intitulé "Guide pratique du visiteur" nous apporte les précisions suivantes :
La chapelle dite de Wissocq, est aussi appelée d'Antoine de Wissocq parent du fondateur de l'hospice Saint-Jean et bienfaiteur de cette chapelle. Sa clôture de marbre est due à la générosité du chanoine Pierre Descamps et date de 1621. Son linteau porte deux statues anciennes, celles de la Sainte Vierge et de Saint Jean tenant un calice. La statue de Sainte Claire est moderne. L'autel de style gothique est surmonté de trois statues modernes offertes par le clergé paroissial et les fidèles et représentant Saint Jean, Saint Augustin et Sainte Madeleine. ' L'écusson de la famille de Wissocq est répété quatre fois aux clefs de voûte, et celui du défunt occupe la clef centrale. Au fond de la chapelle on aperçoit un magnifique tombeau en marbre noir enté dans la muraille. Antoine de Wissocq mort en 1405 y est représenté couché sur la dalle, la tête placée sur un coussin et abritée d'un dais cantonné de son blason. Au-dessus un tryptique sur bois reproduit la Mère du Sauveur dans la gloire XVI ème siècle. Panneaux peints dont un armorié. Sommet chantourné en forme d'accolade. Sur l'un des volets on voit le donateur Jean THORION avec son Patron. Le revers des volets porte la scène de l'Annonciation. Panneau gauche : saint Jérôme dans le désert. Panneau central : Vierge glorieuse. Panneau droit : le chanoine Jean Thorion et son saint patron, saint Jean-Baptiste. Le tryptique fermé présente une Annonciation.
Enfin le tableau placé au-dessus du confessionnal représente Saint Paul discutant au milieu de l'aréopage d'Athènes. Ilest l'œuvre d'Arnould de Vuez. A l'extérieur, à gauche de la clôture, on remarque un charmant bas-relief en albâtre, de l'école flamande "LA VIERGE MÈRE A BETHLÉEM", sur la droite, dans un autre bas-relief également en albâtre, un Ange éveille Saint Joseph pour l'avertirt qu'il est grand temps de fuir en Egypte - Ces deux groupes sont de l'époque de la Renaissance.


Septembre 2020 : informations fournies par Anne Pierard concernant le tryptique situé au dessus de la pierre tombale.
Tryptique de Jean Thorion vers 1500 – 1520 Tradition des dignitaires d’Eglise pour assurer leur souvenir. Peint avant sa mort, le tableau était dans sa maison.
L’ŒUVRE : retable de grande qualité, l’un des plus précieux de la cathédrale, classé Monument Historique en 1908, restauré en 1971, au Trésor du Musée d’Arras, puis au Musée Dupuis en 1981, puis retour à Arras. Retour à Saint-Omer le 20 juin 2019. A l’origine semble avoir été conservé dans la chapelle Saint-Nicolas (donnant sur la troisième travée du croisillon sud du transept).
Panneau central : Vierge à l’enfant installée en gloire dans le ciel. Elle est dans un halo d’or en forme de mandorle qui incarne cet espace abstrait, irréel qu’est le monde du divin. Elle est couronnée et vêtue d’un manteau bleu. Assise sur un arc-en-ciel. Entourée de têtes d’angelots. Deux anges aux coins supérieurs lui offrent chacun un lys blanc. Influence italienne. Au second plan un buisson de roses à gauche et un buisson couvert de fleurs champêtres à droite.
Volet droit : blason du donateur dans le paysage en haut et au bas du cadre. Paysage clos par une barrière d’arbres (traitement du feuillage typique de l’art flamand). Un cerf. Saint Jean Baptiste dont on remarque le visage émacié, est vêtu d’une tunique et d’un manteau rouge. Sur son phylactère : Ecce Agnus Dei. Il présente le donateur Jean Thorion portant une tunique rouge et un surplis, l’aumusse sur son bras. Il est agenouillé en prière devant la Vierge du panneau central. Son visage est encore jeune, il est représenté bien avant son décès.
Volet gauche : Saint Jérôme est vêtu d’une tunique de bure et tient dans la main ce qui semble être une pierre de contrition. Il contemple un petit tableau de dévotion représentant le Christ en croix, entouré de Marie et de Saint Jean, tableau qu’il a accroché dans le feuillage. Dans une lettre Saint Jérôme dit avoir gît aux pieds du Christ et les peintres en font souvent cette interprétation, devant une image du Christ. Il a posé à terre son habit de cardinal. A ses pieds le lion son attribut l’accompagne (Parfois on représente saint Jérôme retirant une épine du pied du lion). A l’arrière, paysage de collines et d’arbres animé par un édifice religieux (une chapelle au lieu de la grotte de pénitent de saint Jérôme). Dans le lointain un mont et un château. Saint Jérôme est le traducteur de la Vulgate (en latin), il a propagé l’idéal monastique. Comme le donateur a une fonction sacerdotale ce choix de Saint Jérôme n’est pas surprenant.
Inscription latine (= épitaphe) au bas du retable :
« Hac Joannis inest Thorionis tellure cadaver » / Sous cette terre repose la dépouille de Jean Thorion
« musica qui pueris dogmata plura dedit » / qui donna aux enfants de très nombreuses leçons de musique
« Quem maii dissoluens vincula duri / et que la mort blême, rompant les liens du corporis eripuit pallida mors oculis » / cruel, a arraché à nos yeux de chair.
« Hunc igitur plangant juvenum senumque caterve » / Que les foules de jeunes et de « cum madeant lacrimis flebilibusque simus. » / vieillards le pleurent donc, en trempant leur sein de larmes affligées.
« In sublime patris. Regum volet astra tenus » / Qu’il s’envole vers le céleste royaume du Père jusqu’aux étoiles,
« nec pigeat. Quemquam fundere queso preces. » / Et que personne ne rechigne, je vous le demande à prier pour lui.
Revers : Annonciation. L’intérieur est dépouillé de toute architecture, il est uniquement suggéré par un tapis rouge sur lequel est posé un vase de lys. Rouge presque identique à celui du fond. La Vierge est agenouillée devant un pupitre, un livre de prières posé devant elle. La main droite posée sur la poitrine elle semble acquiescer aux paroles de l’ange. Elle tient de la main gauche un pli de son manteau. Plis comme entaillés dans le bois. L’ange Gabriel plane les ailes déployées. Représentation exceptionnelle dans la peinture française du XV. Sur le phylactère de l’ange : « Ave gratia plena, Dominus tecum. » La Vierge reçoit les rayons divins venus de la nuée représentée dans la partie supérieure de l’accolade et de laquelle descend la colombe du Saint-Esprit. Sur le phylactère de la Vierge : « Ecce ancilla domini fiat michi secondum verbum tuum. »
LE PEINTRE : Très probablement un peintre local. Style des primitifs flamands de l’actuelle France du Nord (= Pays-Bas du Sud). Le paysage et les arbres sont bien dans la tradition flamande. Grande qualité d’exécution. Deux peintres audomarois pourraient correspondre à ce profil : David de Sauti ou Michel le Tieulier.
LE DONATEUR : 1483 : Un maitre du musique du nom de Jo Torion noté à l’église de l’Annonciation du couvent florentin des servites. Musique qui avait un rôle très important dans la liturgie et de grande qualité. Les chanteurs florentins étaient payés autant que ceux de la chapelle papale. Arnolfo di Francia avait été envoyé en France par Laurent le Magnifique pour recruter des chanteurs à la collégiale Saint-Amé de Douai à partir de 1485. Il était maître de chant et des enfants de chœur de la collégiale à la fin du XV et début XVI. Il est cité régulièrement dans les comptes entre 1492 et 1528. En 1501 Erasme loge à l’abbaye Saint-Bertin. Il écrit de la part de l’abbé Antoine de Berghes au Cardinal Giovanni de Medici (futur Léon X, mécène fastueux à l’origine de la querelle des indulgences) . Il envoie au cardinal deux chants composés par le « chef de l’art musical dans notre ville » qui « a été élevé dans la famille des Médicis ». Il est décédé après 1547.
RECEMMENT : en 1892 Loriquet place le triptyque dans la cinquième chapelle du bas-côté Sud de la cathédrale, dans la chapelle où se trouve le gisant d’Antoine de Wissocq.
En 1903 l’abbé Dusautoir consacre quelques lignes au triptyque dont il précise l’emplacement au dessus du « magnifique tombeau de marbre noir d’Antoine de Wissocq » En 1926, dans son livret de « visite de la basilique », Justin de Pas décrit soigneusement le triptyque dans la « Chapelle dite de Wissocq ». Le catalogue de l’exposition « Trésors des églises de l’arrondissement de Saint-Omer » (1992) nous indique que le tableau a été restauré en 1971, puis transporté au trésor de la cathédrale d’Arras. D’après ce document, il aurait été déposé à partir de 1981 au Musée Dupuis. A cette date, le catalogue l’indique comme y étant encore. Un document nous prouve que le tableau a été restauré en 1995. « Saint-Omer gothique » de Gil et Nyls nous indique en 2004 que le tableau est dans le Trésor de la Cathédrale d’Arras. Il revient à la cathédrale de Saint-Omer en juin 2019. Il retrouve sa place dans la chapelle de Wissoq au dessus du gisant. Dans les feuillages de pierre au-dessus du tableau on remarque une chenille.
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Septembre 2020 : informations fournies par Anne Pierard concernant le tryptique ornant le mur gauche de la chapelle : l'adoration des bergers.
DATE ET AUTEUR : Conception et style archaïques. On le situerait vers 1570 – 1580 alors que le chanoine est décédé bien plus tard. Probablement un maître local.
DESCRIPTION : huile sur bois.
AU CENTRE : l’adoration des bergers. Le fond du paysage avec ruines. Beaucoup d’émotion et d’intensité dans le regard et l’attitude des bergers.
VOLET GAUCHE : saint Adrien reconnaissable à son enclume sur laquelle on lui trancha les mains. Officier romain et martyr en 306. Epée dans la main droite et enclume dans la main gauche.
VOLET DROIT : en orant-donateur le chanoine Adrien de Hennin, chanoine depuis 1605 et mort en 1640. On reconnait son surplis et son aumusse en petit-gris.
AU REVERS : volet gauche Saint Omer et sa mitre, volet droit Saint Bertin et son bateau. Cela confirme la provenance locale.
CADRE : d’origine, chantourné dans la partie supérieure.
EMPLACEMENT : 1903 (abbé Dusautoir) : chapelle Saint Maxime.
1923 (Justin de Pas) : chapelle Saint Maxime.
1969 : Chapelle Sainte Aldegonde ( Vierge à l’enfant) , mur du fond.
1897 Classé monument historique, à partir de 1975 restauré à Paris.



Cathédrale de Saint-Omer|Chapelle wissocq


Cathédrale de Saint-Omer|Chapelle avancée saint-martin


Chapelle wissocq
Chapelle wissocq, triptyque adoration des bergers
Cathédrale de Saint-Omer Chapelle wissocq
Cathédrale de Saint-Omer Chapelle wissocq
Cathédrale de Saint-Omer Chapelle wissocq
Cathédrale de Saint-Omer|Chapelle wissocq
Cathédrale de Saint-Omer | Chapelle wissocq | TRIPTYQUE DE JEAN THORION vers 1500 – 1520
Cathédrale de Saint-Omer|Chapelle wissocq

Photographe

Montage & Photographies Les Amis de la Cathédrale

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