Hérésies antiques
L’Église catholique définit les hérésies ces termes : « L’hérésie est la négation obstinée, après la réception du Baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité. »
Simon le magicien
es chercheurs et historiens se sont accordés sur le fait que Simon le magicien soit le précurseur en matière d'hérésie. Selon Eusèbe de Césarée, saint Irénée, et Basilide c'est le père des hérésies ! Simon fut accusé de simonie, débauche, gnosticisme et sorcellerie. Nous ne connaissons presque rien de ce personnage à part une courte description dans le livre des 'Actes des Apôtres' ainsi que dans certains écrits apocryphes ( Actes de Pierre, homélies pseudo-clémentines ). Pierre viendra à bout de Simon au terme d'une démonstration publique de Thaumaturgie et, ce, en présence d'une foule considérable et du sénat Romain. Les deux hommes se livrèrent un combat par prodiges interposés, mais c'est Pierre qui aura le dernier mot par ses prières qui précipitèrent Simon sur le sol alors que ce dernier était en lévitation ! La foule impitoyable lapida Simon le magicien.
Nazôréens, Elkasaïtes ...
’histoire de la Chrétienté est restée longtemps le domaine réservé des ecclésiastiques qui assimilaient l'histoire de l'humanité à celle de la religion définie par les Chrétiens Catholiques puis Romains. L'œuvre
d'Eusèbe de Césarée, le « Père » de l'Histoire ecclésiastique au IV ème siècle en est une illustration parmi beaucoup d’autres. Puis la Chrétienté se substitue à l’Empire romain, l’accent est mis sur la « le renouveau religieux » instituant une rupture avec le Judaïsme.
Le véritable Israël se substitue à l’ancien Israël.
Rappel historique :
Nous sommes donc au jour de la mort de Jésus sur la croix, vraisemblablement le vendredi 03 Avril 33 de notre ère ( calendrier Julien ). C’est la débandade des disciples terrorisés : « tous l’abandonnèrent et s’enfuirent », précise Matthieu ( 26, 56). Le crucifié du Golgotha restait en la seule compagnie de sa mère, de Jean et de quelques femmes. À la veille d’un chabbat, on procéda dans les plus brefs délais à l’inhumation, car la ville sainte ne devait pas être polluée par des cadavres sans sépulture. Montés à Jérusalem pour la célébration de la Pâque, disciples et parents de Jésus durent regagner leur Galilée, fort perturbés : « Nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël » (Luc 24, 21). Pierre qui avait charge de famille et André son frère, les fils de Zébédée retrouvèrent leurs filets, Matthieu son bureau des impôts etc… Et c’est donc en Galilée que les Évangiles situent nombre des rencontres entre Jésus « ressuscité » et ses disciples. Ces apparitions sont les éléments fondateur de la nouvelle religion, elles figurent toutes dans le nouveau testament dans la première épître de Paul aux Corinthiens (1Co 15, 1-11). Puis disciples et parents de Jésus reviennent à Jérusalem. La grande question que nous sommes en droit de nous poser est : qu’est-ce qui a poussé les compagnons de Jésus à se regrouper de nouveau avec Marie sa mère et avec ses frères ? Jérusalem, une ville qu’ils connaissent mal, et très hostile à Jésus, eux-mêmes inquiets pour leur vie. Cette question reste sans réponse. La tradition fixe sur le Mont Sion au sud de la ville l'endroit où ils se regroupaient pour la prière, sans pour autant oublier de fréquenter le Temple (Ac 2, 46). Peut-être parce que ceux qui attendaient la restauration du royaume d’Israël (Ac 1, 6 - Lc 24, 21) ne pouvait envisager qu'un retour imminent dans la ville ou il était décédé. Ce groupe s’est structuré autour de Pierre, Jacques le frère du Seigneur et Jean, ils furent une douzaine de membres actifs dans cette communauté à attendre le retour du Christ. Au sein de cette communauté qui enseigne et prie (Ac 2, 42), sans pour autant rompre avec le culte du Temple (Ac 1, 46 ; 3,1) règne une certaine discorde. Cette communauté présente une forte coloration eschatologique : elle attend les derniers jours, et le retour du Christ. A plusieurs reprises dans les Évangiles et dans les Actes des Apôtres le terme de nazaréen est utilisé pour caractériser Jésus le nazaréen ou Jésus de Nazareth (Ac 2, 22 ; 6, 14 ; 22, 8 ; 29, 6 ; Mc 2,23 ; 26,71 ; Lc 18,17 ; Jn 18, 5, 7 ; 19,19, etc). Un texte rapporte que Paul comparaissant devant le procurateur romain Félix, Tertullus avocat du Sanhédrin, formule ainsi son accusation à l’encontre de Paul : « Nous avons découvert que cet homme était une peste, qu’il provoquait des émeutes parmi tous les Juifs du monde et que c’était l’un des chefs de la secte des Nazaréens (Ac 24, 5), ce que Paul reconnaît lui-même peu après : Je suis au service du Dieu de nos Pères, selon la Voie qu’eux qualifient de secte » (Ac 24, 24). Plus tard, des narrateurs chrétiens nous affirmeront que ce terme de nazaréen ou nazoréen a constitué la plus ancienne dénomination des disciples de Jésus. Eusèbe écrit : « Nazareth. Sur la base de ce nom, le Christ fut appelé nazaréen et nous qui sommes présentement dénommés chrétiens avons reçu dans le passé le nom de nazaréen. Épiphane de Salamine confirmera : Tous les chrétiens étaient autrefois appelés nazoréens. L’étymologie de nazaréen ou nazoréen aujourd’hui n'est pas figée. Pour certains, il constituerait une dérivation du mot hébreu nazir qui veut dire ascète : comme Jean le Baptiste. Pour d’autres, il viendrait d’une racine hébraïque et voudrait dire observant scrupuleux. Chez les disciples, on aurait procédé à une réinterprétation symbolique du terme à la lecture d’un verset du prophète Isaïe: « Un rejeton sortira de la souche de Jessé » (le Père du roi David), un surgeon (netzer en hébreu) de ses racines (Is 11, 1). De cette façon aurait été « justifiée » a posteriori la qualité messianique de Jésus dont les disciples seraient alors des messianistes, des Juifs radicaux qui croyaient que Jésus était le Messie attendu pour restaurer le royaume d’Israël (Actes 1, 6). La dénomination nazaréen n’a pas retenu particulièrement l’attention des chercheurs. Depuis l'âge d'or des nouvelles interprétations religieuses, dès 1830, on a pris l’habitude d'utiliser le terme de judéo-Chrétiens. À leur époque, les Notzrim/Nazaréens ne se sont pas demandés s'ils étaient ou non Juifs. C'est pourquoi, ainsi que le souligne avec pertinence J. Taylor la dénomination « judéo-chrétien », est particulièrement inappropriée voire perverse.
De nos jours ce terme recouvre :
• un Chrétien d'ascendance juive - sens ethnographique
• un membre de la communauté primitive de Jérusalem - point de vue chronologique et géographique
• un Chrétien de culture juive réfléchissant ses convictions en fonctide ses propres référents culturels ataviques, sémitiques aussi bien qu'hellénistiques - point de vue culturel
• un Chrétien cherchant à allier un Judaïsme de stricte observance à sa fidélité à Jésus messie, mais non fils de Dieu – ébionites et autres sectes apparentées – sens doctrinal.
Par ailleurs, le concept de nazaréen a manifestement connu une
évolution et il paraît anachronique d’utiliser les textes d’Eusèbe ou d’Épiphane qui datent du IVe siècle pour parler des disciples de la communauté primitive. Récusant le terme judéo-chrétien, nous privilégions le concept nazaréen pour désigner une entité propre :
• qui se différencie au sein du Judaïsme des débuts de notre ère comme un courant, une secte parmi d'autres
• qui se distingue du Christianisme paulinien ou d'expression hellénistique :
– par son enracinement juif et son interprétation de l'Écriture.
– par sa pratique des préceptes de la Torah, ce qui leur vaudra la dénomination de « judaïsants » de la part des Chrétiens de culture hellénistique.
– par sa façon de penser et de s'exprimer plus fonctionnelle que spéculative, plus historique que métaphysique.
– par sa conscience de constituer le Verus Israël, l’Israël authentique de l’ère eschatologique, comme la communauté essénienne prétendait déjà l’être.
e terme d’hellène se définie plus facilement, il désigne après les conquêtes d’Alexandre tous ceux qui, dans le bassin oriental de la Méditerranée, sont détenteurs d’une culture propre à telle ou telle région plus ou moins teintée de culture grecque et qui s’expriment dans leurs rapports avec les autres peuples dans un grec abâtardi que l’on appelle la koinè. Au début de notre ère en Palestine, le grec est pratiqué par différentes catégories de personnes. En premier lieu, par les non Juifs, habitants de Cités comme Césarée la capitale provinciale, ou les cités de la Décapole autour du lac de Tibériade et en Transjordanie. Ensuite, par des Juifs venus de la diaspora pour un temps, ou revenus s’installer en Palestine après un séjour en diaspora. Enfin, par une certaine élite politique autour des Hérodes, ou par des intellectuels. Il est toutefois à souligner que Josèphe a composé une grande partie de son œuvre dans sa langue maternelle, l’hébreu, et qu’elle fut traduite rapidement en grec à l’intention de ses lecteurs non-Juifs. Paul est un autre exemple qui ne dut pas être un cas d’exception, capable de s’exprimer en hébreu pour la liturgie ou l’étude, en araméen pour s’adresser à ses compatriotes (Ac 21, 40), en grec enfin (Ac 21, 37).
roupe religieux judéo-chrétien marginal, à partir de la seconde moitié du II ème siècle, par les écrits d'Irénée. Plusieurs hérésiologues chrétiens, dont Épiphane de Salamine, continuent à y faire référence jusqu'au V ème siècle, sans les avoir connu. Pour une partie des chercheurs, il s'agit du même groupe que les nazôréens du IV ème siècle décrits par Épiphane bien que ce point soit contesté par Simon Claude Mimouni. Contrairement aux nazôréens, qui croient en la divinité de Jésus de Nazareth, les ébionites embrassent une christologie de type adoptianiste : pour eux, Jésus est simplement un homme qui, en raison de son observance de la Torah, a été choisi par Dieu pour être le dernier et véritable prophète qui annonce le Royaume de Dieu. Des découvertes archéologiques semblent confirmer les écrits des Pères de l'Église qui au ive siècle situent des ébionites en plusieurs endroits de Transjordanie. Ils disparaissent de cette région au cours du V ème siècle, victimes des persécutions du pouvoir romain.
Les elkasaïtes, ou elcésaïens
e sont les embres d'une secte religieuse judéo-chrétienne baptiste et syncrétique de tendance gnostique, relevant aussi bien du judaïsme que du christianisme. Ce nom vient de leur fondateur, nommé « Êlkhasaí » (Ἠλχασαΐ) par Hippolyte, « Elksai » (Ἠλξαί) par Épiphane, et « Elkesai » (Ἐλκεσαΐ) par Eusèbe et Théodoret. Il s'agit apparemment d'un mouvement de chrétiens d'origine juive qui a émergé au II ème siècle et a disparu au X ème siècle. Ses origines sont très controversées. Le mouvement est d'abord signalé en Mésopotamie, avant que certains Pères de l'Église ne dénoncent l'action de missionnaires elkasaïtes dans l'Empire romain au début du III ème siècle. À la même époque, des groupes d'elkasaïtes existent dans l'Empire perse puis, au IV ème siècle, sous l'appellation d'« osséens » ou de « sampséens », en Palestine au-delà du Jourdain, en Nabatée, en Iturée, en Moabitide, en Ariélitide et en Pérée, sur les territoires à l'est de la mer Morte. La secte revendique son nom du personnage portant le nom d'« Elkasaï », dont l'historicité fait encore débat de nos jours et dont nous connaissons de multiples graphies, notamment chez les hérésiologues chrétiens écrivant en grec. La légende du livre d'Elkasaï (ou Apocalypse d'Elkasaï), aujourd'hui disparu, n'est connue que par les hérésiologues qui la transmettent oralement : pour les disciples d'Elkasaï, ce livre était descendu du ciel. Certains auteurs croient retrouver des passages de ce livre dans la « Vita Mani », livre de référence du Manichéisme.
Elkasaï pourrait initialement avoir été un nazôréen-ébionite qui, en effectuant une prédication au sein des « osséens », aurait formé un nouveau mouvement se désignant sous le nom de « sampséens », mais que les auteurs chrétiens désignent sous le nom d'« elkasaïtes ». L'elkasaïsme donnera plus tard naissance au Manichéisme.
Les ébionites
es Nazaréens, comme tous les Juifs, n’ont plus le droit de résider à Jérusalem dès 135, suite à un décret d’Hadrien.
Les ébionites (grec : Ἐβιωναῖοι, tr. Ebionaioi ; dérivé de l'hébreu אביונים ebyonim : « pauvres ».
Comme les maîtres juifs, les Nazaréens se replient à cette époque sur la Galilée ou sur le plateau du Golan, ainsi que l’atteste l’archéologie, en Syrie, en Asie mineure, en Mésopotamie ou dans les territoires de Transjordanie.
Rejetés et par le Judaïsme rabbinique et par les Chrétien devenu largement majoritaire et considérés comme judaïsants, les Nazaréens se sont isolés rapidement
dans une sorte de no man’s land. Le renouveau de l’empire perse néosassanide vers 220 et la reprise de l’affrontement entre la Perse et Rome a engendré de nouvelles causes de divergences entre
disciples de culture sémitique et disciples de culture hellénique.
Pour certains historiens modernes, les Nazaréens ont disparu lors de la première révolte juive contre Rome (66-72) ou au cours de la seconde (132-135).
Pour d’autres, le judéo-Christianisme a fini misérablement. Litzman par exemple affirme qu’il s’est éteint silencieusement dans l'indiférence générale.
Mais, pour une grande partie des historiens le courant nazaréen a perduré en se transformant, comme peuvent en témoigner, quelques traces précises :
- les écrits de Tatien le Syrien, Bardessane ou Ephrem le Syrien, font référence à des spéculations qui furent ignorées ou rejetées par le courant majoritaire d’expression hellénistique.
- les Elkasaïtes et certains nazaréens au IV ème siècle furent qualifiés d'« hétérodoxes », c’est-à-dire non conformes à la doctrine de la majorité.
- des traditions liturgiques particulières comme la pratique quarto-décimane de Pâques, en phase avec la pratique juive, qui sera encore condamnée au IV ème siècle.
- de nos jours les liturgies des communautés jacobites d’Irak par exemple se revendiquent de la communauté primitive.
- des traductions dans des langues vernaculaires d’écrits qui proviendraient de la tradition orale reçue des disciples de Jésus.
Les Marcionites
rmateur fortuné, Marcion se rend à Rome vers 140 où il se distingue par ses prodigalités au sein de la communauté chrétienne alors dirigée par l'épiscope Pie.
Se fondant uniquement sur l’Écriture, il développe sa doctrine qui rompt avec la tradition juive : du contraste absolu qu'il décèle entre la Loi juive et l'Évangile, il conclut à l'existence de deux principes divins — Dieu de colère de la Bible hébraïque et Dieu d'amour de l'Évangile — dont celui des textes chrétiens est le Dieu suprême. Celui-ci est le père de Jésus-Christ qui est venu pour abroger la Bible hébraïque et le culte de son démiurge. Pour Marcion, Jésus n'est pas le messie attendu par les Juifs, ni né de la Vierge Marie : il est apparu pour la rédemption d l'humanité à la quinzième année du règne de Tibère sans avoir connu ni naissance ni croissance. En rupture totale avec chrétienté de Rome, il fonde sa propre Église à l'organisation solide et concurrente, ce qui lui vaut d'être considéré par la suite comme l'un des premiers hérésiarques par les auteurs de la « Grande Église ». Le marcionisme se développe essentiellement en Orient, en Mésopotamie et en Perse mais aussi en Occident et non sans connaître des dissidences. Persécutées au cours du IV ème siècle, les communautés marcionites disparaissent définitivement au cours du V èmesiècle.
Textes de la doctrine Marcioniste
es textes de Marcion sont perdus et les éléments concernant sa vie sont connus exclusivement par les écrits de ses adversaires : Justin de Naplouse dans sa Grande Apologie et de manière indirecte dans Syntagma contre les hérésies — œuvre aujourd'hui perdue, à travers les citations qu'en font Irénée de Lyon. et Eusèbe de Césarée. Irénée consacre encore à Marcion une notice particulière et s'y réfère dans de multiples allusions polémiques. La source essentielle sur Marcion reste Tertullien. On a conservé une édition de son Contre Marcion, datée d'environ 210, où il combat la théologie de Marcion et discute du canon d'Écritures marcionite ou encore de nombreux textes des Antithèses : ces polémiques ont permis leur reconstitution, parcellaire et fragile, grâce notamment aux travaux d'Adolf von Harnack. Il existe également d'autres mentions de Marcion et de sa théologie dans les Stromates de Clément d'Alexandrie, dans l’Elenchos du pseudo Hippolyte de Rome ou encore dans le Panarion d'Épiphane de Salamine qui cite des passages du texte marcionite. Plus tard, plusieurs auteurs s'attachent à critiquer les développements ultérieurs du marcionisme : Adamantius dans son Dialogue sur la foi correcte, Éphrem le Syrien dans la Réfutation en prose de Bardesane, Mani et Marcion et enfin Eznik de Kolb dans Sur Dieu.
L'attraction exercée par sa doctrine sont relativement brefs en Occident, par contre, ils sont nettement plus durables en Orient, où les marcionites sont encore fort présents au cours du V ème siècle. Ce n'est qu'à la suite des persécutions Romaines recherchant à tout prix l'unité religieuse de l'empire via l'orthodoxie chrétienne, qu'ils disparaissent en s'intègrant à la l'Église.
La diffusion de la doctrine en Orient est attestée par le fait que l'historien perse des religions al-Shahrastani, au XII ème siècle, lui consacre un développement dans son Kitāb al–Milal wa al-Nihal (« Livre des religions et des sectes»). Le théologien musulman Abd al-Jabbar, dans son Kitāb al-Uṣūl al-khamsah, réfute le marcionisme au nom du monothéisme. Les deux auteurs voient la théorie de Marcion comme une forme de dualisme auquel un troisième élément a été ajouté : lumières et ténèbres sont les deux principes dont le mélange est rendu possible par un troisième.
Au XX ème siècle, cette doctrine est récupéré par les idéologues nazis.
Le Montanisme
e montanisme est un mouvement chrétien hétérodoxe du II ème siècle fondé par Montanus en Phrygie, région de la Turquie actuelle. Il subsistera quelques traces de cette doctrine au V ème siècle. Ce mouvement spontané, tout d'abord indistinct de l’Église d’Ignace d'Antioche, fut ensuite considéré comme hérétique par celle-ci. Ce mouvement, qui se réclamait spécialement de l'Évangile selon Jean, est contemporain du marcionisme. Montanus serait né à Ardabau, un village de Phrygie (Turquie moderne) au II ème siècle après Jésus Christ, vers 160. Chrétien charismatique il s'attacha à deux sœurs, Priscilla (ou Prisca ou Quintilla) et Maximilla. Plutôt que fondateur d'un mouvement religieux chrétien, il propagea un christianisme que ses contemporains nommaient hérésie phrygienne, hérésie cataphrygienne ou encore hérésie pépusienne. Ancien prêtre des idoles (probablement du culte de Cybèle) converti au christianisme, rien ne nous permet de dire qu'il organisa un système ecclésiastique.
Le montanisme apparait au moment où l'Église se structure. Ces chrétiens rejetaient le clergé et toute hiérarchie, pour mieux exalter le martyre. Le mouvement fondait aussi son système de croyance sur la promesse de Jésus à ses disciples de leur envoyer, après sa mort, le Paraclet, l'Esprit de vérité, qui devait les conduire en toute vérité et demeurer éternellement avec eux pour leur enseigner les choses qu'ils n'avaient pu comprendre auparavant dans leurs vies. Montanus se présenta donc comme l'organe du Paraclet. Il ne prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique. Les paroles qu'il proférait étaient non les siennes, mais celles du Paraclet. Ainsi, dans un fragment conservé par Épiphane (au IV ème siècle), et qui lui a été attribué, il déclare : « Je suis venu non comme un ange ou un ambassadeur, mais comme Dieu le Père.
Déclarés hérétiques (peut-être par Éleuthère), le baptême donné par eux fut tenu pour nul. On les accusa même de sacrifier des enfants et d'en partager la chair dans leurs mystères. Les montanistes restèrent donc officiellement réprouvés, quoique sur les points essentiels, ils fussent en communauté de foi avec l'Église. Montanus ne semble pas avoir survécu longtemps à l'œuvre qu'il avait créé. Des récits disent qu'il s'est pendu comme Judas, de même que son épouse Maximilla. Ayant d'abord survécu à sa sœur Priscilla, elle croyait être la dernière prophétesse, la fin du monde devant survenir après elle. Toutes deux furent traitées par saint Jérôme de folles démoniaques. En fait, après la disparition de ces deux femmes, le montanisme aurait pu se « normaliser » et reprendre sa place dans l'Église. Mais il se serait agi alors d'un culte nettement défiguré par rapport à son origine, ce qui n'était pas le souhait du reste de ses membres. Devenue une secte isolée, le montanisme connut son apogée dans la Carthage du III ème siècle, où il fut soutenu par le théologien latin Tertullien. Cependant, au VI ème siècle, le montanisme aurait, dans les faits, totalement disparu, sauf quelques communautés à Pépouza, sommées par Justinien de rejoindre l'orthodoxie. Elles furent l'objet d'une expédition militaire menée par Jean d'Éphèse qui fit détruire ce foyer hérétique ainsi que les tombes de Montanus et de ses prophétesses Maximilla et Priscilla.
Cependant, une secte toujours appelée « Montaniste » apparut au VIII ème siècle, l'empereur Léon III ordonna la conversion et le baptême de ses membres. Ces montanistes refusèrent, s'enfermèrent dans leurs lieux de culte, incendièrent les bâtiments et périrent.
Le Manichéisme
e manichéisme est une religion fondée par Mani au III ème siècle.
C'est un syncrétisme du judaïsme, du bouddhisme, du brahmanisme et du christianisme, rejetant le zoroastrisme la religion de l'empire perse. Le manichéisme a pour fondement une séparation du monde entre royaume de la Lumière et royaume des Ténèbres. Par déformation et simplification de cette croyance, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le Bien et le Mal sont clairement séparés.
Le manichéisme s'introduisit dans l'Empire romain, d'abord en Égypte puis en Afrique, il fit l'objet d'un décret de persécution en 297, en raison de sa popularité, opposée au culte romain traditionnel, et de son origine perse ennemis des Romains. Les décrets de tolérance religieuse de 311 et 313 (édit de Milan), principalement énoncés pour arrêter la persécution contre tous les chrétiens, mirent fin à cette période de persécution. À la même époque, le manichéisme se répandit également dans la péninsule arabique. Les Ouïghours du Khaghanat de l'Orkhon (744-840), protecteurs de la Chine des Tang à la suite de la rébellion d'An Lushan qui s'acheva en 762, se convertirent au manichéisme à l'exemple de leur qaghan Bögü, et leur religion s'épanouit dans ce qui est la Mongolie moderne et le bassin du Tarim jusque vers la fin du Ier millénaire. La dernière branche de cette religion semble s'éteindre au XIV ème siècle en Chine.
Doctrine
n des fondements du manichéisme est de séparer le monde en deux :
le royaume de la Lumière, le royaume de la Vie divine, où s'exprime ce qui est de l'éternité
le royaume des Ténèbres, le royaume de la matière, le royaume des « morts », où s'exprime ce qui est de l'espace/temps
Selon le manichéisme, la Lumière et les Ténèbres coexistaient sans jamais se mêler. Mais à la suite d'un événement catastrophique, les Ténèbres envahirent la Lumière. De ce conflit est né l'homme (naturel), son esprit appartient au royaume de la Lumière et son corps appartient au royaume des Ténèbres, transformant la mort non plus en destruction mais en élévation suprême : la libération de l'esprit.
Selon le manichéisme, l'homme naturel est donc double il possède :
un esprit appartenant au royaume de la Lumière — c'est la partie immortelle de l'humain
un corps appartenant au royaume des Ténèbres — c'est la partie mortelle de l'humain
Si le manichéen provoque une rupture entre son esprit et son corps, il peut espèrer accéder au royaume de la Lumière et fondre sa particule lumineuse aux autres en un immense « karma » (Mani a été fortement influencé par diverses religions préexistantes à la sienne comme le bouddhisme. D'autre part le manichéisme est issu d'une communauté elkasaïte, elle-même produit d'une fusion entre des « osséens » et des Nazôréens de la région de Mésène). Sinon, il renaîtra en un autre corps et devra continuer son cheminement jusqu’à ce que la dissociation soit faite.
Réflexion
Cette doctrine en rappelle une autre qui verra le jour huit siècles plus tard en Bulgarie en Italie et en France : le Catharisme
Les Hérésies modernes
Etat des lieux
u milieu du IV ème siècle, la Chrétienté devient religion d'empire. De minorité persécutée jusqu'en l'an 350 la Chrétienté deviendra majoritaire en l'espace de 50 ans. L'empereur décide de promouvoir cette religion car elle présente l'avantage de ne pas être subversive, bien au contraire elle est gage de stabilité dans tous les royaumes ou elle est majoritaire. Les temples païens seront donc démolis ou serviront d'entrepots de stockage divers sur décision de l'empereur !
L'empire Romain s'appuiera sur cette nouvelle doctrine pour régner. Dans le même temps l'église affinera son dogme, en écartant les écrits farfelus des deux canons testamentaires, et ce, afin de donner plus de cohérance à cette nouvelle religion. Dès l'an 325 au concile de Nicée les Chrétiens se définissent eux même en utilisant le terme 'Catholicus'. A cette date tous les Chrétiens deviennent des 'Catholicus', adjectif qui vient du grec καθολικός (katholikos), qui signifie « universel ».
Incarnation et Trinité
a nature divine du Christ succitait déjà nombre de débats donnant naissance à de multiples hérésies. Le Christ était-il homme ou divinité comme le prétendaient les Chrétiens ? Celse se moqua ouvertement de cette nouvelle doctrine ouverte à tous y compris les simples d'esprit. D'autre part si la divinité du Christ était acceptée comment pouvait-il être le Père et le Fils ? Et le saint esprit dans tout cela, comment pouvait-on l'expliquer ? Comme nous le constatons les affrontements d'idées furent légion ! Comme toujours c'est le pouvoir politique qui vint au secours de la nouvelle doctrine, en la baptisant religion d'empire, dès lors ses contradicteurs couraient le risque d'être des criminels de lèse-majesté.
Artémoniens, Arianistes ...
e sujet sensible ne datait pas d'hier, en l'an 180 Noët un prêtre de Smyrne qui s'en était pris ouvertement aux croyances chrétiennes fut chassé sans ménagement de l'église.
Plus tard d'autres croyants, les Artémoniens, hostiles à la divinité du Christ furent condamnés au concile d'Antioche en l'an 216.
❈ Plus tard encore en l'an 260, Paul de Samosate évêque d'Antioche créa l'Adoptianisme consistant à croire que Jésus était un homme normal qui fut par la suite adopté par Dieu ! En l'an 260 l'évêque de Ptolémaïs Sabélius offrit une autre interprétation de la trinité : le Père créateur, le Fils messager incarné, l'esprit éclairant les apôtres. Cette approche qualifiée de 'Modaliste' fut condamnée au synode d'Alexandrie en l'an 261.
❈ Mais c'est avec Arius ( prêtre Lybien ) que l'hérésie Antitrinitaire fut la plus durable, sa théorie 'l'Arianisme' introduite vers l'an 320 reprenait celles de Samosate et de Sabélius. A ses débuts l'Arianisme ne conteste pas la Trinité, le fils est soumis au père, c'est un compromis qui tente d'expliquer la Trinité. Puis apparut l'Homoousie ( de même substance que le père ), ce nouveau concept ne fit pas long feu ! Arius décéda en 336, Constantin décéda en 337, son fils Constance II décidera de réhabiliter Arius et sa doctrine. L'Arianisme perdurera dans le royaume Franc jusqu'en l'an 496, à cette date le roi Ostrogoth Théodoric ( Arien ) fut défait par Clovis ( Chrétien ). Il faudra attendre l'an 587 pour que les Wisigoths ( régnant sur un territoire connu de nos jours comme : Espagne et le Langudoc ) se convertissent au Christianisme.
Pendant des décennies en Occident et en Orient, les Chrétiens s'opposeront aux croyants des différentes hérésies, tout ce petit monde en venant couramment aux mains dans les rues, les villes, les régions, réglant les différents théologiques à coup de gourdins !!
Monophysisme, Eutychiens ...
❈ Depuis les conciles de Nicée et de Chalcédoine la nature divine du Christ et sa nature humaine avaient généré de nombreux affrontements entre Chrétiens, et avaient même conduit à l'éclosion de nombreuses hérésies.
❈ En 362 Apollinaire le jeune est nommé évêque de Laodicée, c'est un homme instruit et brillant qui lutte contre l'Arianisme. Pour résumer sa conception : l'être humain est composé d'un corps et d'une âme, pour le Christ l'âme est remplacée par le verbe donnant ainsi d'après lui une nature divine au Christ ! Cette nouvelle approche ( un peu indigeste quand même ) sera condamnée par l'église au concile de Constantinople en 381. Il sera condamné et qualifié d'Arien, ses écrits seront brûlés.
❈ Plus tard Eutychès reprendra les thèses d'Apollinaire avec le soutien de l'empereur Théodose II, semant la discorde non seulement au sein du peuple mais également dans l'église et chez les lettrés. Il mourut en 454 après une vie toute entière consacrée au culte et en semant la discorde chez les croyants.
Nestorianisme, Origénisme ...
❈ Pendant des décennies des chercheurs, des théologiens ( Diodore de Tarse, Jean d'Antioche#Chrisostome, Eustache d'Antioche, Théodore de Mopueste, Athanase, Didime, Cyrille ) émettront des thèses plus ou moins abouties concernant la Trinité, il serait ici trop fastidieux d'y faire référence. Le cas de Nestorius est particulier, car cet homme était 'dans la ligne', et, promis à une carrière brillante dans l'église, son nom circulait même pour devenir Archevêque de Constantinople ! Malheureusement son succès succita de nombreuses jalousie parmi les hommes d'église déjà bien installés, et c'est Cyrille évêque d'Alexandrie qui se chargera d'instruire un dossier à charge contre Nestorius. Cyrille se chargera de remettre son dossier odieusement mensonger au Pape Célestin 1er ainsi qu'a Théodose II, il achétera tous les hommes qui comptent à Rome et Constantinople. Nestorius sera condamné au synode d'Alexandrie. Mais, au concile d'Ephèse qui suit le synode, l'imposture de Cyrille est prouvée, des bandes de voyous et de moines s'affrontent dans les rues faisant de nombreux bléssés et mort. Cyrille et Nestorius sont jettés en prison puis éxilés. C'est Cyrille qui finalement sortira vainqueur de ce bras de fer et un compromis sera signé entre ces deux personnages en 433, pour le plus grand bénéfice de l'église.
❈ Une autre hérésie fit son apparition en Afrique du nord, le Donatisme, elle fut combattue par saint Augustin d'Hippone. Personne ne peut dire qui était Donat ou Donatus tant il est vrai que beaucoup d'évêques portèrent ce prénom. Donatus était en conflit ouvert avec l'église non à cause du dogme, mais pour des questions matèrielles et de nomination des évêques. selon les Donatistes beaucoup de prêtres étaient dévoyés et leurs sacrements n'avaient aucune valeur. Ils étaient également en conflit ouvert avec l'église au sujet de la nommination des évêques. Ce schisme présent uniquement en Afrique du nord était encore puissant en 429 lors de l'invasion des Vandales, il l'était encore tout autant en 535 lors de l'invasion des Byzantins, par contre il disparait avec l'invasion des Arabes en 647.
❈ Le Pélagianisme redéfinit la place de l'homme par rapport à Dieu. Au sujet de Pélage nous ne savons rien, des hypothèses le font naître en 360 dans une île Britanique. Moine errant sans avoir reçu le sacerdoce il s'installe à Rome en 400 et y écrit quelques ouvrages. Sa doctrine voulait que les enfants n'avaient pas besoin du baptème car ils n'étaient pas contaminés par le péché, de plus la faute des parent devait-elle rejaillir sur leurs descendants ? Il avait aussi une vision différente de l'église en ce qui concerne la relation entre l'âme et corps. C'est encore saint Augustin qui prit le soin de régler définitivement cette hérésie. En 418 le Pélagianisme fut définitivement condamné au concile d'Ephèse, les évêques refusant de se rallier au rapport de saint Augustin furent démis. Le Pélagianisme regroupe tous ceux qui cherchent à concilier l'inconciliable, la liberté de l'homme moderne et le Christianisme.
❈ L'Origénisme ne fut anathmatisée que sous Justinien. Origéne né en 185 à Alexandrie dans une famille Chrétienne, sont père fut décapité sous ses yeux lors des massacres organisés par Septime Sévère en 202. Il deviendra enseignant à 30 ans au sein de l'école théologique d'Alexandrie. Grand ascéte il se fera émasculer pour ne pas subir de tentations, son geste déplait à tous les responsables de l'église à Alexandrie. Par son geste il est excommunié. Il fonde alors une école de théologie à Césarée ou il y enseignera pendant vingt années. Il écrira de nombreux textes théologiques qui expriment son optimisme mystique, pour faire simple : quoique l'homme puisse faire il sera pardonné !
Il ne croyait pas à la trinité
Selon lui les âmes étaient transmises par les parents et non par Dieu
Il était également adepte de la pérénité de la matière, en affirmant que rien n'existait avant la Genése
Enfin comme Dieu est bonté miséricorde il niait l'existance d'un enfer éternel.
Les Millénaristes
l ne s'agit pas d'hérésie sur le fond mais d'une divergeance sur la forme : l'interprétation du chapitre 20 de l'Apocalypse à savoir le "Millenium".
C'est dans un monastère Cistercien (Corazzo en Calabre) que Joachim de Flore élabora sa nouvelle religion "Millénariste". Fils de petite noblesse Calabraise, page à la cour de Roger de Sicile, il partit en pélerinage en terre sainte. Frappé par la grâce il devint prédicateur itinérant. Il intégra l'Ordre Cistercien en 1160 dans le monastère de Corazzo, il en devint l'Abbé en 1177. Il quitta le monastère 15 années plus tard pour fonder son propre ordre en reprenant la règle des Cisterciens en durcissant encore la vie des moines. Approuvé par le Pape cet Ordre perdurera jusqu'au XVI ème siècle. Joachim de Flore était un ascète dotté d'une grande érudition il était également d'une très grande bonté.
Il sera Béatifié puis Anathématisé, son Ordre ne sera pas dissous mais ses oeuvres seront brûlèes. Ses thèses furent condamnées d'abord au concile de Latran en 1215, puis en 1255 par le Pape Alexandre IV qui déclara Anathèmes ses oeuvres. Sa doctrine diffère de l'église Catholique dans le sens ou il donne une explication rationnelle à la Trinité ( par exemple pour lui beaucoup d'hommes sont une foule ).
Qualifié par l'église d'insensé plein de présomptions, il venait grossir les rangs des penseurs Chrétiens qui s'étaient aventurés à leurs dépens sur le chemin scabreux de l'explication du mystère Trinitaire !
Pour Joachim de Flore l'histoire de l'humanité est une semaine divisée en trois ères :
- la première est l'âge du Père racontée dans l'ancien testament.
- la deuxième est l'âge du fils racontée dans le nouveau testament.
- la troisième est l'âge de l'esprit qui n'est pas la fin du monde mais une période de libération préparatoire.
Cette doctrine à généré en Calabre des violences extrèmes commises par les paysans, mais elle a également servi de terreau à la Réforme Protestante et beaucoup plus tard, à d'autres doctrines sulfureuses qui avaient cours pendant le III ème Reich.
Le millénium est le terme employé pour désigner le règne de mille ans de Jésus-Christ sur Terre décrit dans le chapitre 20 de l’Apocalypse.
En 382 le Pape Damase entérine lors d'un concile à Rome, le dogme de la Chrétienté ainsi que les deux canons testamentaires. Néanmoins, il subsistait encore quelques chapitres testamentaires sujets à "interprétations multiples". C'est Saint Augustin en l'an 420 qui tranche concernant l'interprétation du Chapitre 20 de l´Apocalypse de saint Jean.
Saint Augustin
ugustin était millénariste avant sa conversion, puis il deviendra évêque d´Hippone, en Afrique du Nord. Dans ses Confessions, il renie sa première vie faite d´insouciance, d´excès et de plaisirs. Il semble bien que ce soit en lisant certains écrits millénaristes comme ceux de Lactance (« le vin coulera dans les ruisseaux, les bêtes ne se nourriront plus de sang ») ou d´Hyppolite (« les élus ne mourront plus et n´auront plus de soucis de noces ni de procréation : ils vivront très heureux ») qu´Augustin décide de combattre le millénarisme de façon radicale. Pour cela, entre 413 et 426, il écrit "La cité de Dieu" qui développe une argumentation précise contre « la confusion des deux cités, la cité des hommes et la Cité de Dieu ». On y lit par exemple : « Les deux cités qui depuis l´origine jusqu’à la fin des siècles cheminent entièrement mêlées, l´une dans l´autre, doivent être séparées au Jugement dernier ».
Le raisonnement d´Augustin
i la fin des temps doit coïncider avec le triomphe de Jésus-Christ sur Satan, du Bien sur le mal, des justes sur les impies, alors cela signifie que c´est l´Esprit qui s´impose sur la chair, le céleste sur le terrestre, la Cité de Dieu sur la cité des hommes. Augustin est néoplatonicien, il croit à l´opposition du monde terrestre, impur et sensuel et du monde céleste et divin, pur et spirituel. Il n´est donc pas pensable que le Paradis se réalise sur terre où les deux cités sont toujours mélangées et les sens toujours tentés par les plaisirs. Il faut donc donner un sens spirituel (et métaphorique) à l´Apocalypse de saint Jean : le règne de mille ans sur la terre est celui de l’Église, de la Cité de Dieu enfouie dans celle des hommes (il écrit : « les mille ans de paix ont commencé avec Constantin ») mais qui ne sera vraiment accompli qu´au Ciel, à la fin des temps.
Synthèse du raisonnement
hez Augustin nous retrouvons une chronologie sommaire de l´Histoire qui suscitera bien des commentaires et des controverses. S´inspirant de la formule d´un prophète de l´Ancien Testament pour qui : « mille ans sont comme un jour », Augustin l´applique au livre de la Genèse en découpant l´Histoire en 7000 ans (Dieu ayant créé le monde en 6 jours tandis que « le septième il se reposa »). Pour l´auteur des Confessions, il s´est écoulé 5000 ans entre Adam et le Christ, et à l'époque ou vivait Augustin « c'était donc la sixième période ». La septième période marquerait la fin du monde ( c´est le septième sceau de l´agneau dans Apocalypse de Jean ). Sans pouvoir la dater précisément, Augustin la situait vers 1500 après Jésus-Christ, et non vers 2000. Le Millénium de Saint Jean n´est pas le paradis sur terre mais la désignation métaphorique de ce « septième jour » qui marque la fin des temps terrestres et le triomphe du temps spirituel de la Cité de Dieu.
Pour les adeptes de cette thèse, nous sommes dans la septième période et le Christ doit incessamment revenir sur terre, pour exterminer définitivement Satan et ses sbires et y instaurer le paradis sur terre et dans les cieux.
Beaucoup plus tard, au XIX ème siècle deux nouvelles conceptions du millénium apparaitront.
Et c'est ainsi que de nos jours, il y a trois thèses pour expliquer le Millénium
- Les amillénaristes refusent la pensée d'un règne de Jésus-Christ sur Terre.
Ils assimilent le millénium avec le règne éternel (chapitres 21 et 22 de l'Apocalypse) et appliquent les prophéties concernant le rétablissement d'Israël à l'Église.
La période de 1000 ans est comprise comme une durée symbolique désignant une très longue période de temps et qui correspond à la période de l’Église pendant laquelle le royaume de Dieu spirituel progresse à travers l’évangélisation des nations. Cette période s’achèvera avec le retour de Jésus et la résurrection des morts.
Pour les amillénaristes, l’enchaînement du diable coïncide avec la mort et la résurrection de Jésus. Satan n’est pas totalement mis hors d’état de nuire mais son pouvoir est limité, pour pouvoir permettre que l’Évangile soit annoncé parmi toutes les nations.
Dans Apocalypse chapitre 12, il est clair que l’expulsion du diable correspond au moment de la mort et de la résurrection du Christ. Les termes utilisés dans ce chapitre pour le jugement du diable – jeté (ekballô) et lié (deô) sont les mêmes que ceux employés pour la mort et la résurrection de Jésus et/ou l’établissement du règne de Christ dans Matthieu chapitre 12.29 & Marc chapitre 3.27, Luc chapitre 10.17-19 ou Jean chapitre 12.31-33.
Selon l’amillénarisme, la première résurrection est comprise comme une résurrection de nature différente de la deuxième.
Les textes parlent d’une première résurrection et d’une seconde mort, mais ne parle pas de deuxième résurrection et de première mort. Celles-ci sont sous-entendues, il est évident pour tous que la première est la mort physique et la seconde est la condamnation éternelle ( expliquée en Apocalypse chapitre 20.14 ), d’autant que cette distinction est régulièrement faite dans le Nouveau Testament, ( par exemple : Jean chapitre 5.24-29). Ainsi la première résurrection désignerait ce que les théologiens appellent « l’état intermédiaire » la situation dans laquelle se trouvent les croyants entre leur mort et la résurrection qui n’aura lieu qu’au moment du retour de Christ.
La dernière partie de l’Apocalypse, le dernier septénaire est composé de sept visions. Dans les visions deux à six, l’ensemble des acteurs du mal sont jugés les uns à la suite des autres. C’est le cas du diable dans les visions du passage qui nous intéresse. Si les visions reviennent à cette période, c’est justement pour rappeler qu’elle constitue déjà un jugement pour le diable. De cette manière, l’ensemble de l’histoire de l’Église est récapitulée sous l’angle du jugement de Satan. Pendant la période de l’Église, il était déjà jugé en étant lié et empêché de séduire les nations. Au retour du Christ, Satan et ses sbires seront relachés et jetés définitivement dans l’étang de feu.
Pour les adeptes de cette thèse, ils croîent au retour imminent du Christ et quand celui-ci reviendra, les croyants ressusciteront pour la nouvelle création et les incroyants pour la seconde mort, Satan sera jeté au feu.
la grande force de l’amillénarisme est la simplicité de son schéma de la fin des temps, cette simplicité est le résultat d’une interprétation de l’Apocalypse moins simpliste que les deux autres positions. Les prémillénaristes et les postmillénaristes, eux, ont des règles d’interprétation plus simples qui aboutissent à des schémas explicatifs plus complexes.
C'est la doctrine des :
Catholiques
Orthodoxes
Anglicans
Réformés
Luthériens
Quelques églises Évangéliques
- Les
postmillénaristes situent le retour de Jésus-Christ, après les mille ans de règne.
Ces croyants interprètent les prophéties non accomplies de manière non littérale, en attribuant leur propre sens aux mots. Le problème est qu’en attribuant soi-même aux mots des sens différents de leur sens normal, on peut faire dire ce qu’on veut aux mots, expressions et phrases. Ce n’est pas ainsi que Dieu a conçu le langage et la communication : il communique avec nous par sa Parole écrite, avec des mots qui ont un sens objectif.
Pour ces croyants cette période prospère et bénie correspondrait à une victoire provisoire de l'Église du Christ après la chute de l'Empire romain (cf. Ap 18,21).
En somme un temps de chrétienté paradisiaque, avant un retour offensif de l'esprit du mal (cf. Ap 20,7).
Parmi ceux-ci, Gaston Georgel (1899-1988) exposa sa thèse dans Les quatre âges de l'Humanité.
Il situe le millénium comme étant compris entre l'édit de Milan (313) et la destruction de l'ordre des Templiers (1313). Cette thèse basée sur les travaux d'un ecclésiastique,
Mgr Decouvoux, fait du millénium l'âge d'or du christianisme, et conclut au déchaînement de Satan à la fin du cycle après 1313.
Pour les adeptes de cette thèse le millénium est passé, Satan régne en maitre sur la terre depuis 1314, et le Christ va revenir sur terre pour exterminer définitivement Satan et ses sbires et y instaurer le paradis sur terre et dans les cieux.
Cette doctrine ultra minoritaire parmi les croyants fut surtout véhiculée par des chercheurs en Théologie du XX ème siècle.
- Les
prémillénaristes ( adeptes de la lecture littérale des saintes écritures sans aucune interprétation ) conçoivent le retour de Jésus-Christ avant le millénium.
Le Christ n'est pas encore revenu sur terre pour régner, à son retour il régnera sur terre pendant mille ans, puis il relachera Satan pour quelques temps pour lui laisser séduire encore une fois les hommes, et, très peu de temps après ce sera la fin des temps et l'extermination définitive de Satan et de ses sbires. Ce sera alors le paradis sur terre et dans les cieux ( quelques croyants très pieux seront même appellés à régner avec le Christ dans les cieux, tandisque les autres resteront sur éternellement sur terre ).
C'est la doctrine des :
Évangélistes
Témoins de Jéhovah
Saints des derniers jours
Église Adventiste du Septième Jour
